D’autres fois des mots ont été mal-à-propos divisés ou joints. Par ex.: dans Ezéchiel, chap. 27, vers. 6, on lit: BeTaŠorim traduit par fille des Assyriens, tandis qu’il faut lire Be-TaŠorim signifiant: (des bancs de rameurs construits) en bois de buis[202].
[202] Les Bibles françaises de Paris, de Bâle et de Genève n’ont pas manqué de conserver cette faute.
Enfin il cite les accidens nombreux d’une lettre écrite au lieu d’une autre (voy. pag. 79 et 80): les voyelles a, H, I, ω, sont surtout dans ce cas: le grammairien Elias a compté 488 mots ainsi altérés.
La majeure partie de ces fautes est mentionnée par les Talmudistes, et par conséquent est très-ancienne, puisque les sages de Tibériade, ayant trouvé les manuscrits en cet état, n’ont osé rien y changer.
Notre auteur, en son chapitre XIII, a payé tribut aux préjugés de son siècle, en ne voulant reconnaître que cinq voyelles absolues: comme il n’a eu aucune connaissance pratique de la prononciation arabe, il n’a pas eu d’idée juste sur la valeur ni des grandes, ni des petites voyelles; il termine son livre par une longue discussion des objections opiniâtres qui étaient faites à cette époque, et qui aujourd’hui ne méritent pas même de mention.
Sur la Bible vulgate.—Ses sources et ses antécédens.
On parle souvent de la bible vulgate, en distinguant la vulgate ancienne de la vulgate moderne: bien des personnes ne savent pas clairement ce que c’est; le voici:
Lorsque le christianisme commença d’acquérir des sectateurs lettrés, c’est-à-dire, vers la fin du deuxième siècle, ce fut, parmi eux, une émulation de traduire l’ancien Testament en latin; mais comme ils ne savaient pas l’hébreu et que le grec leur était usuel, leurs traductions latines furent toutes faites sur les copies grecques: à cette époque le texte hébreu était pour ainsi dire décrédité. L’une de ces traductions, plus estimée par les anciens docteurs ou pères de l’Église, est devenue ce qu’on appelle première vulgate sans nom d’auteur. Ensuite, combinée avec la traduction de saint Jérôme, elle est devenue la vulgate actuelle, consacrée par une assemblée encore assez récente, de théologiens italiens, dont la presque totalité ne savait pas un mot d’hébreu. Il est remarquable que la traduction de saint Jérôme n’eut aucun crédit de son temps; qu’elle fut vivement blâmée par saint Augustin et autres pères éminens de l’Église: si aujourd’hui elle est canonisée par les théologiens dominans, quels sont les vrais infaillibles, ou de ceux-là qui disent noir, ou de ceux-ci qui disent blanc?
Un utile ouvrage serait une impartiale histoire des livres juifs considérés en leur origine, en leurs divers textes et versions. Il paraît que, depuis cinquante ans, les universités allemandes ont produit beaucoup de bons matériaux pour cet édifice. En France, notre vieille école est toujours sorbonnique, c’est-à-dire, fixe dans les vieilles idées et à peu près hostile pour les nouvelles. Néanmoins, en recueillant les aperçus les plus raisonnables de quelques esprits indépendans, nous commençons à voir, comme assez clairement prouvés, les faits suivants:
1o Que le Pentateuque actuel n’est point l’ouvrage immédiat de Moïse, comme l’ont tardivement décidé de prétendus infaillibles; mais que, contenant réellement des pièces originales venues de ce législateur, leur assemblage et leur union à d’autres pièces posthumes, ont été l’ouvrage du grand-prêtre Helqîah, tuteur du roi Josiah, et régent du royaume de Juda, pendant la minorité de ce prince;