Nous avons ici les rois Mykerin, Chephren et Cheops d’Hérodote, et dans les détails que récite Diodore, il se montre purement l’écho de cet auteur; mais il ne nous donne aucun moyen de rétablir la série chronologique rompue depuis Psammitichus: seulement il observe que depuis l’érection de la grande pyramide (de Chembès ou Cheops), jusqu’à l’année où il écrivait, plusieurs savants égyptiens comptaient une durée de 1,000 ans, ce qui correspond à l’année 1056 avant J.-C.; et cependant, dit-il, d’autres prétendent qu’il s’est écoulé 3,400 ans.
Nous pensons que cette seconde opinion doit s’entendre de quelque pyramide bien plus ancienne, et dont l’érection eut un but réellement astronomique, ainsi que la pyramide de Bel, érigée à Babyl-on vers cette époque.
Antérieurement à Chembès, Diodore place le roi Remphis, «lequel n’eut d’autres soins que d’amasser d’immenses trésors. On prétend qu’il entassa jusqu’à 400,000 talents, tant en or qu’en argent (à 3,000 fr. le talent, c’est 1,200,000,000 francs).»
Ce Remphis est évidemment le Rampsinit d’Hérodote. «Après Remphis, pendant 7 générations, régnèrent des rois fainéants, livrés aux voluptés... Il faut cependant en excepter Nileus, qui, selon les annales sacerdotales, fit creuser des canaux, élever des digues, et exécuter une foule d’autres ouvrages tellement utiles à la navigation, qu’alors le fleuve reçut le nom de Nil, au lieu du nom d’Ægyptus qu’il portait auparavant.»
«Le huitième roi fut Chembès....»
(Il nous semble qu’ici Chembès est le huitième depuis Remphis et non depuis Nileus, comme le veulent quelques traducteurs: ce terme 8 est une suite, un complément des 7 générations mentionnées auparavant.
«Or Remphis avait été le successeur et le fils d’un roi que les Égyptiens nomment Ketès, et les grecs Protée, qui fut contemporain de la guerre de Troie» (dont l’époque est fixée par Diodore à l’an 1188 avant notre ère, c’est-à-dire 1138 ans avant lui-même). Diodore est encore ici copiste d’Hérodote. Il semblerait, d’après cela, que peu de règnes avant Protée devrait venir Sésostris; point du tout: Diodore recourant à quelque autre historien, soit Manéthon, soit Hécatée, introduit une série de rois, dont il ne cite que 4 ou 5, avec des détails qui éveillent contre lui nos soupçons.
«Le fils de Sésoosis (il nomme ainsi Sésostris), en lui succédant, prit le nom de son père..... Il devint aveugle, etc. Il eut pour successeurs une immense série de rois qui ne firent rien de remarquable. Enfin, après plusieurs siècles, le pouvoir passa aux mains d’Amasis qui en usa tyranniquement: il fit mourir les uns, confisqua le bien des autres, traita tout le monde avec insolence..... Le peuple supporta l’oppression qu’il ne pouvait empêcher; mais un roi des Éthiopiens, nommé Actisanes, étant venu attaquer Amasis, les Égyptiens saisirent l’occasion de lui montrer leur haine, et se soumirent sans combat à l’étranger. Actisanes usa de la victoire avec douceur et bonté. Il ne voulut pas même que l’on punît de mort les criminels (en justice); et cependant, comme il ne voulut pas les laisser impunis, il fit couper le nez à ceux qui furent légalement convaincus, et il les envoya habiter et coloniser un lieu désert, que pour cette raison l’on a nommé rhinocolure (narines coupées).
«Après la mort d’Actisanes, les Égyptiens, devenus libres, se nommèrent un roi, appelé Mendès par les uns, et Marras par les autres. Ce prince ne s’illustra point par la guerre, mais il fit construire un ouvrage aussi admirable pour l’art que pour la masse: cet ouvrage fut le labyrinthe devenu si célèbre, même parmi les Grecs.
«Après la mort de Mendès, 5 générations s’étant écoulées dans l’anarchie, un homme des basses classes du peuple fut élu roi. Les Égypttiens le nomment Ketès, et les Grecs Protée, qui fut contemporain de la guerre de Troie, etc.» (comme nous l’avons dit plus haut).