4° Le quatrième peuple est Ioun, l'Ionien ou Grec de l'Asie mineure. Selon les auteurs grecs, la colonie des Ioniens ne vint s'établir en Asie que 80 ans après la guerre de Troie[151]. Les Grecs les appelèrent Pélasgues aigialéens (c'est-à-dire pécheurs) aussi long-temps qu'ils habitèrent l'Achaïe[152]; Strabon (lib. VI) dit que l'Ionie, avant eux, était occupée par les Cariens et les Lelèges: les Pélasgues les ayant chassés, reçurent des barbares, selon quelques auteurs, le nom de Ioun et Iaoun[153] (dont on a fait Iavan): selon d'autres, c'était le nom d'une tribu athénienne, qui d'abord faible, devint ensuite prépondérante dans le lieu de son émigration. De ces Ioniens vinrent ou descendirent Elishah, Tarshish, Ketim et Rodanim.

Elishah est l'Ellas, ancien nom de la Grèce ou Peloponese; il pourrait aussi être l'Elis, très-ancienne portion de ce pays qui en aurait pris le nom chez les Phéniciens. Mais ici les Grecs sont en contradiction avec l'auteur de la Genèse, puisqu'ils soutiennent que c'est de l'Ellas que sont venus les Ioniens et les autres colonies citées.

Ketim est le nom pluriel des Kitiens, peuple ancien et prépondérant de l'île de Cypre, qui paraît en avoir pris le nom: ce nom se trouve aussi appliqué à la côte de Cilicie. (Isaïe, c. XIII.)

Rodanim sont les Rhodiens.

Tarshish est la ville et pays de Tarsous, sur la côte de Cilicie, en face de Cypre. Tous ces pays sont contigus sur la carte, comme dans la liste de l'auteur; et tous sont maritimes ou insulaires; ce qui sans doute lui fait dire «que par eux furent partagées les îles des nations.»

Isaïe, ch. LXVI, associe, dans un même récit, Phul, Loud, Ketim, Tarshish, Ioun, Moshk et Tubal. Phul est la Pam-phulie; Loud est la Lydie. La contiguité est bien observée.

5° Le cinquième peuple de Iaphet est Toubal, que Josèphe dit représenter les Ibériens. La capitale de ce pays, nommée Tebl-is et Teflis, offre quelque analogie au mot Tebl; mais les peuples Tubar-eni, sur le rivage de l'Euxin, pourraient ici être désignés, et rempliraient mieux l'indication d'Isaïe.

6° Le sixième peuple est Moshk, qui représente les habitants des Moschici montes, au nord de l'Arménie.

7° Enfin le septième peuple est Tiras, que l'on regarde comme le représentant des Thraces établis dans la Bithynie. Moïse de Chorène dit à ce sujet:[154] «Nos antiquités s'accordent à regarder Tiras non comme fils propre de Iaphet, mais comme son petit-fils.» Ceci indique des sources communes où a puisé Helqiah.

Si l'on examine la carte, l'on voit que tous ces peuples de Iaphet sont situés au nord du Taurus, comme le remarque Josèphe, ayant pour limites la Grèce à l'ouest, la Scythie au nord et au nord-est; ce qui nous donne de ce côté les bornes du monde connu des Hébreux; dans lequel Iaphet représente le continent ou le climat du nord.