Le premier, matag: le frein, la bride (c’est notre trait-jointure dans Hôtel-Dieu, en hébreu bait-al).
Le 2e, maqef: le lien. Il y a encore le râfé, petite barre verticale sous la lettre, indiquant de couper la voix comme fait le hamza arabe. Ainsi ïeraω signifie ils voient; mais si vous coupez ïe-râω, il signifiera ils ont peur. (Ce ïe-râω hébreu peut s’écrire en notre alfabet ïe’râω).
[F7] Note pour la page 459 ligne 24.
Sur la langue des Berbères.
Le nom de Berbères que nous appliquons à une race d’indigènes africains est plus ancien et plus universel qu’on ne l’imagine; il est le même que le barbare os et us, des Grecs et des Latins, cités dès le temps d’Homère. Hérodote nous apprend que c’était un mot de la langue des Égyptiens, qui s’en servaient pour désigner tout peuple étranger, parlant ou bredouillant un langage qu’ils n’entendaient pas. Il existe dès long-temps dans la langue arabe, quelle qu’y soit son origine égyptienne ou grecque. Par un cas plus singulier il existe dans le Sanskrit, qui donne le nom de barbara à quelques pays ainsi nommés par les anciens géographes occidentaux; et de plus il est chez les Brahmes un terme presque injurieux, comme chez les Grecs et chez nous.
Un ancien pays de Barbara est cité près du détroit de Bab-el-mandem, ayant à son sud un pays de Zengitan, comme aujourd’hui notre Barbarie sur la Méditerranée tient vers son ouest au pays de Tengitania des Latins que nous appelons Maroc.
L’ancien zingui-tan se retrouve dans le Zingui ou Zingue-Bar, côte Est de l’Afrique; ce mot Barr est arabe et signifie terre et pays.
Le mot zingui, prononcé tsingui et tchingui, se retrouve dans Zingari race errante que nous appelons Bohémiens, démontrée depuis quelques années par de savans anglais et allemands n’être qu’une race d’Indous émigrés depuis quelques siècles, laquelle heureusement a conservé assez de son langage originel pour y faire reconnaître celui qui se parle encore aux bords de l’Indus, et qui sûrement s’y parle depuis bien des siècles: je laisse aux savans étymologistes à expliquer comment ce mot zingui, indiquant un peuple, s’est trouvé près de Maroc.
Me bornant aux Berbères, je dis que les nombreuses peuplades désignées par ce nom sont encore aujourd’hui répandues depuis Maroc jusqu’à l’Égypte et l’Abyssinie, et de plus vers le sud, jusqu’à la ville et au pays de Tim-boucktou: des voyageurs anglais récens en fournissent la preuve en nous apprenant que, près de cette ville célèbre, sont des tribus de Shillahs ou Shelous, nom qui est précisément celui que, dans les pays de Maroc et d’Alger, on donne aux Berbères montagnards. Les Berbères des plaines portent celui de Qabaïlis: mais ces peuples eux-mêmes ne se nomment point ainsi en leur langue; ils se donnent le nom de Amzir au singulier en grasseyant fortement l’r, et de Mazir au pluriel, l’r toujours grasseyé. Dans mon alfabet européen, je peins cet r par g ou ɠ; j’écrirai donc désormais Amzig et Mazig.
Ces deux mots signifient libre et libres; ainsi ils s’appellent eux-mêmes hommes libres.