Selon Ératosthènes, Apollodore et Denys d'Halicarnasse, la prise de Troie eut lieu 407 ou 408 ans avant la première olympiade, qui date de 776 (par conséquent en l'an 1183 ou 1184).—Selon le chronologiste Sosibius, contemporain de Ptolomée-Philadelphe, elle eut lieu 395 ans avant la première olympiade; donc en l'an 1171.—Selon Arètes, en l'an 1190.—Selon Velleïus Paterculus, en l'an 1191.—Selon Timée, en 1193.—Selon la chronique de Paros, en 1208; selon Dikéarque, en l'an 1212; enfin, selon Hérodote, en l'an 1270, etc.
Le point de départ de tous ces calculs était l'ouverture des olympiades, l'an 776 avant notre ère: ce point est certain; pour s'élever au-delà, tous ces auteurs ont tâché de mesurer le temps jusqu'à de grands événements connus, tels que l'invasion des Héraclides, la fondation de la colonie ionienne, une guerre faite par quelque roi de Sparte, etc. Et c'est parce que les dates de ces événements n'étaient pas certaines, qu'ils ont obtenu des résultats si divers. Hérodote seul employa un autre moyen que nous examinerons séparément: si l'on en voulait croire son traducteur[292], tous les anciens peuples grecs auraient eu des archives et des généalogies qui auraient fourni des bases certaines aux écrivains; mais si de tels monuments existèrent en certains lieux et en certains temps, il faut que les guerres perpétuelles dont fut tourmentée cette contrée, les aient détruits ou mutilés de très-bonne heure, puisque à dater seulement du 7e siècle avant notre ère, tout est discors et confus dans les chronologies grecques; qu'à Sparte, par exemple, l'un des états les plus fixes, l'ordre et la série des rois ne sont pas certains; que leurs règnes, omis après les olympiades, offrent des invraisemblances choquantes dans les temps antérieurs[293], et que l'époque du célèbre législateur Lycurgue subit une contestation de 108 ans, qui, comme nous l'allons voir, n'est pas éclaircie, à beaucoup près, dans le sens que l'on pense. L'époque d'Homère, ce poëte si remarqué, dont tant d'auteurs recherchèrent à l'envi la patrie, l'âge, la vie; cette époque est aussi obscure que celle de Lycurgue et de Troie, ainsi que le prouvent deux curieux passages de Tatien et de Clément d'Alexandrie, qui méritent que nous les citions.
«Selon Cratès (ou Cratètes), Homère ne fut postérieur à la prise de Troie que de 80 ans, et (vécut) vers le temps de l'invasion des Héraclides; selon Ératosthènes, il fut postérieur de 100 ans; de 140 selon Aristarque, qui, dans ses Commentaires sur Archiloque, dit qu'Homère fut contemporain de la colonie ionienne fondée à cette époque.
«Philochorus le place 40 ans plus tard (180 ans après Troie).
«Apollodore veut que ce soit 100 ans (c'est-à-dire 240 ans après Troie), sous le règne d'Agésilas, fils de Dorisée, roi de Sparte; ce qui rapproche Homère du législateur Lycurgue, encore très-jeune.
«Euthymène, dans ses Annales, dit qu'il naquit dans l'île de Chio, 200 ans après la prise de Troie; Archemacus, dans son troisième livre des Euboïques, est du même avis.
«Euphorion, dans son ouvrage des Aliades, dit qu'il vécut au temps de Gygès, qui commença de régner en la 18e olympiade (l'an 708).
«Sosibius de Lacédémone, en sa Description des temps, place Homère à l'an 8 du roi Charilas, fils de Polydecte... Charilas régna 64 ans, son fils Nicander en régna 39: l'an 34 de ce prince, dit-il, fut établie la première olympiade; en sorte qu'Homère se trouve placé 90 ans avant cette première olympiade.
«Dieuchidas, dans son 4e livre des Mégariques, dit que Lycurgue fleurit environ 290 après la prise de Troie.»
| Ératosthènes divise ainsi le temps[294] «depuis la prise de Troie jusqu'à l'invasion des Héraclides | 80 | ans. |
| «De là à la colonie ionienne | 60 | |
| «De là à la tutelle de Lycurgue | 159 | |
| «De là à la première olympiade | 108 | |
| Total | 407 | |
| Plus | 776 | |
| 1183 | ans. |