[59] Les parenthèses ne sont pas du texte.

«Les autres sont appelées sans voix, parce qu’elles ne peuvent à elles seules compléter un son comme les voyelles.»

George Amira trouve cette définition assez juste.

«Mais, dit-il, elle ne peut s’appliquer à notre alfabet syriaque, parce qu’aucune de nos lettres ne peut se proférer sans le secours de l’une des six ou sept voyelles établies par nos grammairiens: je suis du nombre de ceux qui considèrent toutes nos lettres comme des consonnes, par la raison qu’aucune d’elles ne sonne par elle-même; et que toutes ont besoin qu’on leur joigne quelques voyelles ou motions qui les fassent sonner chacune diversement.»

On voit ici très-positivement exprimé ce que j’ai établi ci-dessus. Amira continue: «Je n’aime pas non plus la doctrine d’un de nos grammairiens, qui a écrit en langue arabe, et qui, comme plusieurs, veut qu’on divise les lettres en voyelles et en quiescentes, en appelant voyelles celles qui, comme alef, ou, et i, commencent par une motion; et quiescentes celles qui commencent sans motion.»

Sur ce texte, George Amira fait un mauvais raisonnement, en inférant que le Qâf et le Sâd seraient aussi des voyelles, parce que, dit-il, pour les prononcer, nous commençons par une motion. Le fait est faux, à moins qu’on n’en dise autant de ma, de , etc.: cela nous montre seulement que George Amira, né montagnard du Liban, par conséquent nourri en un dialecte paysan et grossier, a eu le vice de prononciation qui dénature le Qâf, à la manière de Damas, et quelque chose de semblable pour le Sâd.

Ensuite, citant des mots qui commencent par a et ou (abina), un parent; wa qâm (et il se leva): «Leurs initiales, dit-il, n’ont point de motion, et par la définition de notre adverse, elles seraient consonnes; ce qui, dit-il, est un contre-sens.»

Donc Amira les reconnaît pour voyelles, et lui-même est en contradiction: ce qui nous importe en ces aveux est de voir que les anciens grammairiens n’eurent point, sur la question qui nous occupe, cet accord dont on veut se prévaloir aujourd’hui; et que si l’opinion actuelle domine chez les Musulmans, c’est parce que, selon leur esprit intolérant, la majorité, après l’avoir adoptée, n’a plus permis que l’on soutînt le contraire, et a fait disparaître tous les témoignages relatifs.

Un autre aveu notable de George Amira, est celui-ci: «Je conviens que lorsque ces lettres a ω i, se trouvaient tracées dans les livres (anciens), sans aucune motion, et qu’elles ne pouvaient alors sonner par elles-mêmes, il dut exister une grande difficulté de lecture; c’est pourquoi nos docteurs imaginèrent de petites marques, faisant fonction de voyelles, afin que les lettres affectées de ces marques, ne laissassent plus d’embarras sur leurs valeurs.»

On voit ici que les points-voyelles ou motions n’ont été chez les chrétiens syriens qu’une invention tardive, née, comme chez les Arabes, du besoin d’éclaircir le logogriphe de la vieille écriture. Quant à l’objection qu’on en pourrait tirer, nous apprenons d’un autre grammairien, antérieur à George, que des prêtres éthiopiens, venus à Rome (vers 1530), avec des livres syriaques sans aucuns points-voyelles, furent étonnés d’apprendre l’existence de ces signes, et qu’ils n’en conçurent pas même le besoin, vu, dirent-ils, la facilité que donne l’habitude contractée dès l’enfance, de lire sans points[60].