Voilà donc un troisième monument parfaitement d'accord avec Hérodote, et avec notre leçon des chroniques juives: en sorte que l'identité d'Asar-Adon et de Sardanapale, ne peut plus faire une question.
Maintenant il serait superflu de réfuter les hypothèses divagantes dont elle a été le sujet. L'on en peut compter trois principales:
L'une, pour obéir à des témoignages discordants, a voulu reconnaître deux ou trois Sardanapale, et par ses mêmes arguments, l'on prouverait autant de Pythagores, de Zoroastres, et même de Kyrus.
L'autre a voulu que Phul et Sardanapale fussent la même personne, et par suite, que Nabonasar représentât Bélésys. Le traducteur d'Hérodote, en adoptant cette idée, qu'il a imitée de Scaliger et de Petau, a cru lui ajouter un grand poids, en prétendant que l'ère de Nabonasar n'avait eu d'autre motif, que de célébrer l'affranchissement des Babyloniens. Tous les arguments de son long mémoire académique, composé en vue de réfuter ses confrères Bouhier et Fréret, roulent uniquement sur ce vicieux pivot[282]. Mais outre l'impossibilité absolue de ces identités dans le système hébreu, il est, contre ce prétendu motif, un témoignage formel qui l'annulle sans réplique: écoutons le Syncelle, p. 207:
«Alexandre Polyhistor et Bérose, qui ont recueilli les antiquités chaldaïques, attestent que Nabonasar ayant rassemblé les actes des rois (de Babylone) qui l'avaient précédé, les fit disparaître (en les brûlant ou lacérant), afin qu'à l'avenir la liste des rois chaldéens commençât par «lui.»
Ainsi, c'est la vanité grossière de Nabonasar, qui, en supprimant les noms de ses prédécesseurs, a fondé une ère musulmanique, destructive des ères et des monuments antérieurs. Pourquoi le traducteur d'Hérodote a-t-il oublié cette citation?
Une troisième hypothèse a encore voulu que l'Asar-adon, roi de Ninive, fût le même que Asar-adinus, roi de Babylone; et du moins celle-ci a eu en sa faveur la parfaite identité de nom, et la souveraineté de Babylone commune à l'un comme vassal et satrape, à l'autre, comme grand-roi et sultan suzerain. Mais outre que les temps sont inconciliables, puisque Asar-adon, roi de Ninive en 722, ne régnerait à Babylone que 43 ans plus tard (en 680), il faudrait encore supposer que lui seul de sa dynastie se fût introduit dans la liste babylonienne. Il est plus naturel et bien plus vrai de dire, que, par un cas très-commun chez les orientaux, deux princes différents ont porté le même nom; et ici nous touchons au doigt la raison qui a fait ajouter le surnom de Phal au Ninivite, afin de le distinguer du Babylonien par l'indication de sa famille: Asar-adon, fils de Phal. Cette identité de nom a pu arriver d'autant mieux, que le dialecte chaldéen paraît avoir été usité à Ninive comme à Babylone; car les noms de Phul ou Phal, de Asur, de Salmann, de San-Harib et d'Adon, ont tous des racines chaldaïques... Phal signifie gros et puissant, d'où dérive Fil, l'Éléphant. Asar signifie lier, garrotter, vincire en latin; d'où dérive vincere, vaincre, parce que le vainqueur mène ses captifs liés. Celui qui les tue est le carnifex; Adon signifie seigneur et maître. Salmann est le pacifique (Salomon)... Harib est le destructeur, le guerrier; et San est le nom propre que nous retrouvons dans acratzan-es, autre nom de San-harib[283].
Maintenant, que vont devenir les neuf rois mèdes de Ktésias, et leur durée prétendue de 317 ans?... Partant comme ils le doivent, de l'an 561, dernière année d'Astyag, la victoire d'Arbâk tomberait à l'an 877, c'est-à-dire 160 ans avant l'époque donnée par les livres juifs, en cela d'accord avec Hérodote et le livre chaldéen d'Alexandre. Ktésias est donc atteint et convaincu d'erreur, et nous pourrions désormais ne faire aucune mention de son travail: mais parce qu'en examinant sa liste, il nous a semblé y voir aussi des preuves d'imposture et d'un faux prémédité, nous allons soumettre au lecteur notre analyse.