En 1613, le Trésor de l'histoire des langues, par Duret;

En 1616, l'Harmonie étymologique des langues, par Étienne Guichart;

En 1667, les Prolégomènes de Walton, auteur de la célèbre Polyglotte;

En 1679, l'Atlantica de Olaüs Rudbek, en même temps que le jésuite Kirker publiait sa Tour de Babel;

En 1697, le Glossarium universale hebraicum, de Thomassin;

En 1703, le Pater noster en plus de cent langues, par l'anglais Muller;

En 1715, le même Pater, par Chamberlayne, encore plus étendu et plus correct.

À cette époque, l'on avait déja beaucoup fait pour l'érudition; beaucoup de matériaux étaient rassemblés pour le raisonnement: presque aucun pas n'était fait encore vers la connaissance de la vérité, parce qu'aucun pas n'avait été dirigé par un sens droit, libre de préjugé. Tous les écrivains que j'ai cités, et leurs semblables que j'ai omis, étaient partis de deux faits principaux, considérés comme indubitables; savoir, qu'un premier homme, appelé Adam, avait naturellement ou miraculeusement parlé la langue hébraïque; et en second lieu, qu'un événement, appelé la confusion de Babel, avait subitement introduit dans le monde une foule de langues, d'où procédaient toutes les diversités que nous voyons. Les efforts des savants n'avaient tendu qu'à mieux démontrer l'un et l'autre fait par des étymologies dont l'abus était d'autant plus grand, que très-souvent la vraie prononciation des mots était dénaturée.

En voyant cette unanimité de tant de docteurs, qui ne croirait que réellement leurs opinions avaient des bases positives? Ici se montre un nouvel exemple de l'aveuglement invincible que causent les préjugés de l'éducation, rivés par une autorité coërcitive. Vous venez de voir, Messieurs, qu'au sujet de la confusion et de la dispersion, le texte original ne disait point ce qu'on lui faisait dire sur l'apparition de langues nouvelles; eh bien! en scrutant le texte relatif au langage d'Adam, vous allez voir qu'il n'autorise pas mieux l'idée que ce langage ait été l'idiome hébraïque. Voici ce texte très-littéral; Genèse, chap. ii, vers. 6:

«Et Dieu forma l'homme de la poussière de la terre; il souffla sur sa face un souffle de vie, et l'homme devint une ame vivante.» Puis, même chap., vers. 26: «Et Dieu forma de la terre, toute bête des champs, tout volatile du ciel, et il les amena à l'homme, pour voir comme il les nommerait; et tout ce que l'homme nomma est le nom de cette ame vivante; et l'homme donna des noms à tout gros animal, et à tout volatile du ciel, et à toute bête des champs.»