Loret, selon sa coutume, a rempli sa gazette de la description des fêtes données pendant l'hiver qui précéda le départ du roi pour le midi. Voici celles dont nous avons tenu note, comme des plus remarquables. En février (le roi ne revint de Lyon qu'à cette époque), divers bals chez le maréchal de L'Hospital, gouverneur de Paris, chez le duc de Saint-Simon; ballet royal de la Raillerie, plusieurs fois dansé par le roi; concert de soixante instruments, et des chantres et des chanteuses, les plus remarquables; mascarade en traîneaux à la place Royale, où tous les jeunes seigneurs étaient masqués: toute la cour y assistait, et était dans l'hôtel des Hameaux; plus tard, fête donnée par le roi, où il y eut une loterie de 100,000 livres. Le 3 mai, le roi fait des courses à cheval au bois de Vincennes; le 10 de mai, grand dîner de Monsieur au roi, à Saint-Cloud. Fête superbe donnée au roi par de Lionne, dans son château de Berny: Mazarin en fit les frais. Cette fête était toute diplomatique: Pimentel, le négociateur du roi d'Espagne, s'y trouvait, et il était le véritable but de la fêle. A Vincennes, revue de soldats, ballets, danses et parades. On joua une pastorale de Trivelin-Canaille et de Scaramouche, qui amusa fort, et fit beaucoup rire.
Page [178], note 284: Journal contenant, etc.
Toutes ces pièces sont de Colletet; elles furent publiées comme un journal, au moment même des événements; la réunion en est rare. J'en donne les titres d'après un exemplaire qui renferme encore un volume in-4o en espagnol, accompagné de plans et de portraits, qui décrit la marche de l'infante jusqu'à la frontière de France. A ces pièces il faut joindre les ouvrages que j'ai cités dans mon édition de La Fontaine au sujet de la lettre de notre fabuliste à de Maucroix, sur l'entrée de la reine. Ceux qui désireraient tout connaître sur cette époque célèbre ne doivent pas négliger de consulter les volumes de la collection d'estampes sur l'histoire de France, qui est à la Bibliothèque Royale. Au tome XXVI, ils trouveront une très-belle estampe de l'entrevue des deux rois, de la reine et de l'infante, et une autre, de Charles Le Brun, qui représente le mariage dans l'église de Saint-Jean de Luz. Dans une autre estampe allégorique, un Espagnol dit à un Français:
A voir sur vos habits ces monceaux d'aiguillettes,
Vos poudres, vos galands, vos canons, vos manchettes,
Rien qu'un esprit ne vous peut inspirer.
Page [179], ligne 21: Pour suivre les représentations théâtrales.
Le goût des spectacles faisait naître le désir de les varier. Ce fut au mois d'avril de l'année 1660 que plusieurs particuliers, par zèle pour l'art théâtral, donnèrent au public, dans la maison d'un sieur de La Haye, à Issy, l'exemple d'une comédie française toute chantée. La musique était de Lambert, les paroles de l'abbé Perrin. Cette pièce, exécutée par les plus belles voix de cette époque, charma les spectateurs. Le 30 du même mois, Mazarin la fit représenter à Vincennes: elle plut tellement à la cour, que Mazarin ordonna a l'abbé Perrin d'en composer une seconde; il fit Ariane, ou le Mariage de Bacchus. Ainsi fut fondé un spectacle qui ne pouvait se maintenir que par la munificence royale, et dont la pompe et la splendeur se sont cependant toujours accrues depuis près de deux siècles, au milieu de toutes les révolutions, de toutes les banqueroutes et des pénuries des finances, et sans que jamais le public s'y soit porté avec assez d'empressement pour subvenir à la dépense qu'il exige.
Page [183], ligne première: En mettant de côté la soutane du séminariste.
J'ai rapporté dans mes notes sur la Vie de La Fontaine le passage des Mémoires manuscrits de Tallemant des Réaux qui nous apprend que les parents de Molière l'avaient d'abord fait étudier pour être d'Église; et ceci se trouve confirmé par ce qui est dit dans la Vie de notre grand comique composée par l'éditeur de ses œuvres en 1730: c'est ce que paraissent avoir ignoré les récents éditeurs de Molière, qui, par des arguments nullement concluants, ont rejeté le témoignage contemporain de Tallemant des Réaux, tandis qu'ils n'ont pas fait difficulté d'admettre, sans critique et sans examen, les faits rapportés sur Molière par Grimarest, quoique lorsque cette Vie parut Boileau ait déclaré qu'elle fourmillait d'erreurs et de contes absurdes. Je suis revenu sur ce point de critique littéraire dans la quatrième édition que j'ai préparée de l'Histoire de La Fontaine, non encore publiée.