«Tel fut aussi Zoroastre, qui, deux siècles après Moïse, rajeunit et moralisa, chez les Mèdes et les Bactriens tout le système égyptien d'Osiris et de Typhon, sous le nom d'Ormuzd et d'Ahrimanes; qui, pour expliquer le système de la nature, supposa deux grands dieux ou pouvoirs, l'un occupé a créer, à produire, dans un empire de lumière et de douce chaleur (dont le type est l'été), et par cela, dieu de science, de bienfaisance, de vertu; l'autre occupé à détruire dans un empire de ténèbres et de froid (dont le type est le pôle d'hiver), et par cela dieu d'ignorance, de malfaisance et de pèché; qui, par des expression figurées, ensuite méconnues, appela création du monde le renouvellement de la scène physique à chaque printemps; appela résurrection le renouvellement des périodes des astres dans leurs conjonctions; vie future, enfer, paradis, ce qui n'était que le Tartare et l'Élysée des astrologues et des géographes; en un mot, qui ne fit que consacrer les rêveries déja existantes du système mystique.

§ XI. Brahmisme, ou système indien.

«Tel encore fut le législateur indien, qui, sous le nom de Mênou, antérieur à Zoroastre et à Moïse, consacra, sur les bords du Gange, la doctrine des trois principes ou dieux que connut la Grèce, l'un desquels, nommé Brahuma ou Ioupiter, fut l'auteur de toute production ou création (le soleil du printemps); le second, nommé Chiven ou Pluton, fut le dieu de toute destruction (le soleil d'hiver); et le troisième, nommé Vichenou ou Neptune, fut le dieu conservateur de l'état stationnaire (le soleil solstitial, stator), tous trois distincts, et cependant tous trois ne formant qu'un seul dieu ou pouvoir, lequel, chanté dans les vedas comme dans les hymnes orphiques, n'est autre chose que le Youpiter aux trois yeux[31], ou soleil aux trois formes d'action, dans les trois ritous ou saisons: là vous avez la source de tout le système trinitaire subtilisé par Pythagore et Platon, totalement défiguré par leurs interprètes.

§ XII. Boudhisme, ou systèmes mystiques.

«Tels enfin ont été les réformateurs moralistes révérés depuis Mênou, sous les noms de Boudah, Gaspa, Chekia, Goutama, etc., qui des principes de la métempsycose, diversement modifiés, ont déduit des doctrines mystiques d'abord utiles en ce qu'elles inspiraient à leurs sectateurs l'horreur du meurtre, la compassion pour tout être sensible, la crainte des peines et l'espoir des récompenses destinées à la vertu et au vice, dans une autre vie, sous une forme nouvelle; mais ensuite devenues pernicieuses par l'abus d'une métaphysique visionnaire, qui, prenant à tâche de contrarier l'ordre naturel, voulut que le monde palpable et matériel fût une illusion fantastique; que l'existence de l'homme fût un rêve dont la mort était le vrai réveil, que son corps fût une prison impure dont il devait se hâter de sortir, ou une enveloppe grossière que, pour rendre perméable à la lumière interne, il devait atténuer, diaphaniser, par le jeûne, les macérations, les contemplations, et par une foule de pratiques anachorétiques si étranges, que le vulgaire étonné ne put s'expliquer le caractère de leurs auteurs qu'en les considérant comme des êtres surnaturels, avec cette difficulté de savoir s'ils furent dieu devenu homme, ou l'homme devenu dieu.

«Voilà les matériaux qui, depuis des siècles nombreux, existaient épars dans l'Asie, quand un concours fortuit d'événements et de circonstances vint, sur les bords de l'Euphrate et de la Méditerranée, en former de nouvelles combinaisons.

§ XIII. Christianisme, ou culte allégorique du soleil, sous ses noms cabalistiques de Chris-en ou Christ, et d'Yêsus ou Jésus.

«En constituant un peuple séparé, Moïse avait vainement prétendu le défendre de l'invasion de toute idée étrangère: un penchant invincible, fondé sur les affinités d'une même origine, avait sans cesse ramené les Hébreux vers le culte des nations voisines; et les relations indispensables du commerce et de la politique qu'il entretenait avec elles en avaient de jour en jour fortifié l'ascendant. Tant que le régime national se maintint, la force coërcitive du gouvernement et des lois, en s'opposant aux innovations, retarda leur marche; et cependant les hauts lieux étaient pleins d'idoles, et le dieu soleil avait son char et ses chevaux peints dans les palais des rois et jusque dans le temple d'Yâhouh; mais lorsque les conquêtes des sultans de Ninive et de Babylone eurent dissous le lien de la puissance publique, le peuple, livré à lui-même, et sollicité par ses conquérants, ne contraignit plus son penchant pour les opinions profanes, et elles s'établirent publiquement en Judée. D'abord les colonies assyriennes, transportées à la place des tribus, remplirent le royaume de Samarie des dogmes des mages, qui bientôt pénétrèrent dans le royaume de Juda; ensuite Jérusalem ayant été subjuguée, les Égyptiens, les Syriens, les Arabe, accourus dans ce pays ouvert, y apportèrent de toutes parts les leurs, et la religion de Moïse fut déja doublement altérée. D'autre part les prêtres et les grands, transportés à Babylone et élevés dans les sciences des Kaldéens, s'imburent, pendant un séjour de cinquante ans, de toute leur théologie; et de ce moment se naturalisèrent chez les Juifs les dogmes du génie ennemi (Satan), de l'archange Michel, de l'ancien des jours (Ormuzd), des anges rebelles, du combat des cieux, de l'ame immortelle et de la résurrection; toutes choses inconnues à Moïse, ou condamnées par le silence même qu'il en avait gardé.

«De retour dans leur patrie, les émigrés y rapportèrent ces idées; et d'abord leur innovation y suscita les disputes de leurs partisans les Pharisiens, et de leurs opposants les Sadducéens, représentants de l'ancien culte national. Mais les premiers, secondés du penchant du peuple et de ses habitudes déja contractées, appuyés de l'autorité des Perses, leurs libérateurs et leurs maîtres, terminèrent par prendre l'ascendant sur les seconds, et les enfants de Moïse consacrèrent la théologie de Zoroastre.

«Une analogie fortuite entre deux idées principales favorisa surtout cette coalition, et devint la base d'un dernier système, non moins étonnant dans sa fortune que dans les causes de sa formation.