L’ardente dévotion des biblistes anglais est allée plus loin: ouvrez la bible de Wil. Tyndale, traduite par ordre du roi Henri VIII, imprimée vers 1549, petit in-folio, beaux caractères gothiques, vous lirez, au chap. 1, et au chap. 5, première colonne du verso de la page 93, XCIII et XCVI recto: Moïse parla à Israël: on the other syde Jordan, sur l’autre côté du Jourdain, ce qui est bien littéralement au-delà. Actuellement, comparez la Bible moderne publiée par la société établie à Londres en 1804, traduite par ordre spécial de Sa Majesté, et imprimée, petit in-4o, stéréotype, à Cambridge, vous lirez aux endroits cités sans nombre de page (ces docteurs n’ayant pas trouvé convenable de les coter, plus que l’année de l’impression), vous trouverez, dis-je: ce sont ici les paroles que Moïse dit à tout Israël: on this syde Jordan, de ce côté du Jourdain, c’est-à-dire, en-deçà. Le contraste est manifeste, le faux matériel est saillant; si un tel délit avait lieu dans un acte du parlement, dans un titre de famille, que prononcerait un jury anglais?

Chez nous il serait grave; au reste, scrutez cette Bible anglicane si vantée, et vous y trouverez cent altérations aussi graves du texte hébreu; et voilà ce livre dont on répand un demi-million d’exemplaires dans l’Asie et dans l’Amérique, jusqu’aux îles de la mer du Sud! Mais ce livre est une clef sourde qui ouvre les portes des nations; par lui, avec lui on leur glisse pieusement des marchandises, des baïonnettes, et des chaînes. Qu’importe la vérité? Il est plein de récits qui choquent la pudeur, qui heurtent la justice. Qu’importe la morale? Le fait est que tous ces manufacturiers de bibles, ces colporteurs de religion, ne sont que des aventuriers spéculateurs, qui rêvent au fond du cœur de petites dominations à la jésuite, en des pays neufs et niais. Princes prudents, défiez-vous de ces hommes à sandales qui, d’abord prosternés aux vôtres, ont fini par vous faire baiser la leur! Peuples simples, défiez-vous de ces hommes qui, en se présentant avec l’anneau et le filet du pêcheur, insinuent qu’ils vous regardent comme des poissons. Ces gens-là n’ont à vous donner pour pâture que la coque de Levant[205].

[205] Drogue enivrante qui trouble l’instinct du poisson à se conserver, comme la crédulité trouble l’instinct de l’homme à raisonner. Ce poison est indigène du Levant, d’où il s’est répandu dans le monde par la main des Juifs et adhérens.....


VUES NOUVELLES
SUR L’ENSEIGNEMENT
DES LANGUES ORIENTALES.


L’enseignement des langues orientales, dans les divers états de l’Europe, doit se considérer sous un double point de vue;

1o Comme un moyen de fournir des drogmans[206] ou interprètes à la diplomatie du gouvernement, et au commerce de la nation;

[206] Mot qui nous vient de l’italien dragomanno, lequel n’est lui-même qu’une altération de l’arabe targoman, interprète, homme qui explique.