Akad ou Akar est l'ancien nom de Nisibe, selon le témoignage de l'ancien traducteur de la Genèse[167]. Kalaneh, qu'Étienne de Byzance écrit Telané, est une ancienne ville du pays de Sennaar, que cet auteur dit avoir été le berceau de Ninus.
Ainsi la race noire-kushite s'étendit jusqu'au revers méridional du Taurus, conformément au témoignage de Strabon, qui dit que les peuples Syriens sont divisés en deux grandes branches; les Syriens blancs, au nord du mont Taurus; et les Syriens noirs, au sud du Taurus; tous ayant un même fonds de mœurs, de coutumes et de langage: en effet, les dialectes des Abissins, des Arabes, des Phéniciens, des Hébreux, des Assyriens, des Araméens ou Syriens, sont tous construits sur les mêmes bases de grammaire, de syntaxe et d'écriture.
A l'egard de Nemrod, Cedrenus et la Chronique paschale nous avertissent que ce héros ou géant n'est autre chose que la constellation d'Orion, devenue une divinité importante pour les Babyloniens, à raison de ses influences supposées à l'époque de l'année où elle culmine pendant le jour avec la constellation du Chien, époque qui a pris le nom de canicule. Le voisinage de ce chien a procuré le titre de chasseur à Orion, qui d'ailleurs, comme grande divinité, eut aussi le nom de Bel[168]. Sous ce nom les légendes grecques lui donnent la même parenté que la Genèse. «Bélus, disent-elles, fut fils de Libye et de Neptune.» N'est-ce pas précisément la phrase hébraïque? «Nemrod fut engendré par l'Éthiopie;» ce nom de Nemrod qui n'a aucun sens dans l'hébreu, qui n'a pas même les formes de cette langue, s'explique assez bien dans la langue pehlevi: «Nim en pehlevi, dit le traducteur du Zend-Avesta, signifie côté, portion, moitié; rouz signifie midi[169]; en sorte que Nimrouz bien identique à Nemrod, est l'astre de l'Éthiopie, le fils de la saison brûlante.
Jusqu'ici l'on voit que, sous des formes généalogiques, nous avons une véritable géographie dont toutes les parties observent un ordre régulier et systématique. Ce même caractère continue de se montrer dans la troisième division, celle de Sem.
CHAPITRE XIX.
Division de Sem.
LES peuples dépendants de Sem, contenus dans son territoire, sont: 1º Aïlam, nom collectif des Elyméens, bien connus pour habiter les montagnes de la Perse à l'orient de la Chaldée; 2º Ashour ou Assur, nom collectif dés Assyriens, qui d'abord ne furent que les habitants de l'Atourie, où Ninus bâtit Ninive, mais dont le nom, après ce conquérant, s'étendit aux Babyloniens et même aux Syriens.
Ici se présente une remarque sur la traduction vulgaire de ce verset célèbre de la Genèse (ch. 10): «De la terre de Sennar est sorti Assur, qui a bâti Ninive.»
Il semblerait qu'Assur fût un nom d'homme: alors il désignerait Ninus, et c'est l'opinion de beaucoup de savants; mais dans ce cas il sera, et il est en effet, une nouvelle preuve de la posthumité de la Genèse, puisque Ninus, selon Hérodote, ne régna pas avant l'an 1237, environ 200 ans après Moïse. La vérité est qu'ici, comme partout, Assur est un nom collectif qu'il faut traduire selon le génie de notre langue, l'Assyrien ou les Assyriens. Parcourez tous les livres hébreux, spécialement Isaïe, Jérémie, les Rois, surtout au livre IV; jamais vous ne trouverez le pays ou le peuple assyrien désigné autrement que par Assur.
«Assur viendra comme un torrent; Assur s'élèvera comme un incendie; le Seigneur suscitera Assur contre Moab, contre Ammon, contre Juda, contre Israël:» or, personne ne pensera qu'Assur, Moab, Ammon, Israël, soient des individus: bien plus, on trouve cent fois répétée cette autre expression encore plus incompatible: «Le roi d'Assur, la terre d'Assur, les forts d'Assur; Phal, roi d'Assur, vint contre Manahem; Achaz appela Teglat-Phal-Asar, roi d'Assur, etc.»
Il est donc évident qu'Assur est toujours un nom collectif, employé selon le génie des langues orientales, dont les Arabes et les Syriens de nos jours sont un exemple subsistant.