est démentie par un texte positif de Manéthon que cite Josèphe; et qu’ici Eusèbe est autorisé par l’ancienne Chronique, dont il paraît suivre de préférence le système depuis la 16e dynastie? Commençons par examiner le fragment de Manéthon, que Josèphe prétend avoir transcrit littéralement.
§ I.
Texte de Manéthon en son second volume.
«Nous eûmes jadis un roi nommé Timaos, au temps duquel Dieu étant irrité contre nous, je ne sais par quelle cause, il vint du côté d’orient une race d’hommes de condition ignoble, mais remplie d’audace, laquelle fit une irruption soudaine en ce pays (d’Égypte), qu’elle soumit sans combat et avec la plus grande facilité. D’abord, ayant saisi les chefs ou princes, ces étrangers traitèrent de la manière la plus cruelle les villes et les habitants, et ils renversèrent les temples des dieux. Leur conduite envers les Égyptiens fut la plus barbare, tuant les uns, et réduisant à une dure servitude les enfants et les femmes des autres. Ils se donnèrent ensuite un roi nommé Salatis, qui résida dans Memphis, et qui, plaçant des garnisons dans les lieux les plus convenables, soumit au tribut la province supérieure et la province inférieure; il fortifia surtout la frontière orientale, se défiant de quelque invasion de la part des Assyriens, alors tout-puissants; et parce qu’il remarqua dans le nome de Saïs, à l’orient de la branche (du Nil nommée) Bubastite, une ville avantageusement située, qui, dans notre ancienne théologie, s’appelle Avar, il l’entoura de fortes murailles, et il y plaça une garnison de 240,000 hommes armés: chaque été il y venait (de Memphis) tant pour faire les moissons et payer les soldes et salaires, que pour exercer cette multitude et inspirer l’effroi aux étrangers. Après 19 ans de règne, il mourut; son successeur, nommé Bêon, régna 44 ans; puis Apachnas 36 ans et 7 mois; puis, Apophis 61 ans; puis Yanias 50 ans, puis Assis 48 ans et 2 mois.
«Ces six premiers rois firent constamment aux Égyptiens une guerre d’extermination. Toute cette race portait le nom de Yksos, c’est-à-dire rois pasteurs; car, dans la langue sacrée, yk signifie roi, et, dans le dialecte commun, sos signifie pasteur.
«Selon quelques auteurs, ce peuple était arabe, cependant Manéthon dit en un autre ouvrage que, selon certains livres qu’il avait consultés, le mot hyksos signifiait pasteur captif; hyk, en langue égyptienne, et hak avec une aspiration, signifiant captif: et cela, dit-il, me paraît plus vraisemblable et plus conforme à l’ancienne histoire.» (Josèphe continue).
Manéthon dit encore que ces pasteurs rois et que leurs successeurs possédèrent l’Égypte environ 511 ans; mais les rois de la Thébaïde et ceux du reste de l’Égypte ayant entrepris contre eux une guerre longue et violente, ils la continuèrent jusqu’à ce que sous l’un de ces rois nommé Alisphragmutos (lisez Misphragmutos), les pasteurs, vaincus et repoussés du pays, se renfermèrent en un local nommé Avar, dont le circuit était de 10,000 arpents; Manéthon dit que les pasteurs entourèrent ce local d’une forte et immense muraille, pour la défense et la conservation de leurs personnes et de leur butin. Après Alisphragmutos, son fils, nommé Thummosis, vint avec 480,000 hommes assiéger cette place; mais n’ayant pu réussir à la prendre de force, il fit avec les pasteurs un traite dont la condition fut qu’ils pourraient quitter l’Égypte sains et saufs: à ce moyen ils emmenèrent leurs familles et tout leur butin, etc., etc., et sortirent au nombre de 240 mille par le désert qui mène en Syrie; mais parce qu’ils craignirent les Assyriens, qui alors dominaient en Asie, ils s’arrêtèrent dans la contrée qu’on appelle Judée, et ils y bâtirent une ville nommée Jérusalem, capable du contenir toute leur multitude.
Ici Josèphe veut se prévaloir du sens de pasteur captif donné par quelques livres au mot yksos, pour en inférer qu’il s’agit du peuple hébreu emmène par Moïse. Laissons cette fausse hypothèse où s’égare l’écrivain juif, pour ne nous occuper que du récit du prêtre égyptien.
Dans ce récit plusieurs fautes se révèlent à un examen attentif.