[103] mine’ schscheriri, au moins il fallait écrire men e’ schscheriri, pour faire sentir que par l’élision d’l le sin était doublé.

Il devient inutile de multiplier des exemples qui ne seraient que la répétition des mêmes règles et des mêmes censures; il suffit à mon but d’avoir mis en évidence tout le désordre des méthodes actuelles, et toute la supériorité de celle que je propose d’y substituer. Le lecteur versé dans les langues orientales saura déduire de mes principes les diverses applications qui leur conviennent: par exemple, il verra que l’écriture persane et turke, imitées de l’arabe, ne donnent lieu à aucune difficulté, et que, pour en faire la transcription, il suffit d’assigner des représentans aux cinq lettres que ces deux langues ont de plus que l’arabe. La commission de 1803 a déjà donné l’exemple de cette opération: j’admets avec elle de figurer par notre P, la lettre persane et turke qui porte trois points sous le b arabe; de figurer par notre ja français la lettre qui porte trois points sur un z; de rendre par l’ñ espagnol la lettre qui porte trois points dans le kef, et qui s’appelle sagir-noun, petit n; d’exprimer par g romain l’autre kef, qui porte trois points sur sa tête, et qui se prononce tantôt en gué, tantôt en ga: mais je n’admets point le c italien, ou le ch anglais, pour exprimer le tchim persan et turk, peint par le djim arabe, souligné de trois points: cette prononciation est évidemment formée des deux consonnes , ché; l’on ne peut la peindre régulièrement par un signe unique, mais on peut capituler avec cette difficulté, en frappant un poinçon qui portera notre tſ liés en un seul groupe; le tableau ci-dessous présente cette correspondance établie:

پp européen.
چts tché.
ژja français.
g gué mouillé.
ñ gné espagnol.

Je ne dis rien présentement des alfabets indiens ni de l’écriture chinoise: il faudrait que mon oreille eût entendu ces langues de la bouche des naturels, pour en apprécier et classer les sons: si je puis juger du sanscrit et de ses dérivés par quelques mémoires insérés dans les Asiatik Researches, leur système pourra exiger quelques expédiens nouveaux et particuliers: par exemple, les consonnes frappées d’une aspiration immédiate sont pour moi un cas nouveau que je ne conçois pas nettement: n’y a-t-il aucun sentiment de voyelle entre le b et l’h, dans bh, ou y a-t-il un a très-rapide, faisant bàh, comme je l’ai entendu à Paris, des trois jongleurs indiens? voilà ce que je ne puis éclaircir sans un plus ample informé.

A l’égard du chinois, les cinq tons ou accens qui donnent une valeur si différente aux mêmes prononciations, ne sont point un obstacle radical à notre transcription: on aurait le choix, ou d’écrire sur cinq lignes, comme on écrit la musique, ou d’employer nos chiffres 1, 2, 3, 4, 5, à noter le ton de la lettre qui en serait frappée.

Un sujet d’un intérêt plus immédiat pour les lettrés européens, est l’application de nos lettres à la lecture des langues mortes, telles que l’hébreu, le syriaque, l’éthiopien, qui jusqu’ici ont été sous le monopole d’un petit nombre d’érudits, pleins de partialité. Ce serait une chose utile et curieuse de soumettre le système grammatical de ces langues à l’examen de tout littérateur libre des préjugés de l’enfance et de l’éducation; cette opération n’est pas aussi épineuse qu’on peut le croire, car si l’on veut que la lecture se fasse selon la doctrine rabbinique, avec les points-voyelles des massorètes, rien de si aisé que d’exprimer ces points par nos lettres correspondantes; si au contraire l’on admet que l’écriture se fasse à l’ancienne manière orientale, sans points-voyelles, il suffira d’exprimer les lettres alfabétiques de l’hébreu et du syriaque par les nôtres, et déjà ce travail se trouve fait, puisque la correspondance de ces deux alfabets avec l’arabe est solidement établie par les orientaux eux-mêmes: il est vrai que cette hypothèse partagera avec ceux-ci l’inconvénient de présenter beaucoup de consonnes sans voyelles; mais ce ne sera pas la faute de notre méthode, et l’on n’aura pas droit d’exiger d’elle plus que les anciens Hébreux et les Phéniciens n’exigèrent de la leur: si l’on dit qu’il restera beaucoup d’arbitraire, le tout rejaillira sur ceux qui ont voulu le corriger ou le masquer par des expédients apocryphes, eux-mêmes arbitraires. Non, jamais devant aucun jury raisonnable l’on ne pourra légitimer la lecture factice des massorètes: si nous avions les procès-verbaux des assemblées de ces docteurs, nous verrions, que nés, éduqués chez les divers peuples de l’Europe et de l’Asie, chacun d’eux avait contracté des habitudes et des opinions dont la différence devint la cause même de leur congrès de conciliation; et dans cette lutte de tant d’amours-propres mondains et théologiques, nous verrions que l’on ne parvint à un concordat que par des capitulations étrangères au fond de la question, comme il arrive toujours dans toutes les assemblées délibérantes: on peut le dire sans témérité, la vraie lecture de l’ancien hébreu et du syriaque est absolument perdue, parce que, dès le temps d’Alexandre, le fil de la tradition authentique était déjà rompu; toutes les lectures actuelles des écoles européennes sont fausses et ridicules: s’il existe un type raisonnable, c’est à la langue arabe qu’il faut le demander, parce qu’elle est de la même famille, et qu’ayant persisté dans les déserts, à l’abri des invasions étrangères, elle a mieux conservé le caractère original qui fut ou qui dut être celui de ses sœurs depuis long-temps éteintes. Si donc il fallait introduire des voyelles dans l’hébreu et dans le syriaque, écrits textuellement, je ne verrais pas de meilleur moyen que de les placer selon les règles arabes: ce serait le sujet d’un travail trop étendu pour que j’en raisonne en ce moment: je me borne à présenter pour échantillon la lecture du Pater Noster, écrit d’une part selon l’orthographe vulgaire, dans le livre de Chamberlayne, page 1re; et d’autre part selon mon système.

PATER NOSTER HÉBREU.
Lecture de Chamberlayne, page 1[104].

[105]abhinu schebbaschschamájim[106].

jikkadhésch schemécha[107].

tabhó malchutécha.