Fidèle à sa promesse, madame de Sévigné alla voir Scarron aussitôt après son arrivée; ce qui lui valut, de la part du pauvre malade, ce mauvais madrigal qui a été recueilli dans ses œuvres[ [465]:

Bel ange en deuil qui m'êtes apparue,

Je suis charmé de votre vue:

Je ne l'aurais pas cru

Que vous fussiez de tant d'attraits pourvue.

Sont-ils de votre cru?

Ou, si l'on vous les vend, enseignez-moi la rue

Où vous prenez de si charmants attraits

Qui charment de loin et de près.

Lorsque madame de Sévigné revint à Paris après huit mois d'absence, tout y paraissait tranquille, et les habitants de cette grande capitale, naguère si agités, ne semblaient penser qu'à leurs plaisirs: mais c'était un calme entre deux tempêtes. Le parlement, les princes, la cour, le cardinal Mazarin, occupaient tous les esprits; tous étaient attentifs à leurs moindres actions; ils étaient les sujets de tous les entretiens. Il semblait, dit madame de Motteville, que Paris était toute la France[ [466]. On prévoyait, on redoutait de nouvelles crises. Les partis venaient de se livrer à tous leurs emportements: effrayés de leurs excès, ils négociaient, et cherchaient à éviter les maux où devait les plonger la guerre civile; mais ils voulaient tous y parvenir sans rien sacrifier de leurs prétentions. Comme ils étaient tous sans bonne foi, sans conscience, ils ne pouvaient s'inspirer aucune confiance; ils parlaient sans cesse de conciliation, ils tâchaient de se tromper, de s'écraser mutuellement. L'arène de leurs débats, depuis que les chefs de la Fronde s'étaient secrètement réunis avec la cour[ [467], avait été transportée des rues et des places publiques dans le sein même du parlement. Tout le monde avait été glacé d'effroi en apprenant les détails de cette fameuse journée du 21 août, lorsque les partisans du coadjuteur et ceux du prince de Condé, occupant, comme deux armées en présence, tous les postes du Palais de Justice, au dedans et au dehors, avaient tiré l'épée, et avaient été sur le point de souiller le temple des lois par un affreux carnage[ [468]. Dans cette journée, Gondi avait failli être écrasé entre les deux énormes battants des portes de la grand'chambre, et poignardé par les ordres de La Rochefoucauld. Peu après, Condé, irrité de voir que Gondi était le seul obstacle qui empêchât le duc d'Orléans de se réunir à lui, résolut de faire enlever ce prélat factieux et de le retenir en captivité. L'habile Gourville se chargea de l'exécution de ce projet, qui n'avorta que par une cause toute fortuite[ [469].