Je présente au lecteur ce tableau ci à côté.
| VALEUR (FRANÇAISE) DES VOYELLES (ARABES) BRÈVES,LONGUES ET DIPHTHONGUES, Selon l’Alfabet Harmonique de la Commission officielleen 1803. | |||
|---|---|---|---|
| 1 | بَ | ba ou bè. | |
| 2 | بِ | bi, be, ou bé. | |
| 3 | بُ | bo, bu[55], bou, beu. | |
| 4 | بَا | bâ. | |
| 5 | بَا | be ou bɐ[56].] | b’ellah, b’esm. |
| 6 | بِى | bî. | |
| 7 | بُو | boû. | |
| 8 | بَو | baw. | |
| 9 | بىَ | bai ou bei. | |
| 10 | بَى | bä. | |
| 11 | عَ | oa. | |
| 12 | عِ | oi ou oe. | |
| 13 | عُ | oo ou oeu. | |
[55]J’observe que l’u français et turk n’a pas lieu en arabe. [56]La Commission a oublié cette combinaison: avec les variantes bo,bou, beu et be, il y aurait seize voyelles diverses plutôt que treize. | |||
| (Face à la page 122.) | No III. |
Jusqu’ici l’opération de K’alîl ne nous a montré que sept voyelles, savoir, les trois grandes a, ω, î; les petites a, ů, ì, et la gutturale ăïn. Sept autres restaient à exprimer; savoir: deux modifications de l’ăïn, è, et eù (de gorge); plus notre é masculin; notre ê (ai), notre ô, et même notre o moyen dans leur mot omam (les nations), enfin notre son eu, dans certains cas, ou plutôt en certains cantons, par exemple, celui d’Alep, où ce son est très-usité devant ou après la forte aspiration: il est probable qu’Abou’l Asouad avait trouvé trop de difficultés à peindre ces divers sons, et qu’il y avait renoncé; après lui, l’extension que les conquêtes de l’islamisme donnèrent au langage du Qôran chez toutes les tribus arabes et chez plusieurs peuples étrangers[57], ayant de plus en plus fait sentir le besoin d’en préciser les moindres détails de lecture, il dut se faire beaucoup de raisonnemens et de discussions dans les diverses écoles arabes: ces discussions durent amener quelques idées générales, dont on fut d’accord, et ce furent sans doute ces idées qui suggérèrent à K’alîl les moyens de résoudre les divers problèmes à la satisfaction sinon de tout le monde, du moins de la grande majorité.
[57] L’auteur du mémoire cite des exemples notables de méprises occasionnées par les barbarismes et solécismes, même du bas-peuple arabe. Un cas grave et grossier fut celui d’un gouverneur de La Mekke, qui, trompé par une tache d’encre tombée par hasard sur le grand h, lut Xasä, au lieu de hasa, et fit sur les jeunes conscrits de la ville l’opération de les châtrer, au lieu de les dénombrer.
Il paraît qu’en cette occasion il arriva ce qui a lieu dans la plupart des inventions: un premier moyen ayant été imaginé, l’inventeur ou le perfectionneur s’en saisit pour l’appliquer à d’autres cas de même espèce: Abou’l Asouad avait imaginé les trois points-voyelles; mais il ne s’en était servi que relativement aux consonnes: K’alîl, trouvant le sentier frayé, fit un pas de plus; après avoir changé seulement leur forme, il les appliqua aux grandes voyelles, et il fit des unes et des autres cette variété de combinaisons qui, approuvée par les docteurs, est devenue le système dominant et unique, tel qu’il existe de nos jours: voici les statuts de ce système, dont je rends le style arabe intelligible, en le traduisant en style européen.
(Le lecteur est instamment prié de prendre une attentive connaissance du tableau ci-joint no IV.)