La Fronde, dit-on, y claqua:

Un plat d'argent on escroqua;

On répandit quelque potage,

Et je n'en sais pas davantage[ [309].

On voit, d'après ces détails, que déjà les manières et les habitudes du grand monde se ressentaient de la licence des guerres civiles, et qu'elles ne ressemblaient plus à celles dont l'hôtel de Rambouillet offrait encore le modèle épuré. Il serait possible aussi qu'il y eût quelque exagération dans le récit de Loret; il était du parti de la cour; il recevait de Mazarin une pension de deux cents écus, et détestait la Fronde. Sa gazette en vers était adressée à sa protectrice, mademoiselle de Longueville, d'autant plus contraire à la Fronde que sa belle-mère était l'héroïne de ce parti. Mademoiselle de Longueville est cette princesse qui nous a laissé des Mémoires; elle épousa le duc de Nemours, et il est souvent fait mention d'elle dans les écrits de ce temps, quoiqu'elle ne se soit mêlée dans aucune intrigue, qu'elle n'ait participé à aucun événement. Son immense fortune, les lumières de son esprit, la hauteur de ses sentiments, ses grands airs, la sévère dignité de ses manières, l'énergie de son caractère, en ont fait pendant la régence, et durant le long règne de Louis XIV, un personnage à part, qui ne se soumit à aucune influence, et ne permettait pas plus au monarque absolu de faire varier ses déterminations, qu'à la mode de changer les formes de son habillement[ [310].

CHAPITRE XVI.
1650-1651.

Mariage de madame de La Vergne avec le chevalier de Sévigné.—Détails sur mademoiselle de La Vergne.—Sa correspondance avec Costar.—Explications de certains passages des lettres de ce dernier.—Lettres de Scarron à madame Renaud de Sévigné.—Erreur de l'éditeur sur ces lettres.—La maison de Scarron était fréquentée par toute la haute société de la Fronde.—Scarron était recherché par des femmes différentes de rang et de réputation.—Licence de ses mœurs; sa difformité, ses dispositions joyeuses.—Il aimait les beaux-arts, et commandait des tableaux au Poussin.—Scarron devient à la mode, et est importuné par les visites.—Pourquoi la marquise de Sévigné ne voyait point Scarron.—Explication de la lettre de Scarron à madame Renaud de Sévigné.—Remarque sur le mot précieuse.—Cause de l'erreur des éditeurs de Scarron.

A la fin de cette même année il y eut un événement inattendu dans la famille des Sévignés, qui probablement fut la cause de la longue et étroite liaison de la marquise de Sévigné avec une des femmes les plus justement célèbres de ce siècle, l'auteur de la Princesse de Clèves et de Zaïde.

Madame de La Vergne épousa en secondes noces le chevalier Renaud de Sévigné, dont il a été fait mention précédemment[ [311]. Il paraît qu'en l'épousant elle lui donna l'usufruit de tous ses biens après sa mort. Ce mariage et les conditions du contrat ne plurent pas à mademoiselle de La Vergne; voici comme le gazetier Loret en parle dans sa feuille du 1er janvier 1651: