Navigation du Levant.
Il part de Marseille, année commune, deux cents bâtiments pour la Barbarie et la Turkie, sans compter ceux de la compagnie d’Afrique; plusieurs font deux voyages; ce qui engage à porter le nombre par année à 350. Depuis 1764 jusqu’en 1773, inclusivement, il en est parti 2662, qui font par an 266; mais on n’y compte point les navires chargés de denrées qui font quarantaine à Toulon. Le temps de la dernière guerre ne peut servir de règle. De là il résulte que ce commerce nous soudoie 4,000 matelots à 12 par navire; mais il y a ici un emploi double de quelques voyageurs.
Caravane.
La caravane ou cabotage côtier, est une branche d’industrie précieuse en ce que, devenant les voituriers des Turks et de leurs marchandises, nous retirons sans aucun risque le salaire et l’entretien de nos bâtiments et de nos matelots. Elle se fait par salaire ou par portion. Dans le premier cas, le propriétaire, moyennant le salaire de l’équipage, a tout le gain ou la perte; dans l’autre cas, les frais étant prélevés, l’on partage le bénéfice. La guerre de 1756 en faisant tomber notre navigation en fit passer l’avantage aux Ragusais, qui purent mettre en mer jusqu’à cent navires caravaneurs; mais la guerre de 1769 nous a rendu la supériorité. On estime à cent cinquante voiles les caravaneurs qui partent soit de Marseille, soit d’Agde, des Martigues, de la Ciotat ou d’Antibes; ils sont expédiés pour deux ans; en supposant qu’il en rentre cent par an avec chacun 20,000 fr. de profit, c’est un total de 2,000,000.
Le fret.
Le fret ne peut être compté dans les bénéfices du commerce, parce qu’il est englobé dans le prix des marchandises. On peut le porter à 1,728,000 fr.; il n’y a de remboursé que celui dont les objets repassent en vente à l’étranger.
Marchandises du Levant reportées chez l’étranger.
Pendant 1781 et 1782, il est parti de Marseille en transit pour Genève, la Suisse, etc., quatre mille cinq cent vingt-deux balles de coton en laine, pesant un million cinq cent quatre-vingt-trois mille sept cent vingt-huit livres; plus, six cent dix-sept balles de cotons filés ou teints, pesant cent quarante-huit mille livres; et cent cinq balles de laine pesant cinquante-deux mille cinq cent soixante-deux livres; en sorte qu’en évaluant le coton en laine à 85 fr. le quintal, le coton filé à 135, et les laines à 60, il en résulte pour les deux ans une somme de 1,576,595 livres tournois, ou 788,297 fr. par an; mais ces deux années ne peuvent servir de terme général de comparaison.
Commerce des autres Européens en Levant.
Tout ce que l’on peut dire sur ce sujet, c’est que les Hollandais font un commerce équivalent à peu près au quart du volume du nôtre, pour lequel ils n’envoient pas à beaucoup près un équivalent de marchandises. Les Anglais et les Vénitiens réunis, peuvent faire un autre quart; ainsi les Français font les quatre huitièmes, les Hollandais deux, et les Anglais et Vénitiens chacun un.