En opposition, le midi est occupé par Ham ou Cham, qui effectivement signifie brûlé, noir de chaleur. L'épithète de ammonia, que les Grecs donnent à quelques parties de l'Afrique, n'est que le mot phénicien-hébreu privé de son aspiration H.

Les dépendances de Ham sont Kanaan, Phut, Masrim et Kush. Sous le nom collectif de Kanaan sont compris les peuples Phéniciens, au nombre de onze, dont les positions sont connues: l'on peut s'étonner de ne point y voir les Tyriens compléter le nombre sacré douze; mais si, comme le disent plusieurs auteurs anciens, Tyr ne fut fondée que 240 ans avant le temple de Salomon par des émigrés de Sidon, Helqiah n'a point dû placer cette colonie posthume dans le tableau primitif; et ce silence, joint au mot d'Isaïe, qui appelle Tyr, fille de Sidon, vient à l'appui de l'opinion que nous indiquons.

Tous les auteurs grecs s'accordent à dire que la nation phénicienne avait émigré des bords de la mer Erythrée ou Rouge, à raison du bouleversement de leur pays par des volcans. Ceci nous indiquerait son siége ancien et primitif sur la côte frontière de l'Iémen, dans le Téhama, en face des îles volcaniques de Kotombel, de Foosth, de Gebel-Târ, de Zekir; tout ce local, jusqu'à l'autre rive où est Dahlak, porte des traces de combustion et de tremblements de terre. Par cette raison géographique, les Phéniciens se trouvent être un peuple arabique; leur langue nous en est garant; et parce que nous allons voir le foyer présumé de leur origine occupé par une branche d'Arabes qui nous sont désignés comme les plus anciens de tous, nous avons lieu de les classer dans cette branche. A quelle époque se fit cette émigration? L'histoire n'en dit rien, et c'est une preuve de son antiquité. La fondation du temple d'Hercule à Tyr, en même temps que l'on fonda cette ville[155], 2760 ans avant notre ère, nous montre les Phéniciens déja établis; mais ils ont pu être arrivés bien antérieurement.

2° Sous le nom pluriel de Masrim sont désignés les Égyptiens, dont le pays et la capitale sont encore aujourd'hui appelés par les Arabes Masr.

Leurs enfants, c'est-à-dire les peuples compris dans leur territoire, sont:

1° Les Loudim, qu'il ne faut pas confondre avec les Lydiens d'Asie. Jérémie, chap. LXVI, en les associant aux Libyens et à d'autres peuples du Nil, ne permet pas qu'on les écarte de ce local; ils doivent être les habitants du pays de Lydda ou Diospolis, l'une des villes anciennement populeuses et puissantes de la Haute-Égypte.

Les Aïnamim n'ont pas laissé de trace apparente, non plus que les Nephtahim et les Kasalhim.

Les Phatrousim sont les habitants du nome ou pays de Phatoures, près Thèbës, comme l'a très-bien prouvé Bochart[156], dont les arguments démontrent que la division de l'Égypte, en haute et basse (Saïd et Masr), telle que la font encore les Arabes, a dû être usitée chez les Juifs, leurs frères à tant d'égards.

Les Lehabim doivent être les Libyens: Ezéqiel est le seul qui ait parlé d'un pays de Qoub dans ce désert; les Cobii de Ptolomée en remplissent l'indication.

Les Philistins nous sont indiqués ici comme un peuple émigré d'Egypte, et l'histoire nous dit qu'effectivement des dissensions religieuses chassèrent souvent des peuplades de ce pays. Les Kaphtorim peuvent être les habitants de Gaza, mais en aucun cas ceux de Cypre, comme l'a cru Michaëlis.