«Et d'abord l'action du soleil sur les corps terrestres leur ayant fait regarder sa substance comme un feu pur et élémentaire, ils en firent le foyer et le réservoir d'un océan de fluide igné, lumineux, qui, sous le nom d'éther, remplit l'univers, et alimenta les êtres. Ensuite, les analyses d'une physique savante leur ayant fait découvrir ce même feu, ou un autre parfaitement semblable, dans la composition de tous les corps, et s'étant aperçus qu'il était l'agent essentiel de ce mouvement spontané que l'on appelle vie dans les animaux et végétation dans les plantes, ils conçurent le jeu et le mécanisme de l'univers comme celui d'un tout homogène, d'un corps identique, dont les parties, quoique distantes, avaient cependant une liaison intime; et le monde fut un être vivant, animé par la circulation organique d'un fluide igné ou même électrique, qui, par un premier terme de comparaison pris dans l'homme et les animaux, eut le soleil pour cœur ou foyer.

«Alors, parmi les philosophes théologues, les uns partant de ces principes, résultats de l'observation, «que rien ne s'anéantit dans le monde; que les éléments sont indestructibles; qu'ils changent de combinaisons, mais non de nature; que la vie et la mort des êtres né sont que des modifications variées des mêmes atomes; que la matière possède par elle-même des propriétés d'où résultent toutes ses manières d'être; que le monde est éternel, sans bornes d'espace et de durée;» les uns dirent que l'univers entier était Dieu; et selon eux, Dieu fut un être à la fois effet et cause, agent et patient, principe moteur et chose mue, ayant pour lois les propriétés invariables qui constituent la fatalité; et ceux-là peignirent leur pensée tantôt par l'emblème de Pan (le grand tout), ou de Jupiter au front d'étoiles, au corps planétaire, aux pieds d'animaux, ou de l'œuf orphique, dont le jaune, suspendu au milieu d'un liquide enceint d'une voûte, figura le globe du soleil nageant dans l'éther au milieu de la voûte des cieux: tantôt par celui d'un grand serpent rond, figurant les cieux où ils plaçaient le premier mobile, par cette raison de couleur d'azur, parsemé de taches d'or (les étoiles), dévorant sa queue, c'est-à-dire rentrant en lui-même et se repliant éternellement comme les révolutions des sphères: tantôt par celui d'un homme ayant les pieds liés et joints, pour signifier l'existence immuable; enveloppé d'un manteau de toutes les couleurs, comme le spectacle de la nature, et portant sur la tête une sphère d'or, emblème de la sphère des étoiles: ou par celui d'un autre homme quelquefois assis sur la fleur du lotos portée sur l'abîme des eaux; quelquefois couché sur une pile de douze carreaux, figurant les douze signes célestes. Et voilà Indiens, Japonais, Siamois, Tibetains, Chinois! la théologie qui, fondée par les Égyptiens, s'est transmise et gardée, chez vous dans les tableaux que vous tracez de Brahma, de Beddou, de Sommonacodom, d'Omito: Voilà même, hébreux et chrétiens! l'opinion dont vous avez conservé une parcelle dans votre dieu, souffle porté sur les eaux, par une illusion au vent, qui, à l'origine du monde, c'est-à-dire au départ des sphères du signe du cancer, annonçait l'inondation, du Nil, et semblait préparer la création.

§ VII. Septième système. Culte de l'amedu monde, c'est-à-dire de l'élément du feu, principe vital de l'univers.

«Mais d'autres, répugnant à cette idée d'un être à la fois effet et cause, agent et patient, et rassemblant en une même nature des natures contraires, distinguèrent le principe moteur de la chose mue; et posant que la matière était inerte en elle-même, ils prétendirent que ses propriétés lui étaient communiquées par un agent distinct, dont elle n'était que l'enveloppe et le fourreau. Cet agent pour les uns fut le principe igné, reconnu l'auteur de tout mouvement; pour les autres ce fut le fluide appelé éther, cru plus actif et plus subtil; or, comme ils appelaient dans les animaux le principe vital et moteur, une ame, un esprit, et comme il raisonnaient sans cesse par comparaison, surtout par celle de l'être humain, ils donnèrent au principe moteur de tout l'univers le nom d'ame, d'intelligence, d'esprit; et Dieu fut l'esprit vital qui, répandu dans tous les êtres, anima le vaste corps du monde. Et ceux-là peignirent leur pensée tantôt par You-piter, essence du mouvement et de l'animation, principe de l'existence, ou plutôt l'existence elle-même; tantôt par Vulcain on Phtha, feu-principe et élémentaire, ou par l'autel de Vesta, placé centralement dans son temple, comme le soleil dans les sphères; et tantôt par Kneph, être humain vêtu de bleu foncé, ayant en main un sceptre et une ceinture (le zodiaque), coiffé d'un bonnet de plumes, pour exprimer la fugacité de sa pensée, et produisant de sa bouche le grand œuf.

«Or, par une conséquence de ce système, chaque être contenant en soi une portion du fluide igné ou éthérien, moteur universel et commun; et ce fluide ame du monde étant la divinité, il s'ensuivit que les ames de tous les êtres furent une portion de Dieu même, participant à tous ses attributs, c'est-à-dire étant une substance indivisible, simple, immortelle; et de là tout le système de l'immortalité de l'ame, qui d'abord fut éternité. De là aussi ses transmigrations connues sous le nom de métempsycose, c'est-à-dire de passage du principe vital d'un corps à un autre; idée née de la transmigration véritable des éléments matériels. Et voilà, Indiens, boudhistes, chrétiens, musulmans! d'où dérivent toutes vos opinions sur la spiritualité de l'ame: voilà quelle fut la source des rêveries de Pythagore et de Platon, vos instituteurs, qui eux-mêmes ne furent que les échos d'une dernière secte de philosophes visionnaires qu'il faut développer.

§ VIII. Huitième système. Monde-Machine: culte du Démi-Ourgos ou Grand-Ouvrier.

«Jusque-là les théologiens, en s'exerçant sur les substances déliées et subtiles de l'éther et du feu-principe, n'avaient cependant pas cessé de traiter d'êtres palpables et perceptibles aux sens, et la théologie avait continué d'être la théorie des puissances physiques, placées tantôt spécialement dans les astres, tantôt disséminées dans tout l'univers; mais à cette époque, des esprits superficiels, perdant le fil des idées qui avaient dirigé ces études profondes, ou ignorant les faits qui leur servaient de base, en dénaturèrent tous les résultats par l'introduction d'une chimère étrange et nouvelle. Ils prétendirent que cet univers, ces cieux, ces astres, ce soleil, n'étaient qu'une machine d'un genre ordinaire; et à cette première hypothèse appliquant une comparaison tirée des ouvrages de l'art, ils élevèrent l'édifice des sophismes les plus bizarres. «Une machine, dirent-ils, ne se fabrique point elle-même: elle a un ouvrier antérieur, elle l'indique par son existence. Le monde est une machine: donc il existe un fabricateur.»

«De là, le démi-ourgos ou grand-ouvrier, constitué divinité autocratrice et suprême. Vainement l'ancienne philosophie objecta que l'ouvrier même avait besoin de parents et d'auteurs, et que l'on ne faisait qu'ajouter un échelon en ôtant l'éternité au monde pour la lui donner. Les innovateurs, non contents de ce premier paradoxe, passèrent à un second; et, appliquant à leur ouvrier la théorie de l'entendement humain, ils prétendirent que le démi-ourgos avait fabriqué sa machine sur un plan ou idée résidant en son entendement. Or, comme leurs maîtres, les physiciens, avaient placé dans la sphère des fixes le grand mobile régulateur, sous le nom d'intelligence, de raisonnement, les spiritualistes, leurs mimes, s'emparant de cet être, l'attribuèrent au démi-ourgos, en en faisant une substance distincte, existante par elle-même, qu'ils appelèrent mens ou logos (parole et raisonnement). Et comme d'ailleurs ils admettaient l'existence de l'ame du monde, ou principe solaire, ils se trouvèrent obligés de composer trois grades ou échelons de personnes divines, qui furent 1º le démi-ourgos ou dieu-ouvrier; 2º le logos, parole et raisonnement; et 3º l'esprit ou l'ame (du monde). Et voilà, chrétiens! le roman sur lequel vous avez fondé votre Trinité; voilà le systême qui, né hérétique dans les temples égyptiens, transporté païen dans les écoles de l'Italie et de la Grèce, se trouve aujourd'hui catholique orthodoxe par la conversion de ses partisans, les disciples de Pythagore et de Platon devenus chrétiens.

«Et c'est ainsi que la divinité, après avoir été dans son origine l'action sensible, multiple, des météores et des éléments;

«Puis la puissance combinée des astres considérés sous leurs rapports avec les êtres terrestres;