Au premier aspect nous n’y entendons rien; mais puisque les habitués y entendent, et puisque le latin est presque ainsi bâti, il faut bien que cela ne soit pas si extravagant. Examinons en détail.

Aujourd’hui temps-matin; voilà le temps désigné.—Koïak rivière son orient; dans la plaine; voilà le lieu de la scène.—Les gazelles chassées, les lévriers après sortant de la ville d’Alep, son gouverneur j’ai vu.

Quand on se rend compte de l’ordre de ces divers tableaux, l’on voit d’abord le temps désigné; puis la scène où se passe l’action, puis les agens ou instrumens de la scène: on se demande ce qu’elle signifie; le sens est expliqué par j’ai vu. Il faut noter que l’obscurité, pour nous, vient beaucoup de ce que les prépositions en turk sont attachées à la fin des mots.

Il y a beaucoup d’intéressantes réflexions à faire sur cette matière; neuve sans doute pour bien des lecteurs.

Rentrant dans mon sujet, je me borne à répéter que le style de l’hébreu n’est pas totalement inverse, mais que néanmoins il a beaucoup d’entrelacemens qui nuisent à sa clarté: que surtout il est rompu, maigre, et ne peint, pour ainsi dire, que le squelette de la pensée, faute de ces ligamens qui chez nous lui donnent de la grace: on dirait des apprentis dessinateurs qui n’ont su qu’esquisser les gros traits, d’où a résulté la roideur et quelquefois l’équivoque des formes, tandis que chez nous une foule de traits accessoires leur donnent de la précision, de la vie: je ne crois pas que dans tous les livres juifs on puisse citer une phrase à périodes ni un raisonnement composé de trois parties: tout y est purement narratif avec la perpétuelle répétition de la particule eta), même au commencement des phrases.

En résultat, c’est un vrai style de basse classe et de peuple paysan. Le lecteur en va voir quelques échantillons.

L’hébreu n’a point notre verbe avoir, je dirai même qu’il n’a point notre verbe être, car le mot HiH (il a été) signifie proprement il a vécu, il a eu existence: aussi n’est-il jamais employé à lier l’adjectif au substantif: on n’y dit point Abner est fort, mais Abner fort, ni Judith est belle, mais Judith belle, etc. Il est remplacé par le pronom Hω signifiant lui, ou HIA signifiant elle: il est remarquable que, dans l’idiome syrien plus ancien que l’hébreu, ce pronom Hω fait également l’office du verbe être, et il semblerait que l’existence de cette tierce personne lui a été le type physique originel de tout être qui n’est pas l’une des personnes appelées vous ou moi.

Nos formes de comparatif et de superlatif n’ont point existé chez les Hébreux. Pour exprimer le comparatif, ils emploient les deux particules Me et MeN qui, au fait, n’en sont qu’une, équivalant à notre mot hors de: ils disent TωBaH ҤeKMaH MeFeNiMiM, mot à mot, bonne (est) sagesse hors des perles: le latin rend mieux en disant ab ou ex margaritis. TωBiM He ŠeNiM MeN HaD, c’est-à-dire bons (sont) deux plus que un:—LeBN MҤaLaBblanc plus que lait: ici l’M perd son e à cause de l’aspiration; avec des conventions cela s’entend comme autre chose.

Le superlatif a six manières de s’exprimer, disent les grammairiens; l’on va voir qu’à peine une seule est vraie et précise.

1o Par le mot MAD, qui signifie beaucoup, étendu.—Exemple: TωB MAD bon: avec quantité étendue.