Sabtaka est rejeté par Josèphe dans l'Éthiopie abissine, par Bochart dans la Caramanie persique, sous prétexte de rassembler à Samydake: ces deux hypothèses nous paraissent vagues et sans preuves: Sabtaka n'a pas de trace connue.
Haouilah, mal prononcé Hevila, et bien représenté par les Chavelæi de Pline, et Chavilatæi de Strabon, que ces auteurs s'accordent à placer entre les Nabatéens et les Agréens, ou Agaréens. Le pays de ces derniers doit être le Hijar ou Hagiar moderne[161], par le 27e de latitude, dans le Hedjaz, à environ 40 lieues est de la mer Rouge... Par conséquent Haouilah, qui a le sens de pays aride, dut être dans le sol réellement aride, dans le désert au nord de Hijar, au pied de la chaîne des rocs où vivaient les Tamudeni. Ce local remplit bien l'indication du livre de Samuël qui nomme Haouilah comme borne extrême de l'expédition de Saül contre les Amalékites[162]; et cette situation d'une tribu kushite convient d'autant mieux en cet endroit, que, d'une part, elle se trouve appuyée au mont Shefar, appartenant aux tribus ieqtanides, et désigné par Ptolomée pour être la borne de l'Arabie heureuse, tandis que d'autre part elle est contiguë au pays de Tamoud, l'une des 4 anciennes tribus arabes qui paraissent avoir été réellement kushites, et au pays des Madianites qui certainement l'étaient, ainsi que le prouve l'anecdote de Séphora, femme de Moïse, à laquelle sa belle-sœur Marie reprochait d'être une noire (une kushite); ce genre de population subsistait encore au temps de Zarah, roi de Kush, qui vint avec une armée immense, attaquer Asa, roi de Juda, vers l'an 940 avant notre ère[163], et qui avait pour résidence, du moins temporaire, la ville de Gerara, dans le pays d'Amalek; Taraqah qui, au temps d'Ezékiaq, et de Sennachérib, fut aussi un roi de Kush, sortit également, avec une autre nuée de soldats, de cette même contrée. Il paraît donc certain que la côte arabique de la mer Rouge, depuis l'Arabie pétrée jusqu'à Sabtah, c'est-à-dire, les deux pays appelés Hedjaz et Téhamah, appartenaient aux Éthiopiens, et formaient un même état ou une même population avec l'Abissinie, placée sur l'autre rive de cette même mer. Cela se conçoit d'autant mieux, qu'au moyen des îles, la communication des deux rivages est extrêmement facile, et que la ligne de séparation d'avec les tribus ieqtanides, se trouve être une chaine de rocs et de montagnes qui borne le grand désert de la péninsule vers ouest, depuis le mont Shefar jusqu'à l'Iémen[164].
Une autre dépendance de Kush est encore Ramah, que les Grecs écrivent Regma. Strabon dit que ce mot en syrien signifie détroit; et Ptolomée, avec Étienne de Byzance, place une ville de Regma sur la côte arabe du golfe Persique, non loin du fleuve Lar ou Falg moderne. Par cette situation, séparée et distante de Kush, tel que nous venons de le décrire, Rama s'indique pour être une colonie d'Éthiopiens ou Kushites; Busching place en ce parage une ville de Reamah, peuplée de noirs très-commerçants. A son tour, Reamah semble avoir produit près de lui deux autres colonies qui sont Sheba et Daden.
Daden est la petite île Dadena, sur la côte arabe qui mène au golfe Persique. L'ouvrage intitulé Oriens Christianus[165], nous apprend que cette île, appelée en syrien Dirin, dépendit de l'évêché de Catara ou Gatara.
Sheba montre sa trace dans les pays montueux des Asabi, que Ptolomée place à la pointe arabe du détroit; ces trois positions, qui se touchent, remplissent très-bien l'indication d'Ezéqiel, dans son chapitre XXVII, où il dit: «O ville de Tyr, les marchands de Sheba et de Ramah sont tes courtiers; ils te fournissent l'or, les parfums et les perles: Daden t'envoie les dents d'éléphant et les bois d'ébène.»
Le voyageur Niebuhr observe que depuis Ras-el-had, jusqu'à Ras-masendom, il n'y a de sables qu'entre Sîb et Sehar; «que tout le pays dépendant de Maskat est montueux jusqu'à la mer, et que deux bonnes rivières y coulent toute l'année; l'on y cueille en abondance du froment, de l'orge, du dourah, des lentilles, des dattes, des légumes, des raisins; le poisson est si abondant, que l'on en nourrit le bétail. Sehar, ruinée, est une des plus anciennes villes de l'Orient, de même que Sour (Tyr), située non loin de Maska.» Voyez Niebuhr, Descript. de l'Arabie, pag. 255.
Avec de tels avantages de sol, favorisés d'un beau climat, sur une superficie égale à toute la Syrie, l'on conçoit qu'il put jadis exister en cette contrée des peuples industrieux et riches, surtout lorsque le commerce de l'Inde y avait sa route principale vers l'occident; et puisque les habitants d'alors portaient le nom de Sabéens (Sheba), il ne faut plus s'étonner qu'ils aient enrichi par leur or et par leur commerce les Phéniciens de Tyr, ainsi que le disent expressément les Grecs qui ont pu les confondre avec les autres Sabéens de l'Iémen et du Téhama. (Voyez Bochart, Phaleg. lib. IV, chap. VI, VII et VIII.)
La Genèse continue: «Or l'Éthiopie engendra ou produisit Nemrod qui commença d'être fort (ou géant) sur la terre: il fut un grand chasseur devant le Seigneur, et les chefs-lieux de sa domination furent Babylon, Arak, Nisibe et Kalané dans le pays de Sennaar.»
De quelque manière que Nemrod vienne d'Éthiopie, ou qu'il en dépende, nous avons ici une indication que les pays de sa domination appartiennent à la division de Kush, et que par conséquent leurs habitants furent des hommes noirs à cheveux longs. Ceci s'accorde très-bien avec le témoignage d'Homère, d'Hérodote, de Strabon, de Diodore, et en général des anciens auteurs qui nous dépeignent tels les peuples de la Babylonie et de la Susiane. Ce furent là les Éthiopiens de Memnon, fils de l'Aurore et de Titon, auxquels les Asiatiques durent donner le nom de Kushéens, prononcé, en dialecte chaldaïque, Kuhéens. Ce même nom se représente dans le Kissia de Ptolomée, pays voisin de Suse. Les auteurs arabes désignent également les peuples de ces contrées par le terme de Soudan, c'est-à-dire, les noirs: ainsi les colonies éthiopiennes ou kushites s'étaient répandues dans tout l'Iraq-Arabi, jusque dans la Perse, et ceci nous rappelle l'ancien monument arabe cité par Maséoudi, selon lequel les tribus de Tasm et de Djodaï possédèrent l'Iraq-Arabi et la Perse limitrophe[166]: ces tribus primitives auraient donc été des kushites, parentes des Kananéens ou Phéniciens qui, issus de Cham, et émigrés du Téhamah, auraient réellement eu une même origine.
Quant aux pays dépendants de Nemrod, Arak est Arekka, que Ptolomée place près de la Susiane.