[161] Nous ne combattons point ici une opinion singulière de Michaelis, qui, dans son livre de Geographiâ Hebrœorum exterâ, saisit une phrase de Strabon pour en induire qu’une peuplade sauvage et barbare, appelée jadis Chalybes, et plus récemment Chaldies, était venue des bords de la mer Noire conquérir et maîtriser Babylone, comme les Turkmans ont maîtrisé Bagdad et l’empire arabe. Pour soutenir cette hypothèse, Michaelis veut que les noms des rois babyloniens soient des noms russes; par conséquent il suppose que les Chalybes parlèrent un dialecte slave, quoique les meilleurs antiquaires ne fassent remonter l’origine des Slaves qu’aux premiers siècles de notre ère, où ces peuples émigrèrent, à ce qu’il paraît, des frontières de l’Indostan. D’autre part, outre que les étymologies qu’il allègue d’après Forster, sont forcées et imaginaires, on peut lui objecter que les noms de Nabu-kadnasar, Balthasar, etc., reçoivent une explication plus raisonnable de l’idiome arabe et chaldéen. Quant à la phrase de Strabon, lib. XII, p. 549, nous remarquons d’abord avec ce géographe, qu’Homère, en citant le nom de Chalybes, paraît avoir ignoré celui de Chaldœi, et nous en inférons que ce dernier ne se serait introduit que depuis ce poète, qui a écrit vers l’an 800 avant notre ère, c’est-à-dire quelques années avant Phul, roi de Ninive. Or tous les anciens attestent que les Chaldéens ont existé à Babylone bien des siècles avant cette date, et ont existé comme caste sacerdotale et non militaire. Nous observons de plus que, peu après le temps d’Homère, deux rois de Ninive, successeurs de Phul, exécutèrent de nombreuses déportations de peuples, et que, de même qu’ils transplantèrent des familles euthéennes à Samarie, ils purent déporter des familles chaldéennes chez les Chalybes, voisins des Sàpires, cités par Sennachérib pour être l’un des peuples récemment subjugués par ses pères. D’ailleurs Strabon, au même endroit, nomme quatre peuples à qui un changement semblable de nom était arrivé; les Sanni, jadis Macrones; les Apaïtœ, jadis Kerkitœ; et d’autres jadis appelés Byzères: n’est-il pas plus raisonnable d’attribuer ces changements aux historiens qui auront employé d’autres idiomes que les anciens; de penser même que Darius a pu en être l’auteur dans le registre neuf et régulier qu’il fit composer pour l’empire perse. Toujours est-il vrai que Strabon peint les Chaldœi Chalybes comme des sauvages divisés entre eux, tous barbares, insociables, vivant de pèche, de chasse et de gland, et il n’est pas probable que de telles hordes, peu nombreuses, aient fait une conquête aussi difficile que celle de Babylone, en dépit des rois de Ninive.

[162] Voyez Procli Sphæra, in-4°, à la fin.

[163] Syncelli Chronographia, in-fol.

[164] Doctrina temporum, tom. II, pag. 125, année 1627.

[165] Voyez Rationarium temporum, à la fin. Petau ne cite pas le numéro du manuscrit; mais c’est celui de la bibliothèque impériale, coté 2497; un autre, coté 2494, pag. 126, appuie celui-là.

[166] in-8°, 1684. Appendice aux Dissertations sur saint Cyprien.

[167] Joseph, cont. Appion., lib. I, § XIX.

[168] Le Syncelle cite Bérose, mais il est très-douteux qu’il ait eu ce livre en main; car il n’en cite pas un passage original qui ne se trouve ailleurs.

[169] Voyez ci-devant, note de la page 123.

[170] Fréret et les missionnaires ont remarqué que le même système existe dans la chronologie des Chinois, qui supprime les noms des rois lorsqu’ils ont régné moins d’une année.