[171] Voyez Moïse de Chorène, chap. 13, pag. 40.
[172] Apud Hebrœos liber Judith inter apocrypha legitur..... Hieronymi opéra, tom. 1, pag. 1170, in-fol., 1693.
Le savant Bernard de Montfaucon a voulu prouver l’authenticité du livre et du fait; mais sa dissertation, composée dans sa jeunesse, ne s’appuie que sur des anachronismes, ou sur des hypothèses, et ne sauve ni les contradictions palpables, ni l’ignorance évidente de l’anonyme, tant en géographie qu’en chronologie. Le lecteur peut lui-même en juger par ce précis de Judith que nous lui soumettons.
TEXTE DE JUDITH. | |
Version latine ou vulgate. | Version grecque. |
Arphaxad, roi à Ecbatanes, périssant dans une guerre contre les Assyriens, ne peut être que Phraortès qui périt dans son expédition contre les Assyriens de Ninive, comme nous l’a dit Hérodote. Mais Ecbatanes fut bâtie par Deïokès et non par son fils Phraortès. Ce roi mède périt l’an 636: à cette époque, Josias, âgé de 11 ans, était dans l’an 3e de son règne, ou plutôt de la régence du grand-prètre Helqiah..... Les Juifs revenaient de captivité..... De quelle captivité? Il y avait déjà 16 ans que Manassès était mort. Pourquoi le nom de Helqiah est-il altéré et différent dans les deux versions? La plus ancienne, qui est le grec, donne 6 ans de durée à la guerre; la version vulgate fait périr Arphaxad dans la même année, l’an 12 de Nabukodonosor..... Il est bien vrai que l’an 636 se trouve être l’an 11 de Kynil-Adan; mais alors l’une des versions s’est permis d’altérer le texte. Quel fut ce texte original? on l’ignore. L’hébreu qui a servi de modèle au latin, est mutilé: il a été fait sur le grec qu’il a abrégé et tronqué, comme font tous les extraits. Le grec est d’accord avec la version syriaque, très-ancienne aussi; mais ni l’une ni l’autre ne sont l’original qui a péri. Le latin cadre mieux avec la chronologie d’Hérodote, sur laquelle il a été calculé ou corrigé. Mais Hérodote dit que les Ninivites étaient indépendants, qu’ils étaient délaissés de tous les autres Assyriens; et l’histoire de Parsodas en Ktésias nous montre Kynil-Adan-Nanibrus, vassal d’Artæus-Kyaxarès.
Dira-t-on que ce Nabukodonosor qui régna dans Ninive, fut un roi indigène à nous inconnu? En effet, l’auteur de Judith n’exprime pas qu’il fût roi de Babylone. Mais alors où est son garant? et lorsque ensuite il ajoute que Judith vécut jusqu’à l’âge de 105 ans (plus de 70 ans après cette guerre); qu’Israël ne fut plus troublé de son vivant ni long-temps après (dès 609, Josias fut tué et le pays conquis par Nékos); et lorsque dans le cantique de Judith, il dit le Perse a frémi de son audace, le Mède a été troublé de sa force; tous ces anachronismes ne décèlent-ils pas clairement la posthumité et l’ignorance de l’auteur? D’ailleurs sa géographie est un renversement manifeste, lorsque, traçant la marche d’Holopherne, il le fait partir de Ninive, le conduit en Cilicie jusqu’au mont Angê, ou plutôt Argœus: puis de Cilicie lui fait passer l’Euphrate pour l’établir en Mésopotamie, et y ruiner toutes les villes fortes qui y étaient, depuis le torrent de Mambré (qui est en Palestine) jusqu’à la mer Méditerranée. En voyant une faute si grossière ajoutée à tant d’autres invraisemblances, on se range à l’avis de ceux qui dans le livre intitulé Judith, voient un roman écrit au temps des Machabées, pour exciter le patriotisme juif contre la tyrannie des rois grecs. Il est possible que dans d’autres guerres, il y ait eu quelque anecdote semblable, et que quelque captive juive enlevée par un chef de troupe, l’ait tué, comme on le dit de Judith; mais les détails de ce livre sont tels, qu’il n’a pu être composé que par la femme même qui en fut le témoin et le héros (hypothèse absurde), ou par l’écrivain dramatique qui les puisa dans son imagination. Au reste, de tous les apocryphes juifs.... c’est le roman le mieux écrit et le plus intéressant.
[174] Abrégé d’astronomie théorique et pratique, par M. Delambre, p. 335.
[175] Et cela d’après Bérose, puisque le Syncelle remarque, p. 16, que Polyhistor copie ou suit habituellement Bérose.
[176] Nabo-kol-asar s’explique bien, prophète tout victorieux, ou vainqueur de tout. Dans Nabo-kadn-asar, le mot kadn doit être le syriaque gad, signifiant la fortune. Aussi les Arabes ont-ils rendu ce mot par bakt-nasar, vainqueur fortuné. Kadn pourrait être aussi le mot arabe gadd-an, multum.