Ce livre de Daniel a jeté les chronologistes dans des embarras inextricables, parce qu’ils ont posé d’abord en principe ce qu’il fallait discuter comme question..... Qu’est-ce que le livre intitulé Daniel? Si le lecteur a la patience d’en lire une courte analyse, il y trouvera les moyens de juger par lui-même.
CHAPITRE XVIII.
Du livre intitulé Daniel.
«L’an 3 de Ihouaqim, roi de Juda, Nabukodonosor vint assiéger Jérusalem, et Dieu livra en ses mains Ihouaqim et une partie des vases sacrés, que Nabukodonosor emporta dans la terre de Sennar et plaça dans le temple de son dieu[211].»
Cette date de l’an 3 répond à l’an 605. Nous avons vu, par 3 passages de Jérémie, que Nabukodonosor ne fut roi que l’année suivante, 604, 4e de Ihouaqim: la bataille de Karkemis ne fut livrée qu’en cette année 4e, et jusque-là Nékos avait été le maître de la Syrie et de la Judée. Si Nabukodonosor prit Jérusalem et le roi Ihouaqim, ce ne put être qu’en 604, et par les suites de cette victoire; par conséquent la date de l’an 3 est impossible. Et comment imaginer que Nabukodonosor eût assiégé Jérusalem, pris le roi, enlevé les vases, sans que Jérémie, qui jouait alors un rôle très-remarquable d’opposition au roi, eût dit un seul mot de ces événements? Le livre des Rois n’en fait aucune mention, et le récit de ces deux autorités est tel, que l’on ne saurait y adapter cet anachronisme; enfin l’historien Josèphe, qui eut sous les yeux tous les détails du récit de Bérose, n’indique rien de semblable. La source de cette erreur se trouve dans les Paralipomènes, chap. 36, ainsi que nous l’avons remarqué ci-devant, page 237, à l’occasion d’un passage de Polyhistor; et cette conformité nous devient déjà un indice de la tardive et posthume composition du livre intitulé Daniel. Maintenant, que deviendront les règles de la critique en histoire, si les autorités que nous citons ne l’emportent pas sur celle d’un livre apocryphie, sans date et sans nom d’auteur? car un auteur n’a jamais dit, en parlant de lui-même: «Or Daniel vécut jusqu’à l’an Ier de Kyrus[212].»
On suppose que Daniel, enlevé jeune en l’an 3, est emmené dans la terre de Sennaar, expression sans exemple pour désigner Babylone; qu’il y est élevé dans les sciences des Chaldéens, qui, comme l’on sait, consistaient surtout en astrologie et divination prohibées par Moïse.
Chap. 2. L’an 2 de son règne (603), Nabukodonosor a un songe qui l’alarme; il fait venir les voyants ou prophètes (shoufim), les devins et les découvreurs (makshafim); ils ne le satisfont point[213]: Daniel est appelé, et il explique le songe fameux de la statue d’or aux pieds d’argile, et des 4 grands empires (le Babylonien à blason d’or le Perse à blason d’argent, le Macédonien à blason d’airain, et le Romain à blason de fer).
Comment cette allégorie d’un genre tout grec se trouve-t-elle dans un auteur juif? Le grand monarque Nabukodonosor se prosterne devant son page le juif Daniel, et cependant peu après, irrité contre ses 3 amis juifs, qui refusent d’adorer le dieu Bel, il les fait jeter dans un brasier ardent, où ils se promènent en chantant, et d’où ils sortent sains et frais.
Au chapitre 4 vient l’histoire du grand arbre coupé et de Nabukodonosor changé en bête.—Chap. 5. Puis, sans transition, se présente Balthasar, fils de Nabukodonosor, qui donne un grand festin que trouble l’apparition de trois mots sur la muraille; Daniel les explique..... Le royaume de Balthasar est livré aux Mèdes et aux Perses... La nuit suivante Balthasar est tué et Darius règne dans Babylone.
Chap. 6. Le roi Darius établit 120 gouverneurs ou satrapes pour gouverner les 120 provinces de son empire, et 3 visirs supérieurs, dont l’un est Daniel. Darius fit un édit conformément aux lois des Mèdes et des Perses, et par suite de cet édit Daniel fut jeté dans la fosse aux lions, qui ne le touchèrent pas; et il continua de vivre jusqu’au règne de Darius et de Kyrus le Perse.
Les chap. 7 et 8 contiennent encore des visions de Daniel, l’une l’an 1er, l’autre l’an 3 de Balthasar, quoique ce prince soit mort au chap. 5.