«Il est très-certain que la loi présentée par Moïse fut un livre écrit sans aucun point, sans aucune distinction de versets.»

Au chapitre V, viennent de nombreuses preuves tirées du Talmud et des cabalistes.

Le Talmud est une masse de doctrine divisée en deux parties: l’une dite mišnah, est l’ouvrage de Rabbi-Juda, environ 180 ou 200 ans après notre ère; l’autre, gemara, est une compilation par divers inconnus, jusqu’à l’an 500 où elle fut close. Dans l’une et dans l’autre, il n’est pas dit un seul mot des points-voyelles. Notre auteur cite des passages concluans.

Chapitre VI, page 37, il produit des preuves tirées de l’ancien caractère hébraïque, c’est-à-dire, de notre samaritain actuel. «Les Juifs, dit-il, sont d’accord que leurs lettres actuelles ont été introduites par Ezdras, et qu’auparavant régnaient les lettres kananéennes.» Ce sont les propres expressions de Saint-Jérôme in prologo galeato, et dans son commentaire sur Ezéchiel, chapitre IX, verset 4, où il dit que la dernière lettre de l’alphabet a la figure d’une croix dans l’ancien caractère hébreu, encore usité de son temps par les Samaritains.

D’autre part, Walton remarque, dans ses prolégomènes, que ces Samaritains furent une branche de Juifs, qui ne voulurent point reconnaître Ezdras; ils n’ont conservé de livre national que le Pentateuque; leur texte diffère en plusieurs endroits de l’hébreu et du grec; il est cité par l’évêque Eusèbe, par saint Jérôme, etc. Ses propres adversaires ne peuvent nier qu’il n’existe sain au moins depuis l’an 300 de notre ère; ce texte n’a aucune trace de points-voyelles, etc., etc.

L’auteur de l’Arcanum Punctationis continue d’exposer ses preuves dans la fin de ce chapitre, et dans le suivant, chapitre VII, page 40, etc.; il démontre, par nombre de passages concluans, que ni Origène, né l’an 185 de notre ère, ni Jérôme, mort après l’an 400, n’ont donné la moindre indication de l’existence des points à cette époque.

Au chapitre IX, page 58, passant en revue le Targum de Onkelos, écrit un peu avant notre ère, et celui de Jonathan, vers l’an 200, il montre que s’ils eussent lu un texte ponctué, ils n’auraient pas différé, comme ils le font, sur la lecture et le sens de plusieurs mots maintenant divers chez les Massorètes. Les traductions latines d’Aquila et de Jérôme lui fournissent les mêmes argumens; il continue dans le chapitre X, où il cite beaucoup de mots qui, écrits des mêmes lettres, ont été pris en des sens divers, parce qu’ils n’avaient pas de points-voyelles. Il cite ce passage de Jérôme, qui dit: «Il n’importe qu’on dise salem ou salim, puisque rarement les Hébreux emploient les lettres-voyelles au corps des mots (in medio verborum), et que, selon l’usage (volonté) des lieux et la diversité des pays, l’on prononce les mêmes mots par divers sons et accens.»

L’interprétation de ce passage a égaré plusieurs savans, qui ont voulu donner aux mots sons et accens des acceptions forcées: la preuve qu’accent signifie un son vocal, une voyelle, est que le même Jérôme dit ailleurs (Commentaire sur Amos, chapitre VIII): «Bersabeæ, selon les divers accens qu’on lui donne, signifie puits du serment ou de la satiété ou du septième.» Il est évident que les accens sont ici les petites voyelles, ainsi que je l’ai développé dans les préliminaires. Au chapitre XI, page 73, il discute les variantes diverses qui existent entre les textes et les manuscrits de chaque texte; il produit des mots en plus, des mots en moins, des lettres omises, des lettres surabondantes, etc. Les notes Qori et Kat eurent pour objet d’indiquer ou de corriger ces fautes; il est arrivé que les correcteurs ont quelquefois laissé en blanc la place d’un mot, en y posant seulement les points-voyelles qui lui conviennent: il se récrie sur le procédé étrange des massorètes qui ont appliqué à un mot désigné, la ponctuation d’un autre établi par eux en marge, et cela répété de manière à prouver que ce n’est point par erreur, mais par dessein prémédité. Les talmudistes citent cinq accidens de cette espèce en toute l’écriture; aujourd’hui l’on en compte onze.

Il est encore arrivé que le texte portant des mots trop grossiers, les annotateurs se sont permis de les changer; notre auteur en cite des exemples dans le discours du général assyrien, qui, parlant aux gens du roi Ezéchias, emploie le mot ɦaRHem, qui signifie leur merde, et le mot ŠiNihem, pissat, urine. Les docteurs ont substitué des mots signifiant l’eau des pieds et les excrémens.

Un autre genre d’altération, plus grave peut-être, a échappé aux recherches de notre savant critique: on lit au chap. XV verset 33 du livre Ier de Samuel le mot—ïŠsF—toutes les versions grecque, latine, syriaque, arabe, et le Targum de Jonathan l’ont lu ïaŠseF, signifiant que, (Samuel) hacha lui-même à coups répétés (le roi Agag). Aujourd’hui le texte hébreu veut lire ïeŠasseF avec le sens de fit hacher par autrui. Comment obtient-il cette lecture? par la seule addition du point de redoublement (daghès), inséré dans l’s de ïŠsF. Et cette forme est bien plus arabe qu’hébraïque; mais, lorsque toutes les versions, depuis celle du roi Ptolémée, se sont accordées à lire ïaŠseF, n’est-il pas évident que ce sont les rabbins, qui, par pudeur de l’acte atroce, se sont permis d’ajouter ce point si petit et si efficace? Qui pourra nous assurer que les Hébreux aient eu le factitif des verbes, quand il est constant que le syrien ne l’a pas?