«Depuis que les Assyriens avaient détruit le royaume de Samarie, des esprits judicieux, prévoyant la même destinée pour Jérusalem, n'avaient cessé de l'annoncer, de la prédire; et leurs prédictions avaient toutes eu ce caractère particulier, d'être terminées par des vœux de rétablissement et de régénération, énoncés sous la forme de prophéties: les hiérophantes, dans leur enthousiasme, avaient peint un roi libérateur qui devait rétablir la nation dans son ancienne gloire; le peuple hébreu devait redevenir un peuple puissant, conquérant, et Jérusalem la capitale d'un empire étendu surtout l'univers.
«Les événements ayant réalisé la première partie de ces prédictions, la ruine de Jérusalem, le peuple attacha à la seconde une croyance d'autant plus entière, qu'il tomba dans le malheur; et les Juifs affligés attendirent avec l'impatience du besoin et du désir, le roi victorieux et libérateur qui devait venir sauver la nation de Moïse et relever l'empire de David.
«D'autre part, les traditions sacrées et mythologiques des temps antérieurs avaient répandu dans toute l'Asie un dogme parfaitement analogue. On n'y parlait que d'un grand médiateur, d'un juge final, d'un sauveur futur, qui, roi, dieu conquérant et législateur, devait ramener l'âge d'or sur la terre, la délivrer de l'empire du mal, et rendre aux hommes le règne du bien, la paix et le bonheur. Ces idées occupaient d'autant plus les peuples, qu'ils y trouvaient des consolations de l'état funeste et des maux réels où les avaient plongés les dévastations successives des conquêtes et des conquérants, et le barbare despotisme de leurs gouvernements. Cette conformité entre les oracles des nations et ceux des prophètes, excita l'attention des Juifs; et sans doute les prophètes avaient eu l'art de calquer leurs tableaux sur le style et le génie des livres sacrés employés aux mystères païens: c'était donc en Judée une attente générale que celle du grand envoyé, du sauveur final, lorsqu'une circonstance singulière vint déterminer l'époque de sa venue.
«Il était écrit dans les livres sacrés des Perses et des Kaldéens, que le monde, composé d'une révolution totale de douze mille, était partagé en deux révolutions partielles, dont l'une, âge et règne du bien, se terminait au bout de six mille, et l'autre, âge et règne du mal, se terminait au bout de six autres mille.
«Par ces récits, les premiers auteurs avaient entendu la révolution annuelle du grand orbe céleste, appelé le monde (révolution composée de douze mois ou signes, divisés chacun en mille parties); et les deux périodes systématiques de l'hiver et de l'été, composée chacune également de six mille. Ces expressions, toutes équivoques, ayant été mal expliquées, et ayant reçu un sens absolu et moral au lieu de leur sens physique et astrologique, il arriva que le monde annuel fut pris pour un monde séculaire, les mille de temps pour des mille d'années; et supposant, d'après les faits, que l'on vivait dans l'âge du malheur, on en inféra qu'il devait finir au bout des six mille ans prétendus.
«Or, dans les calculs admis par les Juifs, on commençait à compter près de six mille ans depuis la création (fictive) du monde. Cette coïncidence produisit de la fermentation dans les esprits. On ne s'occupa plus que d'une fin prochaine; on interrogea les hiérophantes et leurs livres mystiques, qui en assignèrent divers termes; on attendit le réparateur; à force d'en parler, quelqu'un dit l'avoir vu, ou même un individu exalté crut l'être et se fit des partisans, lesquels, privés de leur chef par un incident vrai sans doute, mais passé obscurément, donnèrent lieu, par leurs récits, à une rumeur graduellement organisée en histoire: sur ce premier canevas établi, toutes les circonstances des traditions mythologiques vinrent bientôt se placer, et il en résulta un système authentique et complet, dont il ne fut plus permis de douter.
«Elles portaient, ces traditions mythologiques: Que dans l'origine, une femme et un homme avaient, par leur chute, introduit dans le monde le mal et le péché.» (Suivez la pl. III.)
«Et par-là elles indiquaient le fait astronomique de la vierge céleste et de l'homme bouvier (Bootes), qui, en se couchant héliaquement à l'équinoxe d'automne, livraient le ciel aux constellations de l'hiver, et semblaient, en tombant sous l'horizon, introduire dans le monde le génie du mal, Ahrimanes, figuré par la constellation du serpent.
«Elles portaient, ces traditions: «Que la femme avait entraîné, séduit l'homme.»
«Et en effet, la vierge se couchant la première, semble entraîner à sa suite le bouvier.