(Scarron, la Baronéide, dans les Dernières Œuvres, 1700, in-12, p. 175.)
L'usage des femmes de réunir le matin la société dans leurs alcôves fit que le mot ruelle s'employa pour celui de réduit, puis pour ceux d'assemblée, de cercle, d'académie. Cependant ces mots n'étaient pas tout à fait synonymes.
Boileau a dit:
Ne vous enivrez pas des éloges flatteurs
Qu'un amas quelquefois de vains admirateurs
Vous donne en ces réduits, prompts à crier merveille.
Et ailleurs:
Que de son nom, chanté par la bouche des belles,
Benserade en tous lieux amuse les ruelles.
Furetière, dans son Roman bourgeois, nous fournit les passages suivants, qui prouvent ce que nous avançons: «La qualité la plus nécessaire à un poëte pour se mettre en réputation, c'est de hanter la cour ou d'y avoir été nourri; car un poëte bourgeois, ou vivant bourgeoisement, y est peu considéré. Je voudrais qu'il eût accès dans toutes les ruelles, réduits et académies illustres.» (T. I, p. 162.) Tout ce passage est contre Benserade; et en général ce roman de Furetière est plein d'allusions à des personnages du temps, mais qui ne sont pas comprises, faute d'un commentaire, dont cet ouvrage ne serait pas indigne. Voici encore les autres passages qui prouvent que Furetière faisait une distinction entre les mots réduits et ruelles, liv. I; p. 147: «On permit aussi à Javotte de voir le beau monde, de faire des visites dans les beaux réduits, et de se mêler en des compagnies d'illustres et de précieuses.» Page 166: «J'avoue bien, Pancrace, que ceux qui sont déjà en réputation, et dont les ouvrages ont été loués dans les ruelles et par la cabale, l'ont pu conserver dans leurs recueils.» Page 171: «Car, comme dans les académies de jeu on pipe souvent avec de faux dés et de fausses cartes; de même, dans les réduits académiques, on pipe souvent l'impromptu.» Et, page 150: «Il s'amassait tous les jours bonne compagnie chez Angélique. Quelques fois on y traitait des questions curieuses; d'autres fois on y tenait des conversations galantes, et on tâchait d'imiter tout ce qui se pratique dans les belles ruelles par les précieuses du premier ordre.» Ainsi, le mot réduit s'employait de préférence pour les assemblées qui se tenaient dans d'autres chambres que celles où étaient des alcôves, et chez des hommes; quoique cependant Somaize mette parmi ceux qui tenaient ruelles Ménage et l'abbé Testu.
Somaize désigne comme les principaux introducteurs des ruelles de son temps l'abbé Bellebat et l'abbé du Buisson (voyez page 311). Dans la comédie intitulée les Véritables Précieuses, on lit ce dialogue, page 32: