Depuis l’embouchure de Savage-river jusqu’au lieu dit Moses-williams, sur le sommet de l’Alleghany, dans un espace de 8 ¾ milles, le niveau est de 637 mètres ½ (2097 pieds anglais), total 990 mètres (3257 pieds anglais).

En sorte que l’Alleghany, que j’ai moi-même traversé dans cette partie, et qui m’a paru y être le plus élevé, n’a pas, au-dessus de l’océan, plus de 822 mètres, ou 405 toises. Blue-ridge, à la brèche de Harper’s-ferry, sous l’embouchure de la rivière Chenando, m’a paru avoir à peu près la même hauteur qu’à Rock-fish-gap; ainsi son terme moyen peut être évalué à 350 mètres, c’est-à-dire, moins de la moitié de l’Alleghany (dans la Virginie).

En Pensylvanie, la hauteur de l’Alleghany, au-dessus du plat pays, n’est, selon le docteur Rush, que de 395 mètres ⅕ (1300 pieds anglais); et en effet, les voyageurs remarquent que l’on y arrive par une suite de pentes douces et graduelles, sans beaucoup s’en apercevoir.

Dans l’État de New-York, aux montagnes appelées Catskill, le plus haut pic mesuré en 1798 par Peter de la Bigarre[31], a donné de hauteur 1079 mètres (3549 pieds anglais) au-dessus des eaux de l’Hudson, qui éprouve la marée jusqu’à 10 milles au-dessus d’Albany.

En Vermont, le pic de Killington mesuré par Samuel Williams, comme le plus élevé de toute la chaîne, n’a que 1049 mètres ⅔ (3454 pieds anglais)[32].

Enfin, les montagnes Blanches (White-hills) dans le New-Hampshire, qui sont vues de trente lieues en mer, et que M. Belknap évalue[33], d’après des voyageurs, à 3040 mètres (10,000 pieds d’élévation), ne sont portées, par M. S. Williams, qui en donne des raisons motivées, qu’à 2361 mètres (7800 pieds anglais).

La chaîne de l’Alleghany ne doit donc être considérée que comme un rempart d’une hauteur moyenne de 700 à 800 mètres (environ 350 à 400 toises), ce qui diffère absolument des grandes chaînes du globe, telles que par exemple les

Alpes évaluées à3000 mètres
Les Pyrénées2700
Les Andes5000
Le Liban2905

et l’on conçoit que cette circonstance doit beaucoup influer sur la météorologie des États-Unis et de tout leur continent, ainsi que je le développerai par la suite.

Les voyageurs européens remarquent tous avec surprise, que les montagnes américaines ont dans leur direction plus de régularité, dans leurs sillons plus de continuité, dans la ligne de leurs sommets plus d’égalité que les montagnes de notre continent. Ce caractère est surtout frappant en Virginie et en Maryland dans le sillon de Blue-ridge. Ce sillon, que j’ai traversé ou suivi depuis la frontière de Pensylvanie jusqu’au fleuve James, m’a toujours présenté l’aspect d’une terrasse de 1000 à 1200 pieds d’élévation sur la plaine avec une pente très-roide et un sommet si égal, qu’à peine y voit-on des ondulations et quelques brèches ou gap qui servent de passage. La base de cette masse n’excède pas quatre à six milles (deux à trois lieues). En venant au nord, cette chaîne s’abaisse ainsi que ses parallèles; et parce que quelques bifurcations ont causé en Pensylvanie une confusion de noms qui embarrasse même les géographes, je tenterai d’abord de les éclaircir.