«Puis ces êtres terrestres eux-mêmes par la confusion des symboles avec leurs modèles;
«Puis la double puissance de la nature dans ses deux opérations principales de production et de destruction;
«Puis le monde animé sans distinction d'agent et de patient, d'effet et de cause;
«Puis le principe solaire ou l'élément du feu reconnu pour moteur unique;
«C'est ainsi que la divinité est devenue, en dernier résultat, un être chimérique et abstrait; une subtilité scolastique de substance sans forme, de corps sans figure; un vrai délire de l'esprit, auquel la raison n'a plus rien compris. Mais vainement dans ce dernier passage veut-elle se dérober aux sens: le cachet de son origine lui demeure ineffaçablement empreint; et ses attributs, tous calqués, ou sur les attributs physiques de l'univers, tels que l'immensité, l'éternité, l'indivisibilité, l'incompréhensibilité; ou sur les affections morales de l'homme, telles que la bonté, la justice, la majesté, etc; ses noms mêmes, tous dérivés des êtres physiques qui lui ont servi de types, et spécialement du soleil, des planètes et du monde, retracent incessamment, en dépit de ses corrupteurs, les traits indélébiles de sa véritable nature.
«Telle est la chaîne des idées que l'esprit humain avait déja parcourue à une époque antérieure aux récits positifs de l'histoire; et puisque leur continuité prouve qu'elles ont été le produit d'une même série d'études et de travaux, tout engage à en placer le théâtre dans le berceau de leurs éléments primitifs, dans l'Égypte: et leur marche y put être rapide, parce que la curiosité oiseuse des prêtres physiciens n'avait pour aliment, dans la retraite des temples, que l'énigme toujours présente de l'univers; et que, dans la division politique qui long-temps partagea cette contrée, chaque État eut son collége de prêtres, lesquels tour à tour auxiliaires ou rivaux, hâtèrent, par leurs disputes, les progrès des sciences et des découvertes.
«Et déja il était arrivé sur les bords du Nil ce qui depuis s'est répété par toute la terre. À mesure que chaque système s'était formé, il avait suscité dans sa nouveauté des querelles et des schismes: puis, accrédité par la persécution même, tantôt il avait détruit les idoles antérieures, tantôt il se les était incorporées en les modifiant; et les révolutions politiques étant survenues, l'agrégation des États et le mélange des peuples confondirent toutes les opinions; et le fil des idées s'étant perdu, la théologie tomba dans le chaos, et ne fut plus qu'un logogriphe de vieilles traditions, qui ne furent plus comprises. La religion, égarée d'objet, ne fut plus qu'un moyen politique de conduire un vulgaire crédule, dont s'emparèrent tantôt des hommes crédules eux-mêmes et dupes de leurs propres visions, et tantôt des hommes hardis et d'une ame énergique, qui se proposèrent de grands objets d'ambition.
§ IX. Religion de Moïse, ou culte de l'ame du monde (You-piter).
«Tel fut le législateur des Hébreux, qui, voulant séparer sa nation de toute autre, et se former un empire isolé et distinct, conçut le dessein d'en asseoir les bases sur les préjugés religieux, et d'élever autour de lui un rempart sacré d'opinions et de rites. Mais vainement proscrit-il le culte des symboles régnant dans la Basse-Égypte et la Phénicie; son dieu n'en fut pas moins un dieu égyptien de l'invention de ces prêtres dont Moïse avait été le disciple; et Yahouh, décelé par son propre nom, l'essence (des êtres), et par son symbole, le buisson de feu, n'est que l'ame du monde, le principe moteur, que, peu après, la Grèce adopta sous la même dénomination dans son You-piter, être générateur, et sous celle d'Êi, l'existence; que les Thébains consacraient sous le nom de Kneph; que Saïs adorait sous l'emblème d'Isis voilée, avec cette inscription: Je suis tout ce qui a été, tout ce qui est, tout ce qui sera, et nul mortel n'a levé mon voile; que Pythagore honorait sous le nom de Vesta, et que la philosophie stoïcienne définissait avec précision en l'appelant le principe du feu. Moïse voulut en vain effacer de sa religion tout ce qui rappelait le culte des astres: une foule de traits restèrent malgré lui pour le retracer; et les sept lumières ou planètes du grand chandelier, les douze pierres ou signes de l'urim du grand-prêtre, la fête des deux équinoxes, ouvertures et portes de deux hémisphères, la cérémonie de l'agneau ou belier céleste; enfin, le nom d'Osiris même conservé dans son cantique, et l'arche ou coffre imité du tombeau où ce dieu fut enfermé, demeurent pour servir de témoins à la filiation de ses idées et à leur extraction de la source commune.
§ X. Religion de Zoroastre.