«Enfin Hérodote estime (dit Tatien) qu'Homère vécut 400 ans avant lui, et il lui associe Hésiode.»

Toutes ces variantes nous ramènent à nos premières conclusions, savoir:

1° Que les chronologistes grecs n'ont point eu en main de chroniques suivies et connues sur lesquelles se pussent asseoir leurs calculs.

2° Que les Assyriens ayant eu cet avantage, pourraient bien, dans le passage fourni par Ktésias, nous avoir révélé la véritable époque de la prise de Troie.

Mais, en comparant l'extrême différence de l'époque donnée par eux, à la plus rapprochée de toutes celles données par les Grecs, comment, dans une telle question, accorder une préférence décidée à un seul et unique témoignage, surtout quand ce témoignage nous vient par la voie d'un Ktesias?

Tel était notre scrupule, lorsque, parcourant les mêmes pages de Clément d'Alexandrie et de Tatien, deux autres citations ont frappe notre attention.

«Eiram, roi de Tyr, dit Clément, donne sa fille en mariage à Salomon, dans le temps où Ménélas arrive en Phénicie, après le sac de Troie, ainsi que le rapporte Menander de Pergame, et Lœtus, dans leurs Annales phéniciennes.

«Chez les Phéniciens, dit Tatien, nous connaissons trois historiens; savoir, Théodotus[295], Hypsicrates et Mochus, dont les ouvrages ont été traduits en grec par Lœtus, qui a recueilli avec soin la vie d'un grand nombre de philosophes: or, dans les histoires dont nous parlons, il est dit que sous un même roi (de Tyr) ont eu lieu l'enlèvement d'Europe, l'arrivée de Ménélas en Égypte, et les actions de Cheiram, qui donna sa fille en mariage au roi des Juifs, Salomon.» Menander de Pergame rapporte les mêmes faits; et le temps de Cheiram est voisin de celui de Troie[296].

Ici le témoignage de Menander est d'autant plus digne d'attention, que Flavius Josèphe nous apprend qu'en effet cet écrivain avait traduit les Annales phéniciennes dont il reconnaît l'exactitude et la conformité avec celles des juifs. Selon celles-ci, le règne de Salomon commença l'an 1018 avant J.-C.; selon les Assyriens, Teutam envoya du secours à Troie, vers l'an 1023. Supposons la prise en 1022. Selon les Phéniciens, Ménélas dut venir, un ou deux ans après, vers 1021 ou 1020: Hiram aurait donc donné sa fille vers l'an 1018 ou 1017. Un tel accord entre trois témoins différents n'est-il pas infiniment remarquable? disons mieux, n'est-il pas probatif et concluant? Prenons cette date pour la véritable, et supposons la prise de Troie à l'an 1022, nous avons pour terme certain la 1re olympiade en l'an 776, différence 246. Maintenant, voyons comment cadreront toutes nos citations ci-dessus, comparées à ces deux termes: examinons d'abord Hérodote. Les propres paroles de cet écrivain, antérieur aux seize autres cités par Clément et par Tatien, sont telles qu'il suit:

«J'estime[297] que les poètes Homère et Hésiode n'ont pas vécu plus de 400 ans avant moi