Pour la cause de Dieu s'offrir en sacrifice,

C'est courir à la vie et non pas au supplice.

Un obstacle éternel à vos désirs s'oppose:

Chrétienne, et sous les lois d'un plus puissant époux....

Mais, seigneur, à ce mot ne soyez point jaloux:

Quelque haute splendeur que vous teniez de Rome,

Il est plus grand que vous, mais ce n'est point un homme.

C'est le Dieu des chrétiens, c'est le maître des rois:

C'est lui qui tient ma foi, c'est lui dont j'ai fait choix[ [81].

Après la lecture de ces vers, on s'empressa autour de la jeune abbesse; on loua son bon goût, et l'on convint que c'était elle qui avait choisi les plus beaux vers de la pièce; ceux, dit Sarrasin, qui dans leur application offraient le plus de motifs d'admiration et de regrets. Mais ce qui surtout frappa de surprise toute l'assemblée, ce fut l'organe sonore, tragique et pénétrant du jeune abbé en déclamant ces vers; ce fut la beauté de ses traits, et cet air imposant qui contrastait si singulièrement avec son extrême jeunesse. L'impression qu'il produisit fut courte et subite, mais profonde et durable; et chacun en se retirant resta convaincu que la nouvelle tragédie chrétienne de Corneille, pour intéresser presque à l'égal de Polyeucte, n'aurait eu besoin que d'être lue par le jeune abbé Bossuet, au lieu de l'être par son auteur[ [82].