Si quelqu'un s'en venait me dire,

Et fût-ce le roi notre sire:

As-tu rien vu de plus mignon?

Je lui dirais hardiment: Non[ [562].

La reine mère, se ployant aux goûts et aux désirs de son fils, donna un bal masqué vers la fin du carnaval. A tous les plaisirs des années précédentes, la rigueur du froid en fit joindre un d'un genre tout nouveau: c'était le jeu qu'on appelle la ramasse, qui eut alors une grande vogue. Ce jeu consistait à se faire précipiter de haut en bas avec une grande rapidité, au moyen d'une machine qui devait ressembler à celle des montagnes russes, que nous avons vue de nos jours[ [563]. La foire Saint-Germain offrit aussi cette fois une richesse et une pompe extraordinaires; elle fut plus fréquentée, eut un aspect encore plus gai, plus animé que dans les années précédentes.

Mais toutes les fêtes de l'hiver furent surpassées par celles que Louis XIV donna au printemps, dans le parc de Versailles: elles commencèrent le 7 mai, et durèrent six jours. Le décorateur Vigarani donna pour titre à ces fêtes: les Plaisirs de l'île enchantée. Comme celles du Carrousel et des Tuileries, elles laissèrent un long souvenir. Benserade[ [564] composa des sonnets, des madrigaux et des quatrains, contenant l'éloge de tous ceux qui y figuraient, à commencer par le roi. Molière, à cette occasion, composa la Princesse d'Élide et le Mariage forcé[ [565]. Nous ne pouvons douter que madame de Sévigné et sa fille n'aient assisté à ces fêtes, qui eurent lieu au commencement de mai, surtout si nous remarquons que mademoiselle de Sévigné participait à la représentation de l'Amour déguisé, qui fut donnée chez Monsieur, au Palais-Royal, à la fin de février. Cependant nous n'avons aucune preuve directe de leur présence à Versailles à cette époque; et nous savons que madame de Sévigné se rendit cette année dans sa terre de Bourbilly, en Bourgogne, où elle se retrouva dans la société de son cousin Bussy[ [566]; mais ses départs pour la province n'avaient ordinairement lieu que lorsque la cour quittait la capitale pour transporter son séjour à Saint-Germain, à Compiègne ou à Fontainebleau.

CHAPITRE XXIII.
1665.

Aucune femme ne figurait dans les fêtes de Versailles.—Nouveau ballet donné à la cour.—Mademoiselle de Sévigné y figure sous le costume d'Omphale.—Vers de Benserade à sa louange.—Madrigal en langue italienne composé pour elle par Ménage.—Épigramme du même sur madame de Sévigné.—Les éloges donnés à son teint, dans cette pièce, sont confirmés par Bussy et madame de la Fayette.—Le temps entre 1663 et 1669 fut le plus heureux de la vie de madame de Sévigné.—Elle le passa dans la société de ses anciens amis et amants et dans des fêtes continuelles.—Intrigues de cour qui donnaient un grand intérêt à ces fêtes.—Madame de Sévigné était répandue dans la société des gens de robe et de finance, comme parmi ceux de la cour.—Elle était liée avec madame Duplessis-Guénégaud; elle l'allait voir à Fresnes, où celle-ci donnait des fêtes fréquentes.—Madame de Guénégaud donne un ballet à mascarades à Fresnes, lors du mariage de sa fille.—Son mari est obligé de rendre des comptes, et elle est privée d'une partie de sa fortune.—Louis XIV contraint à l'obéissance, par des moyens despotiques, tous ceux qui résistent à ses ordonnances.—Bussy est arrêté et mis à la Bastille.

Si madame de Sévigné se trouva avec sa fille aux fêtes de Versailles, elles furent toutes deux au nombre des spectatrices, et mademoiselle de Sévigné n'eut point de rôle à jouer; ce qui ne doit point étonner, puisque aucune dame de la cour ne figura dans ces fêtes. Il y eut une course de bague, où les hommes se montrèrent sous divers déguisements. Louis XIV y parut habillé d'abord en berger, et ensuite sous le costume du chevalier Roger, ce fameux paladin du poëme de l'Arioste. Il y eut des festins, des feux d'artifice, la comédie, des cavalcades, mais aucune représentation de ballet royal[ [567].