| Bougainville, le célèbre navigateur autour du monde, qui fit aussi la guerre en 1756 au Canada, évalue, dans son journal manuscrit qu’il m’a communiqué, cette seconde chute à 20 pieds: ce serait donc une hauteur totale d’environ 180 pieds, ci | 180 |
| Or Niagara compte pour sa chute 144 pieds, ci | 144 |
| Plus, pour la pente des rapides qui la précèdent, environ 50 pieds anglais, à peu près 46 de France, ci | 46 |
| Total | 190P[74] |
La différence se réduit à 10 pieds, et si l’on considère que ces élévations varient selon les époques des eaux basses et dés débordements, l’on conviendra que des mesures prises en temps divers, par diverses personnes, peuvent difficilement mieux cadrer.
Au-dessous de Québec, sur la rive nord du Saint-Laurent, une rivière médiocre forme une chute célèbre sous le nom de Montmorency: elle a 220 pieds de hauteur sur une nappe de 46 à 50 de large, et elle présente des effets très-pittoresques, par l’apparence blanche et neigeuse qu’elle prend dans cette énorme chute.
Au-dessus de la même ville, sur la rive sud, est la chute d’une autre rivière appelée la Chaudière; elle est moins haute de moitié que les précédentes; mais sa largeur est de 225 à 230 pieds[75].
Une troisième chute, nommée le Cohoes, est celle de la Mohawk, 3 milles avant son embouchure dans le fleuve Hudson: ce nom de Cohoes me paraît un mot imitatif conservé des sauvages, et par un cas singulier, je l’ai retrouvé dans le pays de Liége, appliqué à une petite cascade, à trois lieues de Spa: le Cohoes de la Mohawk est évalué par les uns à 65 pieds, par d’autres à 50 seulement: la nappe d’eau a environ 800 pieds de large: elle est brisée par beaucoup de roches.
Une quatrième chute est celle du Potômac, à Matilda, 6 milles au-dessus de George-town: elle a environ 72 pieds de hauteur, sur 8 à 900 de large. Le fleuve qui jusqu’alors avait coulé dans une vallée bordée de coteaux, sauvages comme ceux du Rhône en Vivarais, tombe tout à coup comme le Saint-Laurent, dans un profond ravin de pur roc, granit micacé, taillé à pic sur les deux rives: il s’en dégage quelques milles plus bas par un évasement de la vallée dans le pays inférieur.
L’on compte encore plusieurs autres chutes remarquables plutôt par leur hauteur que par leur volume: telle est celle de Falling-spring, sur l’une des hautes branches de la rivière James, venant de Warm-spring: M. Jefferson, qui la cite dans ses notes sur la Virginie[76], l’évalue à 200 pieds anglais de hauteur, mais sa nappe n’a que 15 pieds de largeur.
Telle encore celle de Paissaik, dans le New-Jersey, haute de 66 à 70 pieds, large d’environ 110; quant à celle appelée Saint-Antoine, sur le Mississipi, au-dessus de la rivière Saint-Pierre, je dirai seulement, d’après M. Arrow-Smith, qu’elle a 29 pieds anglais, c’est-à-dire 8 mètres ⅘.
A tous ces grands accidents de la nature, notre Europe n’offre de comparable que la chute de Terni en Italie, et celle de Lauffen, sous Schaffouse, où le Rhin se précipite, selon M. Coxe, de 70 à 80 pieds: ce voyageur observe que la nappe d’eau est brisée par de grandes massés de rochers, et c’est, avec sa hauteur, un second motif de la comparer à celle du Potômac. Quant à la chute de Terni, elle est la plus haute de toutes, puisqu’elle a 700 pieds de hauteur; mais le volume d’eau n’est pas très-considérable. Ce que l’on pourrait citer des autres cascades des Alpes et des Pyrénées, ne mérite pas de mention après de si grands objets; et maintenant que nous connaissons avec précision les cataractes du Nil, jadis si vantées, et que nous savons qu’elles ne sont réellement que des rapides depuis 4 pouces jusqu’à un pied par chaque banc de granit, en eaux basses, nous avons une preuve nouvelle de l’esprit exagérateur des Grecs, et de leur faible instruction en géographie et en histoire naturelle.