Loud, nom collectif des Lydiens, ayant en syriaque le sens de sinuosités, qui convient très-bien au fleuve Méandre. Selon les Grecs, avant la guerre de Troie, les Lydiens s'appelaient Ma-Iones, nom composé d'Ionie. Le nom de Lydiens leur vint-il des Assyriens, dont Ninus les rendit sujets?

4º Le quatrième peuple dépendant de Sem est Aram, qui en syriaque signifie nord (relatif aux Phéniciens); c'est la Syrie des Grecs, ainsi nommée par abréviation d'Assyrie.

Les Hébreux divisent l'Aram ou Syrie en plusieurs districts, 1º l'Aram-Nahrim, l'Aram des deux fleuves (Tigre et Euphrate), traduit en grec Meso-potamos (entre les fleuves.)

2º L'Aram propre, ou pays de Damas et confins.

3º L'Aram Sobah sur lequel on n'est pas d'accord. Josèphe le prend pour la Sophène en Arménie: Bochart[170] lui donne pour limites à l'est le cours de l'Euphrate; à l'ouest, la Syrie de Hamah, d'Alep et de Damas; en sorte que, selon lui, Sobah aurait été ce qui depuis fut le royaume de Palmyre. Michaëlis[171] veut que Sobah soit Nisibe, à trente-cinq lieues sud-ouest de Ninive; mais les auteurs tardifs dont il s'appuie sont si peu instruits sur cette matière, que traduisant le livre de Samuël, à l'article des guerres de David contre les rois de Sobah, ils n'ont pas même su lire correctement le texte hébreu; car tandis que ce texte dit[172] «que l'Araméen (Syrien) de Damas vint pour secourir Hadad-azer, roi de Sobah; que David battit cet Araméen, lui tua 22,000 hommes, et mit garnison à Damas:» les deux traducteurs arabe et syriaque, au lieu de l'Araméen[173] ont lu l'Iduméen, sans apercevoir l'inconvenance de lier Damas à l'Idumée, située sur la mer Rouge; et, de plus, l'Arabe a pris sur lui d'appeler roi de Nasbin (Nisibe) le roi de Sobah. Michaëlis, en adoptant cette erreur, et voulant la confirmer par saint Ephrem, etc.[174], n'a pas pris garde que le texte, qui parle ailleurs des rois de Sobah au nombre pluriel[175], indique que Sobah était un pays et non une seule ville. Ce même texte dit encore, «que David battit le roi de Sobah en allant pour étendre sa main, c'est-à-dire son pouvoir sur l'Euphrate;» Michaëlis veut que ce soit le roi de Nisibe qui alla vers l'Euphrate; mais relativement à l'écrivain juif placé à Jérusalem, le mot aller ne peut convenir qu'à David. Si le roi de Sobah fût venu de Nisibe, il eût amené avec lui les Syriens d'au delà l'Euphrate: il les fit venir à lui, selon le propre texte; donc il résidait en deça de l'Euphrate: seulement, il avait sur l'autre rive des sujets ou alliés qu'il fit venir, mais non pas venir de Nisibe, séparée du fleuve par un désert très-aride de quarante lieues d'étendue.

Il est encore dit que le roi de Hamah avait eu des guerres fréquentes avec le roi de Sobah; et les chroniques donnent à Hamah l'épithète de Sobah (Hamat-Soba): ces deux pays étaient donc limitrophes. Or, si Hamah, séparée de Nisibe par un désert de 90 lieues, était bornée au sud par Damas, et à l'ouest par les Phéniciens, le Sa-bah devait être situé ou au nord vers Alep, ou à l'est vers l'Euphrate; et c'est précisément ce qu'atteste Eupolême[176] lorsqu'il dit que David subjugua les Syriens qui habitaient la Commagène et le pays adjacent à l'Euphrate (où furent situées les villes de Hiérapolis et de Ratsaf, comme l'observe Bochart, qui peut-être a raison d'y joindre Taïbeh et Tadmor.)

«David, dit le texte, revenant de battre les Araméens (les Syriens), s'illustra (par une nouvelle victoire) dans la vallée des Salines.»

Il y a deux vallées de ce genre: l'une dans laquelle est situé le lac de Gabala à 25 lieues nord-nord-est de Hamah; l'autre où se forme la lagune salée de Zarqah, 15 lieues nord-est de Hamah: ces deux positions sont également sur la route de David, revenant soit du nord, soit de l'est. Si, comme l'a cru Fl. Josèphe, Sobah eût été la Sophène, province d'Arménie, les Juifs nous eussent parlé du passage de l'Euphrate, qui eût été une opération inouïe pour eux.—«David enleva une immense quantité d'airain des villes de Betah et de Birti, appartenantes au roi de Sobah.» Betah n'est connue de personne, et vouloir, avec Michaëlis, que Birta soit la ville phénicienne de Beryte, est une inconvenance inadmissible. Elle serait plutôt Birta (aujourd'hui Bir), à l'est de l'Euphrate, sur la route d'Alep en Assyrie; mais il faudrait que David eût passé le fleuve, à moins qu'à cette époque il n'y eût sur la rive ouest de l'Euphrate une ville de Birta, ruinée ensuite et remplacée par celle du même nom qu'Alexandre bâtit sur la rive orientale. Tout confirme l'opinion de Bochart, et concourt à étendre le royaume de Sobah le long de l'Euphrate jusqu'aux montagnes de la Cilicie.

Remarquons en passant, que cette existence des États araméens de Sobah, Hamah et Damas, qui se continue depuis et avant Saül, jusqu'au temps d'Achaz, confirme l'assertion d'Hérodote qui restreint l'empire des Assyriens ninivites à la haute Asie, pendant 500 ans, et qui par là les exclut de l'Asie basse, c'est-à-dire de l'Asie mineure et de la Syrie. Les chroniques juives s'accordent avec lui, en nous montrant l'ouest de l'Euphrate indépendant de leur puissance, et en n'y laissant apercevoir son extension qu'au règne de Phul, vers l'an 770. Alors commence, de la part des sultans de Ninive, un système d'agrandissement de ce côté, qu'ils poursuivent jusqu'au temps de Sardanapale. Le discours de Sennachérib au roi Ézéqiah, indique très-bien cet état de choses. «Les dieux des nations, dit ce prince, ont-ils délivré les pays ravagés par mes pères, les pays de Gouzan, de Haran, de Ratsaf; et les enfants d'Aden qui sont en Talashar? où est le roi de Hamah et d'Arfad? où sont les rois des Sapires, de Ana, de Aoua? etc.[177].

Nous avons le pays de Gouzan, Gauzanitis, de Ptolomée, près de la rivière de Khaboras en Sennaar; celui de Haran ou Charræ, près d'Edessa en Mésopotamie. Ratsaf ou Resapha est situé au sud de l'Euphrate et au nord de Palmyre. Aden est Adana, ville puissante, près de Tarsus ou Tarsis en Cilicie; et puisque Aden est en Talashar, il faut que Talashar soit la Cilicie, qui, par les Arabes, serait prononcé Tchilitchia. Hamah est bien connu sur l'Oronte. Arfad, toujours nommé avec Damas et Hamah[178], ne saurait en être écarté plus loin qu'Aradus, appelé aussi Arvad. Les Sapires sont au nord de l'Arménie. Ana est une île de l'Euphrate; Aoua, un canton de la basse Babylonie.