Nériglissor régna 4 ans, depuis 559 jusques et compris 556. Il doit être ce Labunet d’Hérodote, de qui Kroïsus attendit des secours en 558 et 557. Ce mot Labun-et n’est pas autre que le Nabu et Nabun des Hébreux et des Chaldéens, dans lequel l’N est changé en L par un cas dont notre langue offre des exemples triviaux. Le peuple dit écolomie au lieu d’économie. Il est singulier de trouver cette altération dans le nom de Labo-roso-achod, fils et successeur de Nériglissor.
«Ce prince encore très-jeune, ayant montré des inclinations perverses,» dit Bérose, «ses courtisans tramèrent un complot et le massacrèrent. Après sa mort, les conjurés déférèrent unanimement la couronne à un certain Babylonien appelé Nabonide, qui avait été de la conspiration. Sous Nabonide, les murs des quais le long du fleuve furent reconstruits avec plus de magnificence: à la 17e année de son règne, Kyrus venu de la Perse avec une armée immense, ravagea la Babylonie. Nabonide, étant sorti de Babylone et lui ayant livré bataille, fut entièrement défait et se sauva avec peu de suite à Borsippa. Kyrus, maître de Babylone, et voyant le caractère mobile de ses habitants (toujours disposés à quelque sédition), résolut d’abattre les fortifications. Il marcha ensuite contre Borsippa, pour y assiéger Nabonide; mais parce que celui-ci lui rendit volontairement les armes, Kyrus le traita avec douceur et lui assigna pour demeure la province de Kerman, où Nabonide vécut (paisiblement) le reste de ses jours[203].»
Ce récit est tellement circonstancié, et son auteur est d’un tel poids, que l’on ne peut élever contre lui aucune opposition raisonnable..... Hérodote n’est point aussi détaillé; mais loin de le contredire, il semble s’accorder avec Bérose et le confirmer.
«Kyrus, «dit-il,» après avoir traversé le Gyndès, continua sa route vers Babylone; les Babyloniens, ayant mis leurs troupes en campagne, l’attendirent de pied ferme: lorsque Kyrus s’approcha de la ville, ils lui livrèrent bataille; mais ayant été vaincus, ils se renfermèrent dans leurs murs.»
Hérodote ne fait point ici mention de leur roi. Mais parce qu’il a dit dans l’article précédent, que ce fut contre lui que marcha Kyrus, il s’ensuit qu’il dut commander selon l’usagé des temps.
«Les Babyloniens, qui depuis long-temps savaient que Kyrus ne pouvait rester tranquille et qu’il attaquait également toutes les nations, avaient fait un amas de provisions pour un grand nombre d’années; aussi le siège ne les inquiétait-il en aucune manière.»
Ceci correspond très-bien à la précaution prise par Nabonide de relever les murailles des quais. Hérodote raconte ensuite comment, ayant déjà passé beaucoup de temps en des attaques inutiles contre la ville, Kyrus reçut le conseil, ou conçut de lui-même l’idée de détourner le fleuve de son lit, précisément par le même moyen qu’avait imaginé Nitokris pour fonder les piles du pont et les quais de la ville; comment les Perses, ayant pris leur route dans le lit du fleuve ainsi mis à sec, eurent encore le bonheur de trouver ouvertes les petites portes d’airain pratiquées aux murs des quais, et de surprendre ainsi les habitants, qui par hasard ce jour-là célébraient une fête et ne s’occupaient que de danses et de plaisirs. C’est ainsi, dit Hérodote, sans rien ajouter sur le sort du prince détrôné, que Babylone fut prise pour la première fois; il dit ailleurs comment elle fut prise une seconde fois par Darius, 32 ans après[204].
Rien, comme l’on voit, ne dément Bérose ni Mégasthènes: il est probable que la sortie exécutée par Nabonide eut pour motif secret la crainte qu’il eut de quelques factions, et de ce caractère mobile des Babyloniens, qui alarma Kyrus même. Ce soupçon est autorisé par sa retraite à Borsippa avec peu de monde, et enfin par sa reddition volontaire.
Il est moins facile de concilier nos trois auteurs au sujet de sa parenté; car tandis qu’Hérodote le prétend fils de Nitokris et de Nabukodonosor, Mégasthènes assure qu’il n’était point parent de Laboroso-achod, qui néanmoins, par sa mère, dut être petit-fils de ce monarque: Bérose semble être du même avis, quand il emploie ces mots: un certain Nabonide, Babylonien, et cependant Nabonide porte la signification de fils de Nabon; Bérose a-t-il rougi du prince qui survécut à la perte de son trône et de son pays?
Nous ne voyons pas comment Hérodote, voyageur étranger, peut avoir raison contre Bérose et Mégasthènes, tous deux d’accord ici, tous deux revêtus d’emplois publics: admettons qu’il soit en erreur; elle a peu d’importance, puisqu’elle ne change rien à l’ordre des temps, qui est notre principal objet.