Isaïe, Jérémie et d'autres écrivains hébreux parlent de quelques villes d'Égypte qu'il est bon de placer.
Sin est Péluse; Taphnahs est Daphnas d'Hérodote; Tsan est Tanis dans le lac Menzâlé.
Nouph est l'O-nuph-is de Ptolomée plutôt que Memphis.
Na-amoun, ville comparée à Ninive, pour la splendeur, ne peut être que Thèbes, ainsi que l'on en est d'accord d'après les raisons de Bochart.
On ou Aoun est connu pour être Héliopolis.
Quant à la division de Phut, elle n'a pas de trace, à moins de la voir, avec Josèphe, dans le fleuve Phutes en Mauritanie.
Le quatrième peuple de la division de Cham est Kush, dont Josèphe nous déclare que le nom correspond, chez les Asiatiques, au mot Éthiopien chez les Grecs. Par conséquent Kush[157] désigne les peuples noirs à cheveux plats, habitant l'Abissinie en général, spécialement le pays d'Axoum, où parait avoir été l'ancienne capitale de Kush; il faut distinguer ces noirs à cheveux plats, des noirs à cheveux crépus (les nègres): cette distinction est exprimée chez les Grecs par l'expression d'Éthiopiens occidentaux et Éthiopiens orientaux. Dans Homère[158], ceux-ci sont proprement les peuples de l'Abissinie, dont les rois conquirent plusieurs fois l'Égypte; par la suite le nom d'Éthiopiens s'étendit aux peuples noirs que les Persans appelaient Hind, ou Hindous, et ce nom de Hindous ou Indiens, au temps des Romains, revint aux peuples de l'Iémen, qui étaient effectivement des hommes noirs, des Éthiopiens. Hérodote, dans sa description de l'armée de Xercés, joint les Arabes aux Éthiopiens-Abissins, et nous les montre réunis sous un même chef, ce qui indique une affinité étroite de constitution et de langage. Cette affinité se trouve confirmée par l'auteur de la Genèse, lorsqu'il dit: Les enfants de Kush sont Saba, Haouilah, Sabta, Sabtaka et Ramah.
C'est-à-dire que ces cinq peuples étaient aussi des hommes noirs de race kushite, ou éthiopienne-abissine: il s'agit de trouver leur emplacement.
Bochart veut que Saba soit le pays de Mareb, appelé synonymement par les Arabes, Saba-Mareb; mais l'identité ne peut s'admettre, parce que ces mêmes Arabes placent à Mareb la reine de Saba qui visita Salomon, et que les Hébreux, en parlant de cette femme, ne la disent point reine de Saba par s (ou Sameck), tel qu'est écrit notre Saba kushite; mais reine de Sheba par sh (ou Shin), tel qu'ils écrivent Sheba, fils de Ieqtan, qui, à ce moyen, est le Saba homérite des Arabes; et remarquez que Saba par s n'a point dans l'arabe moderne, le sens de lier et faire captif, que les Arabes disent lui appartenir, tandis que Sheba par Shin a ce sens dans l'hébreu; ce qui prouve que la véritable orthographe est Sheba-Mareb. Une meilleure représentation nous semble se trouver dans une autre ville de Saba, située au pays de Téhama, laquelle nous est désignée par les Grecs, comme l'entrepôt ancien et très-actif du commerce de l'or et des aromates de l'Arabie. La circonstance d'être placée sur l'une des éminences qui bornent le plat pays de Téhama, nous fait reconnaître cette ville dans celle que les Arabes modernes nomment encore Sabbea: si, comme tant d'autres cités de l'Orient, elle est réduite à un état presque misérable, l'on en trouve les causes palpables dans la dérivation qu'a subie le commerce de l'Inde, et dans les ensablements qui, sur cette place, repoussent la mer à près de 1,200 toises par siècle.
Sabtah n'en fut pas éloigné, si, comme nous le pensons, il est le Sabbatha-metropolis de Ptolomée[159], placé par le géographe nubien Edrissi, entre Damar et Sanaa[160].