Faute d’avoir fait ces corrections, plusieurs ont cru que Bérose avait réellement été un homme de 25 à 30 ans sous Alexandre, et alors il leur a été impossible de concilier un passage de Pline qui dit, lib. VII, chap. II: «Épigènes assure que les Babyloniens ont des observations de 720 ans de date, écrites sur des briques cuites; mais Bérose et Critodème réduisent cette durée à 480 ans (selon quelques manuscrits, et 490 selon d’autres)».

Sur ce passage l’on raisonne et l’on dit: «Puisque Nabonasar (selon Bérose) détruisit tous les monuments historiques antérieurs à son règne, les observations qui le précédèrent ont dû être détruites: celles dont il s’agit ne doivent donc dater que de l’an 1 de Nabonasar, qui est l’an 747 avant notre ère: de 747 ôtez 480 de Bérose, vous ayez 268. Cette année fut la 15e d’Antiochus-Soter, qui succéda à Séleucus-Nicator en 282. Mais si Antiochus-Théos, qui fut successeur de Soter et 3e depuis Alexandre, ne régna qu’en 262, comment Bérose lui a-t-il dédié son livre?» Nous répondons qu’étant né sous Alexandre vers 330, Bérose avait eu, l’an 268, environ 63 ou 64 ans; ce qui est un âge convenable, tandis que la chose serait presque impossible dans l’autre hypothèse, où il aurait 85 à 90 ans. Si l’on préfère la leçon de 490 au lieu de 480, la dédicace tombera en l’an 258, et Bérose aurait 74 ans, ce qui est encore possible, mais moins probable; et néanmoins il a pu dédier son livre à Antiochus-Théos, prince royal, en l’an 268, tout aussi-bien qu’à Antiochus-Théos, roi en l’an 258: ainsi la balance des probabilités est plus favorable à la leçon 480. Nous ne disons rien des 720 ans d’Épigènes, parce que l’époque de cet auteur n’est pas connue. Quant à la correction systématique qui veut ajouter mille, et lire 480 mille ans, elle n’est appuyée ni par les manuscrits, ni par le texte de Pline, qui, en concluant que l’usage des lettres est éternel, a eu en vue leur invention sous Phoronée et sous les plus anciens rois de la Grèce, sans compter que cet écrivain n’est pas toujours conséquent.

[83] Phrase très-remarquable.

[84] Ces mêmes paroles se retrouvent, à vingt mots près, dans le Syncelle, page 220, et probablement il les a copiées de Josèphe.

[85] Mégasthènes appelle ce canal de dérivation, arma kalé; Pline l’appelle amalchar, et dit que ce mot signifie fleuve royal en langue chaldéenne: nous disons qu’en cette langue fleuve royal se dit nahr-maleka, qui ne ressemble en rien à am-al-char, mais assez bien à ar-makalé, que les copistes ont altéré en oubliant l’n dans nar, et en invertissant μακαλε pour μαλακε nahr-malake: l’am-al-char de Pline est un mot arabe signifiant mère de l’abondance, de la richesse, om-el-chair. Quant à nahr-malake, il signifie aussi fleuve de la reine, et se rapporte fort bien à Sémiramis.

[86] Voyez le plan de Babylone, chap. 7.

[87] Ici Labo se trouve écrit au lieu de Nabo, comme Labynet au lieu de Nabunet.

[88] Voyez Chronologie d’Hérodote, p. 70 et suivantes.

[89] Entre autres, l’une des portes de la ville portait le nom de cette reine. Voyez Rennel, Geog. System. of Herodotus, sect. XIV.

[90] Voyez liv. II, § XCIX et suiv., et liv. I, § I.