«Nabukodonosor fit construire une triple enceinte tant à la ville intérieure qu’à la ville extérieure.»

A une ville comme Babylone, de plus de 24,000 toises de circuit, supposer une triple enceinte est une absurdité dont aucun écrivain n’a parlé: il y a certainement ici altération dans le texte. Ktésias nous a dit que Sémiramis bâtit deux châteaux forts ou citadelles, l’un à l’est, l’autre à l’ouest du fleuve, et que le château du couchant eut une triple enceinte; ce doit être là l’objet désigné par Bérose: il aura donné le nom de ville à ces deux forteresses, et il aura appelé extérieure celle située à l’ouest de l’Euphrate[86], parce que, se trouvant dans le désert arabe, elle était réellement en dehors de la Babylonie propre; tandis que le château de l’est, situé dans l’île formée par l’Euphrate et le Tigre, était placé dans l’intérieur du pays. Admettant ces châteaux construits par Sémiramis près de six siècles auparavant, leurs murs devaient être d’autant plus ruinés, que les rois de Ninive, inquiets et jaloux, durent négliger ces moyens de défense d’une grande cité mécontente: Nabukodonosor dut réparer les murs de la grande enceinte; et il put ajouter une triple muraille au château de l’est qui n’avait qu’un mur. Bérose ainsi expliqué, semblerait prétendre que Nabukodonosor les bâtit de fond en comble; mais s’il eut pour objet d’opposer un obstacle à un ennemi déja introduit, la prudente Sémiramis n’a pu manquer d’avoir la même idée.

Enfin Bérose dit que Nabukodonosor se construisit un palais plus grand, plus somptueux que celui de son père; que dans ce château fut élevé le fameux jardin suspendu, et que tout ce travail ne dura que quinze jours. Ktésias est d’accord pour l’ouvrage; mais quant au temps, Mégasthènes prétend que ce fut Babylone même que Nabukodonosor entoura d’un triple mur dans l’espace de 15 jours. On aperçoit ici une confusion évidente faite par cet écrivain, qui applique à la ville ce que Bérose entend du château, et cet exemple nous montre la probabilité d’une confusion inverse, mais du même genre, faite soit par Josèphe, soit par Bérose même, ou par ses copistes.

En résumant cet article, il nous semble que les ouvrages réels de Nabukodonosor sont,

1° Le palais du jardin suspendu, qui ne lui est contesté par personne;

2° La forteresse de Teredon;

3° Les écluses et les digues contre les reflux du golfe Persique;

4° Le bassin et les vannes en faveur de la ville de Siparis;

5° La réparation des murs de la grande enceinte de Babylone;

6° L’application des portes d’airain à ces murs;