C’est évidemment le mot Mazig que nous trouvons dans Mazikes que des auteurs grecs nous citent comme le nom de peuplades africaines existantes dès les premiers temps de notre ère: ces peuplades vexèrent beaucoup les anachorètes de la Thébaïde et de la Nubie; elles étaient alliées des Blemmies, autre race sauvage. Le savant grec Eustathios, commentateur d’Homère, parlant de Iarbas, roi de Gétulie au temps de Didon, dit qu’il était roi des Mazikes; Virgile nous dit qu’il était roi des Gœtules; et cela reporte l’existence des Berbères et leur nom de Mazikes plus de huit siècles au-delà de notre ère, en même temps que cela les identifie aux Gœtules, qui nous sont désignés comme indigènes ou autochthones.
De nos jours où le langage des peuples est devenu un sujet de recherches si intéressant, celui-ci méritait d’exciter le zèle de quelques voyageurs éclairés: cette honorable tâche fut remplie, en 1787, par feu M. Vanture, l’un de nos plus habiles drogmans en turk et en arabe: tandis qu’il remplissait près du dey d’Alger une mission diplomatique et commerciale dont il était chargé, le hasard lui procura la connaissance d’un chef de Berbères, qui eut besoin de sa protection. Il profita de cette occasion pour l’attirer fréquemment chez lui; et, dans un espace de quelques mois, au moyen de la langue arabe, qu’ils parlaient tous deux, il dressa une Grammaire et un recueil de mots berbères très-considérable. A son retour à Paris, en 1788, nos études communes nous rapprochèrent: il me montra sa minute, composée de 89 feuillets in-fol., et finit par vouloir me la donner: je le priai de faire mieux, je le déterminai à en dresser une copie au net, qui se trouve formée de 9 cahiers, même in-fol., en tout 178 pages. Alors, j’acceptai la minute, et il garda la copie. Le berbère était exprimé en caractères arabes, je voulais l’établir en caractères français; la politique survint et gâta tout. En 1795, à mon départ pour les États-Unis, je déposai ma minute à la bibliothèque royale, afin qu’elle ne pût se perdre. En 1798, à mon retour, je trouvai la belle copie aux mains de madame Vanture: lorsque ensuite nous apprîmes la mort de son mari, en Syrie, je l’engageai à céder ce manuscrit à la bibliothèque du Roi, qui le paya une modique somme. Le savant conservateur, M. Langlès, qui a connu ces faits, les a indiqués sommairement dans sa traduction du Voyage de Hornemann en Afrique, tome II, imprimé en 1803; il y a inséré un extrait de la Grammaire et du Vocabulaire; mais il nous reste toujours à regretter que l’ouvrage entier de Vanture n’ait pas été mis en ordre et imprimé. Ce travail était digne de la libérale et philanthropique société africaine-anglaise. Un tel volume, qui serait léger, procurerait aux voyageurs d’Europe, dans tout le nord de l’Afrique jusqu’au Niger, non seulement un moyen de reconnaître les tribus berbères, mais encore de se faire entendre d’elles, ce qui est inappréciable.
Du reste, d’après les extraits que j’ai conservés, je me crois autorisé à regarder ce langage comme d’origine particulière; il s’est rempli d’arabe, peut-être de phénicien; sa prononciation abonde en grasseyemens comme le provençal, en θ grec, en th anglais dur, en notre ja pur, usité des Perses et des Turks seulement. Il n’est pas construit précisément comme l’arabico-hébreu; mais il a un fond de simplicité que l’on ne juge bien qu’en le dépouillant de ce que depuis tant de siècles ce peuple errant et inculte a emprunté des étrangers, à commencer par les Carthaginois.
Extrait du Livre intitulé: Arcanum Punctationis revelatum, auctore Th. Erpenio, Leyden, 1624. 312 pages in-4o.
Cet ouvrage, imprimé sous le nom d’Erpenius, a eu pour véritable auteur Louis Cappel, Français protestant de Saumur, qui ne put le publier en France. Si un tel livre paraissait aujourd’hui en notre langue, il serait considéré comme un modèle de saine argumentation et de judicieuse critique. L’histoire des points-voyelles y est traitée avec une clarté qui ne laisse plus de doute sur la question; je crois faire une chose agréable au lecteur de lui en citer quelques passages.
C’était une opinion dominante, chez les savans juifs et chrétiens, que les points-voyelles sont inhérens aux livres de Moïse et qu’ils ont été établis par lui même ou par Ezdras, lorsque vers l’an 1530 le témoignage du rabbin Elias-Levita vint y apporter un trouble inattendu. On produisit un passage de son livre sur la Massore, dans lequel il dit:
«Qu’après la confection du Talmud, les docteurs massorètes commencèrent à imaginer et à poser des signes appelés points-voyelles sur les consonnes; puis, après un laps de temps, il en fut arrêté un système complet, par un concile de rabbins, et dans la ville de Tibériade, environ 436 ans après la ruine du second temple par Titus, qui eut lieu l’an 72 de Jésus-Christ.»
D’autre part, le rabbin Abenezra écrivait vers l’an 1150:
«Tel est l’usage des sages de Tibériade, qui sont nos guides (de lecture) et de qui viennent les massorètes ou traditionnaires auxquels nous devons toute la ponctuation.»
Notre auteur, dans les chapitres III et IV, démontre la force de ces assertions; il cite de plus un autre passage d’Elias-Levita, ainsi conçu: