Chap. 9. L’an 1er de Darius, Daniel voit dans les livres que le nombre des 70 années prédites par Jérémie touche à son terme: «70 sabbats (ou semaines d’années),» dit-il à Dieu, «ont été décrétés sur votre peuple.»

Chap. 10. L’an 3 de Kyrus, nouveau songe de Daniel. Enfin chap. 11. «L’an 1er de Darius, je l’aidai sans cesse à gouverner, et je vous dirai la vérité: il y aura en Perse 3 rois[214]. Le 4e amassera de grands trésors, et il fera la guerre aux Grecs (Xercès); puis s’élèvera un roi puissant qui fera tout ce qu’il voudra. Son empire sera divisé aux 4 coins du ciel et ne passera point à ses enfants (Alexandre). Puis un roi du midi (Ptolomée), dont un général (Séleucus) deviendra plus puissant que lui.... Puis les guerres de Syrie et la désolation du temple (sous Antiochus Epiphanès) (l’an 170 Av. J.-C.).»

Tel est le plan sommaire du livre intitulé Daniel. Si de nos jours un tel livre était découvert parmi les manuscrits sanscrits de l’Inde; si les brahmes nous présentaient un tel shastra comme réellement écrit au temps des rois de Babylone, nous ne manquerions pas de leur opposer les axiomes de critique établis par eux-mêmes; nous leur dirions, avec les savants anglais Maurice et Bentley[215], que «tout livre est suspect d’altération et même de supposition, lorsqu’il contient des faits postérieurs à l’époque de son auteur; et quant au style prophétique employé par les compositeurs, nous insisterions sur la remarque de M. Bentley, à l’occasion du souria sidhanta, savoir: que de l’aveu des brahmes les plus honnêtes et les plus probes, il s’est fréquemment et depuis long-temps composé en Asie des livres apocryphes dans lesquels on a donné au récit une forme prophétique pour imposer plus de respect et de croyance à la foule des lecteurs

Maintenant, pourquoi ce qui est juste vis-à-vis des Indous ne le serait-il pas vis-à-vis des Juifs? Pourquoi, dans la cause d’autrui, emploierions-nous d’autres poids et d’autres mesures que dans la nôtre? Nos théologiens, ayant à leur tête saint Jérôme[216], déclament contre le platonicien Porphyre, parce qu’il écrivit un livre pour prouver que les prophéties de Daniel n’ont point été écrites par un homme de ce nom, mais par un Juif anonyme, contemporain d’Antiochùs Epiphanès[217], et qu’il fallait bien moins les regarder comme prédiction de ce qui doit arriver, que comme narration de ce qui s’était déjà passé.» Mais nos théologiens ne font pas attention que Porphyre a raisonné d’après les mêmes principes que nos savants biblistes et nos missionnaires dans la Chine et dans l’Inde. Or, si l’on applique au livre juif intitulé Daniel les principes par lesquels on juge les shastras et les pouranas, il n’est aucun jury équitable qui n’admette les propositions suivantes:

1° Que l’on ne connaît au livre de Daniel aucune date de composition;

2° Qu’il est hors de raison et de probabilité qu’un auteur dise de lui-même qu’il a vécu jusqu’en tel temps, et qu’en outre il y a contradiction entre le passage qu’il vécut jusqu’à l’an 1er de Kyrus (ch. 1er, vers. dernier), et qu’il eut une vision l’an 3e de ce même prince (chap. 6;);

3° Que le caractère vraiment prophétique ne peut être constaté que par l’antériorité bien authentique de l’oracle;

4° Que la chronologie dudit ouvrage, dans la partie des rois de Babylone, ne peut se concilier avec celle des historiens authentiques;

5° Que la partie mythologique porte évidemment le caractère de la mythologie persane et zoroastrienne;

6° Et que le style employé par l’auteur anonyme offre plusieurs mots persans et même grecs, contraires au génie de l’idiome hébreu, et qui ne se trouvent dans aucun autre livre de cette langue[218];