CHAPITRE XI.
1675-1676.
Le parti pieux espère dans l'influence de madame de Maintenon.—Explication des causes qui font qu'à partir de cette époque madame de Sévigné ne parle plus de madame de Maintenon qu'avec un esprit de dénigrement.—Nécessité de jeter une vue rétrograde sur la vie de madame de Maintenon.—Pourquoi les historiens se sont égarés à son sujet.—Sa pauvreté, son mariage, sa figure.—Ce qui la défendait contre la séduction.—Sa naissance.—Son éducation.—Son désir de s'attirer la considération et des éloges.—Son impuissance à s'en corriger.—Éducation des filles pauvres.—Fondation des couvents d'Ursulines.—Françoise d'Aubigné d'abord mise aux Ursulines à Niort, à Paris, ensuite aux Ursulines de la rue Saint-Jacques.—Elle abjure la religion protestante.—Elle se forme dans cette maison aux vertus et aux talents qu'elle a déployés par la suite.—Sa tante Neuillant obtient la permission de la faire mener dans le monde.—Elle va chez Scarron.—Elle devient sa femme.—Bonheur dont elle a joui pendant les huit années de son union.—A la mort de Scarron, la reine donne et augmente pour sa veuve la pension qu'elle faisait à celui-ci.—Madame Scarron se retire au couvent des Hospitalières.—On veut la marier à un vieux duc.—Elle refuse.—Elle est désapprouvée.—Ninon et madame de Villarceaux.—Étroite liaison de madame Scarron avec ces deux femmes.—Villarceaux veut la séduire, et n'y peut parvenir.—Elle perd sa pension par la mort de la reine.—Refuse de nouveau de se marier.—S'apprête à suivre la reine de Portugal.—Madame de Montespan s'y oppose.—Sa pension est rétablie par le crédit de Montespan.—Le roi confie à madame Scarron l'éducation de ses enfants issus de madame de Montespan.—Influence de madame Scarron sur Montespan.—Madame Scarron achète un marquisat, et le roi la nomme marquise de Maintenon.—Contrariée par Montespan, elle est prête à se retirer.—Se brouille avec Montespan.—Obtient de correspondre directement avec le roi.—Revient de Baréges, et est rétablie à la cour sur le même pied qu'autrefois.—Durée du règne de madame de Montespan.—Les sentiments que madame de Maintenon inspirait au roi différaient de ceux qu'il avait pour les autres femmes.
Par le triomphe de madame de Montespan, le parti pieux ne fut découragé ni vaincu; il ne pouvait pas l'être. Sans doute le petit nombre de personnes qui le composaient n'étaient point indifférentes à la fortune et aux honneurs; mais il n'était pas non plus formé d'ambitieux sans principes et de courtisans sans conscience, se faisant de la religion un honorable moyen d'acquérir du crédit, du pouvoir et des richesses. Les chefs de ce parti étaient parfaitement convaincus des vérités de la foi; ils savaient que le roi et sa maîtresse, malgré l'indulgence qu'ils accordaient à leurs passions, avaient, ainsi qu'eux, de sincères convictions; et la piété bien connue de la gouvernante des enfants de madame de Montespan, l'amitié que celle-ci avait pour elle avaient fait concevoir des espérances par l'ascendant qu'on lui connaissait sur l'esprit de la favorite: ces espérances avaient été détruites par la faiblesse du monarque et la mollesse du P. la Chaise; mais d'autres plus fortes avaient succédé. Les enfants du roi que madame de Montespan avait confiés à madame de Maintenon étaient ceux que Louis XIV chérissait de préférence. Par les soins que leur prodiguait cette gouvernante, par l'éducation qu'elle leur donnait, ils n'avaient pour celle qui les avait mis au jour qu'une soumission et une tendresse de commande; leurs sentiments les plus affectueux, les plus tendres se reportaient sur celle qui leur avait servi de mère. Les dons du roi furent la juste récompense d'une sollicitude si paternelle et si éclairée. Alors la gouvernante, devenue plus indépendante, contrariée dans son système d'éducation, se prévalut de la condition qu'elle avait faite de n'être obligée de se soumettre qu'aux ordres et aux volontés du roi dans ce qui concernait les enfants qui lui étaient confiés. L'orgueil de Montespan fut blessé; la défiance et la jalousie firent disparaître l'attachement que des sympathies communes avaient formé entre elles. Il n'y eut pas rivalité, mais désunion. Ce désaccord procura à madame de Maintenon toute la confiance du parti pieux. Elle en avait été jusqu'alors le principal appui; elle en devint l'âme, elle en fut le chef.
J'ai souvent eu occasion de parler dans ces Mémoires[ [462] de Françoise d'Aubigné, qui, dès qu'elle fut unie à Scarron, fut aimée et recherchée par madame de Sévigné. Mais dans les lettres de celle-ci, à partir de l'époque où nous sommes parvenus, on voit succéder aux louanges qu'elle lui accordait un esprit de dénigrement qui étonne. En cela madame de Sévigné n'exprimait pas ses sentiments personnels, elle n'était que l'écho de madame de Coulanges, des anciennes amies et protectrices de madame de Maintenon et de toute la cour, à l'exception de ce petit nombre de personnes unies entre elles pour arracher le roi au scandale donné à ses sujets par ses adultères amours. Il est nécessaire, pour l'intelligence des lettres de madame de Sévigné et encore plus pour la parfaite connaissance de l'histoire du siècle de Louis le Grand, d'éclaircir les causes d'un tel changement envers une femme justement célèbre, que la considération et la faveur générales entourèrent, dès son entrée dans le monde et pendant toute sa jeunesse, d'une auréole lumineuse qui disparut aussitôt qu'elle eut obtenu toute la confiance de Louis le Grand. Les nuages qui, depuis cette époque, la voilèrent aux regards des contemporains ne se sont pas encore dissipés et ont causé cette divergence dans l'opinion, ces jugements contradictoires qui ont égaré les historiens quand ils ont voulu scruter les causes des événements qu'ils avaient à raconter. Les personnes qu'on croit être parvenues à un rang élevé par l'exercice d'un pouvoir occulte sont rarement jugées avec impartialité; on les apprécie moins par ce qu'elles ont dû et pu être que par ce qu'on eût désiré qu'elles fussent. Leurs vertus et leurs qualités tournent contre elles dans notre esprit, parce qu'elles sont autres que celles dont nous eussions voulu les décorer ou incompatibles avec elles. Les historiens, pour de telles personnes, aiment mieux s'efforcer de les imaginer que les peindre, de les deviner que les définir; ils en tracent des portraits fantastiques, sans ressemblance comme sans vérité.
Cependant nulle complication dans la vie de Françoise d'Aubigné; nulle contradiction entre ses discours, ses actions et ses écrits; nulle aberration dans sa conduite. Rien de plus uniforme, de plus certain que les motifs qui la firent agir. Son caractère ne se démentit jamais; le monde changea souvent autour d'elle et pour elle, mais elle, ne changea point; dans la pauvreté et dans la richesse, dans l'abaissement et dans les grandeurs, durant les années glorieuses du règne de Louis XIV et durant ses désastres, elle fut toujours la même. Madame de Maintenon est le personnage historique sur lequel on possède le plus de documents émanés de sa bouche ou tracés par sa plume: il est donc à regretter que les historiens, même les plus judicieux, aient préféré des satires contemporaines, quelques pastiches maladroits des lettres de Coulanges et de Sévigné, des mémoires rédigés d'après des bruits de cour et des traditions mensongères aux témoignages certains et authentiques fournis par elle-même, et qu'ils aient converti une simple et intéressante histoire en un vulgaire et incompréhensible roman.
Je n'ai pas sans doute le projet de recommencer l'histoire si souvent écrite de madame de Maintenon; elle n'appartient qu'en partie au sujet qui m'occupe; mais je dois éclaircir les particularités qui la concernent, intéressantes à connaître pour les lecteurs de ces Mémoires.
Quoique la vie de madame de Sévigné se soit en partie écoulée dans les mêmes lieux et au milieu des mêmes sociétés que celle de madame de Maintenon, ces deux vies, si on les écrivait avec les mêmes intentions que j'ai eues en composant ces Mémoires, sont des sujets qui n'ont presque aucune connexité. La vie de madame de Sévigné se termine avec la gloire du grand siècle; celle de madame de Maintenon s'est prolongée au delà même des jours de Louis XIV, qui a malheureusement survécu à son siècle. C'est durant les vingt années qui s'écoulèrent entre la mort de madame de Sévigné et celle du roi que madame de Maintenon apparaît comme une des figures principales que l'historien doit retracer entières au milieu d'événements que madame de Sévigné n'a point connus, de personnes qu'elles n'a pas vues ou qui de son temps ne figuraient point encore sur la grande scène du monde. Il me suffira donc de jeter un regard rétrospectif sur les premières années de la vie de madame de Maintenon et de bien apprécier la nature de son intimité avec Louis XIV et de ses rapports avec madame de Montespan lorsque celle-ci était plus que jamais heureuse et fière de l'amour qu'elle inspirait au roi.
Cette belle pauvresse[ [463], qu'à l'âge de seize ans l'avarice d'une parente livrait à la merci d'une jeunesse ardente, de grands seigneurs, d'hommes de lettres et d'éminents artistes qui se rassemblaient chez Scarron, avait les cheveux châtain clair; ses beaux yeux noirs brillaient d'un doux éclat, mais s'assombrissaient soudainement lorsque quelque émotion pénible traversait son âme[ [464]. La grâce, l'esprit, la raison s'unissaient en elle dans une juste mesure pour plaire à l'enfance, à l'âge viril, à la vieillesse. Naturellement impatiente, vive, enjouée[ [465], formée à la rude école de l'adversité, elle devint calme, réfléchie et d'une grande égalité d'humeur. Fière et orgueilleuse, le besoin de se faire des protecteurs la rendit insinuante et complaisante. La religion, à laquelle (selon les expressions mêmes d'un de ses plus grands détracteurs[ [466]) elle savait faire parler un langage doux, juste, éloquent et court, inspirait à son cœur de généreuses résolutions. L'infortune lui ravit l'âge des illusions, et la fit avancer toute jeune dans celui de la réflexion et de l'expérience que donne le monde. Ce qu'on appelle le monde, le beau monde, est un diorama. Vu de loin, vous y contemplez un ciel brillant, des paysages délicieux, des palais enchantés et dorés: approchez, voyez et touchez; tout cela n'est plus qu'une toile salie par des couleurs. Françoise d'Aubigné put se convaincre de cette triste vérité presque au sortir de l'enfance. C'était l'époque du règne des précieuses, de l'amour platonique et d'une licencieuse galanterie; le culte de la beauté occupait encore plus les esprits que la politique; on se déclarait sans ridicule amant d'une femme; elle vous accueillait comme tel sans se compromettre. Les poëtes surtout, amoureux par état et auxquels toute liberté en vers était permise, célébrèrent donc sans façon la belle gorge[ [467] de la jeune Indienne, ses belles mains, sa taille élancée, le parfait ovale de sa figure, sa physionomie fine et spirituelle, son beau teint[ [468]; et comme on savait que l'infirme vieillard dont elle était devenue la compagne avait bien pu l'épouser, mais non en faire réellement sa femme, les plus brillants, les plus renommés, les plus dangereux séducteurs d'alors s'empressèrent autour d'elle, et la regardèrent[ [469] comme une proie facile à saisir. Une triple force la défendait contre leurs attaques: la religion, l'orgueil de son nom et de ses vertus et le besoin de s'attirer des éloges. Pour lutter avec succès contre l'adversité, la nature lui avait donné tous les moyens de séduire, et pour résister à la séduction ce que je ne puis exprimer autrement que par l'aptitude négative de son tempérament[ [470]. Elle était du nombre de celles qui, très-sensibles aux caresses que les femmes aiment à se prodiguer entre elles en témoignage de leur mutuelle tendresse et qu'avec plus de réserve elles échangent avec l'autre sexe, ont une répugnance instinctive à se soumettre à ce qu'exige d'elles l'amour conjugal pour devenir mères, moins par la persistance d'une primitive pudeur que par l'effet d'une nature qui leur a refusé ce qu'elle a accordé à tant d'autres avec trop de libéralité[ [471]. Françoise d'Aubigné eut souvent besoin d'être rassurée par son confesseur sur les scrupules que lui firent naître ses complaisances aux contrariantes importunités de son royal époux à un âge où elle ne pouvait plus espérer d'engendrer de postérité[ [472]. L'ancienneté non contestée de sa noblesse et l'illustration qu'elle avait reçue de son grand-père lui valurent d'être tenue sur les fonts de baptême par la femme du gouverneur de la ville où elle naquit et par le gouverneur de la province. Sa mère, femme instruite, de courage et de vertu, devenue veuve et réduite à la misère, fut obligée de gagner sa subsistance par le travail de ses doigts, et commença pour sa fille cette éducation qui devait développer splendidement tous les germes d'une heureuse nature. Aussitôt qu'elle put tenir une aiguille, Françoise d'Aubigné apprit à travailler, et acquit, pour tous les ouvrages de femme, une adresse de fée et une application infatigable. Enfant, elle charmait les yeux maternels par sa prévoyante et courageuse activité à remplir les tâches les plus difficiles, comme les plus humbles, d'un ménage pauvre. Par la suite, lorsqu'elle eut équipage et gens à ses ordres, pour qu'un secret important fût bien gardé, elle arrangea de ses propres mains, comme aurait pu le faire un tapissier exercé, la chambre où elle élevait la royale postérité qui lui était confiée. Elle devint, très-jeune, savante dans les détails les plus minutieux de l'économie domestique, et put parfaitement, lorsqu'elle fut grande dame, former des servantes et bien choisir les intendants et les serviteurs de la grande maison de Saint-Cyr. Dès qu'elle sut lire, elle apprit dans les Vies de Plutarque dans les écrits de Théodore-Agrippa d'Aubigné, son grand-père, le rang qu'elle aurait pu tenir dans le monde sans les honteux désordres de son père, et elle pressentit ce qu'elle pourrait devenir un jour. De là cette soif orgueilleuse de considération et de bonne renommée, qui fut le mobile de toute sa vie[ [473] et la principale cause de son élévation. Ce sentiment, auquel se joignit ensuite le désir ardent du salut, ne l'abandonna jamais. Ces deux penchants se fortifièrent en elle avec l'âge et devinrent ses uniques passions; passions inconciliables, et qui ne tendaient pas au même but: elle le savait, et ses résolutions furent livrées à deux impulsions contraires. Jamais elle ne put assurer le triomphe complet de celle qui l'élevait vers le ciel sur celle qui l'entraînait vers l'abîme. L'humilité de ses aveux, si souvent répétés, de ne pouvoir parvenir «à l'écrasement de l'amour-propre» constate l'impuissance de ses efforts. C'est que la religion, qui lui commandait ce sacrifice, était elle-même la cause qui l'empêchait de l'accomplir[ [474]. En lui assignant une place éminente dans l'estime de ceux qui alors formaient l'opinion du monde, la religion entretenait en elle une ambition de s'élever sans cesse, et madame de Maintenon ne pouvait se repentir des succès dus aux vertus qu'elle pratiquait avec amour. Lorsqu'elle fut assise près du trône, quand elle fut devenue la compagne du grand monarque, Fénelon, dans un avis sur ses défauts, qu'elle avait transcrit de sa main, lui reprochait «d'être trop sensible au plaisir de soutenir sa prospérité avec modération et à celui de paraître par le cœur au-dessus de la place qu'elle occupait[ [475].» Mais n'est-ce pas rendre le christianisme impossible que d'exiger ce genre de perfection de l'humanité? Doit-on expulser du monde la vertu, en lui refusant d'être sensible à la seule récompense que le monde peut lui accorder?
Tout concourut dans Françoise d'Aubigné à soumettre sa raison aux vérités de la religion et à imprégner son âme de la foi de ses promesses. Les misères de son enfance, l'adversité si longtemps combattue reportaient sans cesse ses pensées et ses espérances de bonheur vers le ciel. Elle avait une mère catholique; mais une tante riche la prit avec elle, et profita de son esprit précoce pour lui donner une forte instruction religieuse. Née dans la religion protestante, cette tante (madame de Villette) voulut lui donner une éducation protestante, et elle s'attacha surtout à lui faire connaître les vérités fondamentales du christianisme; elle grava dans sa jeune âme, elle insinua dans son esprit naturellement réfléchi tout ce qui pouvait raffermir la croyance de la révélation contre les attaques des incrédules. Mais le zèle du catholicisme de sa mère et d'une parente dure et avare l'arracha à la tendresse et aux soins de cette tante, qu'elle chérissait: on la mit au couvent pour la forcer à abjurer la religion qu'on lui avait enseignée.
Dans les premières années du dix-septième siècle, deux femmes instruites[ [476] et pieuses, dont les noms mériteraient d'être plus connus, avaient, dans l'intention de s'opposer aux invasions du protestantisme, fondé à Paris, dans la rue Saint-Jacques, une maison d'instruction qui devint bientôt célèbre par l'excellence de l'éducation que les jeunes filles pauvres y recevaient. Des religieuses ursulines séculières et ensuite des ursulines cloîtrées dirigèrent cette maison, qui fut la pépinière et le modèle des nombreux couvents du même ordre répandus dans toute la France. Les ursulines de Niort, où Françoise d'Aubigné fut mise, émanaient de celles de Paris; mais elles n'étaient ni aussi éclairées ni aussi habiles. Françoise d'Aubigné s'attacha la maîtresse des pensionnaires; et, quoique âgée seulement de onze ans, elle la suppléait dans ses fonctions, faisait lire, écrire, travailler ses compagnes et avait soin de les tenir propres. Cette instruction et ces soins ennuyaient sa maîtresse, qui aimait à se livrer à des occupations moins fastidieuses[ [477]. La vanité de la jeune d'Aubigné fut singulièrement enflée par la confiance qui lui était accordée; et quand les religieuses voulurent lui faire abjurer les dogmes de sa croyance, elle résista. Alors on voulut l'intimider; on lui fit un crime de ses raisonnements et de ses pratiques protestantes, ou la soumit aux plus serviles fonctions, et, ne pouvant vaincre sa résistance, on la rendit à sa mère, qui était dans l'impossibilité de payer pour elle une pension. Un sentiment profond de sympathie pour ses condisciples pauvres comme elle, et l'orgueil blessé d'avoir été méconnue, laissa dans l'âme de la jeune d'Aubigné une empreinte ineffaçable. Sa mère la plaça à Paris dans la maison principale des ursulines de la rue Saint-Jacques. Ce fut là que Françoise d'Aubigné trouva des supérieures qui surent apprécier toutes les ressources que présentait, pour une facile conversion, la précoce intelligence de cette jeune fille. Sans se scandaliser, comme les religieuses de Niort, de ses manières d'adorer Dieu, sans gêner sa liberté, les ursulines de Paris firent comprendre à leur jeune élève, par le bel ordre qui régnait dans leur maison, celui qui était nécessaire au maintien de la bonne harmonie de la société chrétienne. On lui enseigna comment Jésus-Christ avait lui-même institué l'ordre de son Église en donnant à ses apôtres la mission de répandre et d'interpréter sa doctrine et d'instituer leurs successeurs; que par conséquent le premier devoir de tout croyant qui voulait être un parfait chrétien était de se soumettre, en matière de foi et d'actes religieux, à ses supérieurs ecclésiastiques, à ceux auxquels avait été déléguée, par transmission successive, la puissance apostolique. Françoise d'Aubigné, convaincue, abjura, et fit avec toute la ferveur d'une néophyte sa première communion. Elle fut reconnaissante envers celles qui lui avaient enseigné cette belle et féconde doctrine de l'Église catholique. En elle était déjà le germe de la femme qui traça, d'après le modèle de cette maison des Ursulines, les Constitutions de Saint-Cyr[ [478]; qui écrivit l'Avis à madame la duchesse de Bourgogne, tant admiré de Louis XIV[ [479], les admirables lettres à l'abbesse de Gomer-Fontaine et aux dames de Saint-Louis[ [480], l'Esprit de l'institut des Filles de Saint-Louis[ [481], les Conversations, les Proverbes composés pour ses élèves chéries[ [482].