2o Qu’il n’est pas probable que des manuscrits de papyrus, tels qu’ils furent usités au temps de Moïse, aient pu se conserver pendant près de huit cents ans, dans un climat aussi rongeur que celui de Jérusalem, où les vers et les mites dévorent tous les matériaux des livres avec une incroyable activité; qu’il est plus naturel de penser que des copies en avaient été faites au temps des rois David ou Salomon, encore que l’absolu silence de leurs archives soit un grand préjugé contraire;

3o Qu’il paraît démontré que ce fut le grand prêtre Helqîah qui, vers l’an 621 avant notre ère, mit au jour pour la première fois le Livre de la loi, nommé aujourd’hui Pentateuque, compilé et rédigé par lui, ou sous sa direction, par des prêtres dont Jérémie est indiqué avoir été l’un[203];

[203] Voyez le tome I des Recherches nouvelles sur l’Histoire ancienne.

4o Que le manuscrit autographe, envoyé par Helqîah au roi Josiah, selon qu’il est écrit au Livre des rois, lib. II, chap. 22, fut écrit en lettres phéniciennes, dites aujourd’hui samaritaines (sans idée de points-voyelles);

5o Que ce manuscrit a été le prototype unique de tout ce qui, depuis, a pu être publié de semblable;

6o Que, confié à la garde des prêtres, il a dû être difficile d’en multiplier les copies, vu leur caractère mystérieux et jaloux; et que cependant il a dû en être tiré quelques-unes, puisque ce fut un devoir imposé au roi d’en tirer copie de sa propre main pour son usage (ainsi qu’il est dit au Deutéronome, chap. 17, verset 18 et 19). D’ailleurs quelques personnages éminens par leurs richesses et leur zèle ont dû avoir le désir de posséder un livre aussi précieux. Ici la richesse a été une condition nécessaire, vu l’extrême cherté des livres anciens[204];

[204] Un beau manuscrit du Pentateuque a dû passer 3000 fr.

7o Qu’il y a eu un grand intérêt et assez de facilité de sauver cet ouvrage, lors de la prise de Jérusalem et de la captivité au pays de Babylone (cinq cent quatre-vingt-sept ans avant notre ère, et trente et un an depuis Helqîah);

8o Qu’après le retour de la captivité (vers l’an 450 avant notre ère), le lévite Ezdras a certainement eu à sa disposition un exemplaire du Pentateuque, et qu’il a pu en avoir plus d’un;

9o Que ce prêtre en ayant opéré la transcription et refonte en caractères chaldéens (notre hébreu actuel), son nouveau manuscrit devint le prototype dominant parmi les Juifs; mais qu’il ne s’ensuit pas de là que les copies de Helqîah aient été immédiatement détruites ou n’aient plus été consultées;