Il ne me reste plus à traiter que de quelques projets présentés au gouvernement. Depuis que les bruits d’invasion et de partage ont commencé de se répandre, depuis que l’opinion publique en a même regardé le plan comme arrêté entre l’empereur et l’impératrice, quelques personnes parmi nous, considérant à la fois la difficulté de nous opposer à cet événement, et les dommages qu’il pourrait nous apporter, ont proposé d’obvier à tous les inconvénients en accédant nous-mêmes à la ligue; et puisque nous ne pouvions empêcher nos voisins de s’agrandir, de faire servir leur puissance et leur ambition à notre propre avantage. En conséquence il a été présenté au conseil divers mémoires tendant à prouver, d’un côté, l’utilité, la nécessité même de prendre part à la conquête; de l’autre, à diriger le gouvernement dans le choix du pays qu’il doit s’approprier. Sur ce second chef les avis ne sont pas d’accord: les uns veulent que l’on s’empare de la Morée et de Candie; les autres conseillent Candie seule, ou l’île de Cypre; d’autres enfin l’Égypte. De ces projets et de beaucoup d’autres que l’on pourrait faire, un seul, par l’éclat et la solidité de ses avantages, mérite d’être discuté, je veux dire le projet concernant l’Égypte.
Le cas arrivant, a-t-on dit ou a-t-on dû dire, que l’empereur et l’impératrice se partagent la Turkie d’Europe, un seul objet peut indemniser la France, un seul objet est digne de son ambition, la possession de l’Égypte: sous quelque rapport que l’on envisage ce pays, nul autre ne peut entrer avec lui en parallèle d’avantages. L’Égypte est le sol le plus fécond de la terre, le plus facile à cultiver, le plus certain dans ses récoltes; l’abondance n’y dépend pas, comme en Morée et dans l’île de Candie, de pluies sujettes à manquer; l’air n’y est pas malsain comme en Cypre, et la dépopulation n’y règne pas comme dans ces trois contrées. L’Égypte, par son étendue, est égale au cinquième de la France, et par la richesse de son sol, elle peut l’égaler; elle réunit toutes les productions de l’Europe et de l’Asie, le blé, le riz, le coton, le lin, l’indigo, le sucre, le safranon, etc., et avec elle seule nous pourrions perdre impunément toutes nos colonies; elle est à la portée de la France, et dix jours conduiront nos flottes de Toulon à Alexandrie; elle est mal défendue, facile à conquérir et à conserver. Ce n’est point assez de tous ces avantages qui lui sont propres, sa possession en donne d’accessoires qui ne sont pas moins importants. Par l’Égypte nous toucherons à l’Inde, nous en dériverons tout le commerce dans la mer Rouge, nous rétablirons l’ancienne circulation par Suez, et nous ferons déserter la route du cap de Bonne-Espérance. Par les caravanes d’Abissinie, nous attirerons à nous toutes les richesses de l’Afrique intérieure, la poudre d’or, les dents d’éléphant, les gommes, les esclaves: les esclaves seuls feront un article immense; car tandis qu’à la côte de Guinée ils nous coûtent 800 liv. la tête, nous ne les paierons au Kaire que 150 liv., et nous en rassasierons nos îles. En favorisant le pèlerinage de la Mekke, nous jouirons de tout le commerce de la Barbarie jusqu’au Sénégal, et notre colonie ou la France elle-même deviendra l’entrepôt de l’Europe et de l’univers.
Il faut l’avouer, ce tableau qui n’a rien d’exagéré est bien capable de séduire, et peu s’en faut qu’en le traçant le cœur ne s’y laisse entraîner: mais la prudence doit guider même la cupidité; et avant de courir aux amorces de la fortune, il convient de peser les obstacles qui en séparent, et les inconvénients qui y sont attachés.
Ils sont grands et nombreux ces inconvénients et ces obstacles. D’abord, pour nous approprier l’Égypte, il faudra soutenir trois guerres: la première, de la part de la Turkie; car la religion ne permet pas au sultan de livrer à des infidèles ni les possessions ni les personnes des vrais croyants: la seconde, de la part des Anglais; car l’on ne supposera pas que cette nation égoïste et envieuse nous voie tranquillement faire une acquisition qui nous donnerait sur elle tant de prépondérance, et qui détruirait sous peu toute sa puissance dans l’Inde; la troisième enfin, de la part des naturels de l’Égypte, et celle-là, quoiqu’en apparence la moins redoutable, serait en effet la plus dangereuse. L’on ne compte de gens de guerre que six ou huit mille Mamlouks; mais si des Francs, si des ennemis de Dieu et du prophète osaient y débarquer, Turks, Arabes, paysans, tout s’armerait contre eux; le fanatisme tiendrait lieu d’art et de courage, et le fanatisme est toujours un ennemi dangereux; il règne encore dans toute sa ferveur en Égypte; le nom des Francs y est en horreur, et ils ne s’y établiraient que par la dépopulation. Mais je suppose les Mamlouks exterminés et le peuple soumis, nous n’aurons encore vaincu que les moindres obstacles; il faudra gouverner ces hommes, et nous ne connaissons ni leur langue, ni leurs mœurs, ni leurs usages: il arrivera des malentendus qui causeront à chaque instant du trouble et du désordre. Le caractère des deux nations, opposé en tout, deviendra réciproquement antipathique: nos soldats scandaliseront le peuple par leur ivrognerie, le révolteront par leur insolence envers les femmes; cet article seul aura les suites les plus graves. Nos officiers même porteront avec eux ce ton léger, exclusif, méprisant, qui nous rend insupportables aux étrangers, et ils aliéneront tous les cœurs. Ce seront des querelles et des séditions renaissantes: on châtiera, on s’envenimera, on versera le sang, et il nous arrivera ce qui est arrivé aux Espagnols dans l’Amérique, aux Anglais dans le Bengale, aux Hollandais dans les Moluques, aux Russes dans les Kouriles; nous exterminerons la nation: nous avons beau vanté notre douceur, notre humanité; les circonstances font les hommes, et à la place de nos voisins nous eussions été barbares comme eux. L’homme fort est dur et méchant, et l’expérience a prouvé sur nous-mêmes que notre joug n’était pas moins pesant qu’un autre. Ainsi l’Égypte n’aura fait que changer de Mamlouks, et nous ne l’aurons conquise que pour la dévaster: mais alors même il nous restera un ennemi vengeur à combattre, le climat. Des faits nombreux ont constaté que les pays chauds nous sont funestes: nous n’avons pu nous soutenir dans le Milanez et la Sicile; nos établissements dans l’Inde et les Antilles nous dévorent: que sera-ce de l’Égypte? Nous y porterons notre intempérance et notre gourmandise; nous y boirons des liqueurs; nous y mangerons beaucoup de viande; en un mot, nous voudrons y vivre comme en France; car c’est un des caractères de notre nation, qu’avec beaucoup d’inconstance dans ses goûts, elle est très-opiniâtre dans ses usages. Les fièvres ardentes, malignes, putrides, les pleurésies, les dyssenteries, nous tueront par milliers: année commune, l’on pourra compter sur l’extinction d’un tiers de l’armée, c’est-à-dire, de huit à dix mille hommes; car pour garder l’Égypte, il faudra au moins vingt-cinq mille hommes. A ce besoin de recruter nos troupes, joignez les émigrations qui se feront pour le commerce et la culture, et jugez de la population qui en résultera parmi nous; et cela pour quels avantages? Pour enrichir quelques individus à qui la faveur y donnera des commandements; qui n’useront de leur pouvoir que pour y amasser des fortunes scandaleuses; qui même avec de bonnes intentions ne pourront suivre aucun plan d’administration favorable au pays, parce que la défiance et l’intrigue les changeront sans cesse. Et que l’on ne dise point que l’on préviendra les abus par un nouveau régime: le passé prouve pour l’avenir. Depuis François Ier pas un seul de nos établissements n’a réussi; au Milanez, à Naples, en Sicile, dans l’Inde, à Madagascar, à Cayenne, au Mississipi, au Canada, partout nous avons échoué: Saint-Domingue même ne fait pas exception; car il n’est pas notre ouvrage; nous le devons aux Flibustiers. Croira-t-on que nous changions de caractère? On nous séduit par l’appât d’un commerce immense; et que sont des richesses qui corrompront nos mœurs? qui accroîtront nos dettes et nos impôts par de nouvelles guerres? qui en résultat se concentreront dans un petit nombre de mains? Depuis cent ans l’on a beaucoup vanté le commerce; mais si l’on examinait ce qu’il a ajouté de réel au bonheur des peuples, l’on modérerait cet enthousiasme. A dater de la découverte des deux Indes l’on n’a pas cessé de voir des guerres sanglantes causées par le commerce; et le fer et la flamme ont ravagé les quatre parties du globe pour du poivre, de l’indigo, du sucre et du café. Les gouvernements ont dit aux nations qu’il s’agissait de leurs plus chers intérêts; mais les jouissances que la multitude paya de son sang, les goûta-t-elle jamais? N’ont-elles pas plutôt aggravé ses charges et augmenté sa détresse? Par un autre abus, les bénéfices accumulés en quelques mains ont produit plus d’inégalité dans les fortunes, plus de distance entre les conditions, et les liens des sociétés se sont relâchés ou dissous; l’on n’a plus compté dans chaque état qu’une multitude mendiante de mercenaires, et un groupe de propriétaires opulents: avec les grandes richesses sont venus la dissipation, les goûts dépravés, l’audace et la licence: l’émulation du luxe a jeté le désordre dans l’intérieur des familles, et la vie domestique a perdu ses charmes: le besoin d’argent plus impérieux a rendu les moyens de l’acquérir moins honnêtes, et l’ancienne loyauté s’est éteinte. Les arts agréables devenus plus importants ont fait mépriser les arts nécessaires; les campagnes se sont dépeuplées pour les villes, et les laboureurs ont laissé la charrue pour se rendre laquais ou artisans; l’aspect intérieur des états en a été plus brillant; mais la force intrinsèque s’en est diminuée: aussi n’est-il pas un seul gouvernement en Europe qui ne se trouve épuisé au bout d’une guerre de quatre ou cinq ans; tous sont obérés de dettes; et voilà les fruits des conquêtes et du commerce. Pour des richesses lointaines l’on néglige celles que l’on possède: pour des entreprises étrangères on se distrait des soins intérieurs: on acquiert des terres et l’on perd des sujets: on soudoie des armées plus fortes: on entretient des flottes plus nombreuses; on établit des impôts plus pesants: la culture devient plus onéreuse et diminue: les besoins plus urgents rendent l’usage du pouvoir plus arbitraire: les volontés prennent la place des lois: le despotisme s’établit, et de ce moment toute activité, toute industrie, toute force dégénère; et à un éclat passager et menteur, succède une langueur éternelle: voilà les exemples que nous ont offerts le Portugal, l’Espagne, la Hollande; et voilà le sort qui nous menace nous-mêmes, si nous ne savons profiter de leur expérience.
Ainsi, me dira-t-on, il faudra rester spectateurs paisibles des succès de nos voisins, et de l’agrandissement de nos rivaux! Oui sans doute il le faut, parce qu’il n’est que ce parti d’utile et d’honnête: il est honnête, parce que rompre soudain avec un allié pour devenir son plus cruel ennemi, est une conduite lâche et odieuse; il est utile que dis-je? il est indispensable. Dans les circonstances présentes il nous est de la plus étroite nécessité de conserver la paix; elle seule peut réparer le désordre de nos affaires: le moindre effort nouveau, la moindre négligence, peuvent troubler la crise que l’on tâche d’opérer, et d’un accident passager, faire un mal irrémédiable. Ne perdons pas de vue qu’un ennemi jaloux et offensé nous épie; évitons donc toute distraction d’entreprises étrangères. Rassemblons toutes nos forces et toute notre attention sur notre situation intérieure: rétablissons l’ordre dans nos finances: rendons la vigueur à notre armée: réformons les abus de notre constitution: corrigeons dans nos lois la barbarie des siècles qui les ont vues naître: par-là, et par-là seulement, nous arrêterons le mouvement qui déja nous entraîne: par-là nous régénérerons nos forces et notre consistance, et nous ressaisirons l’ascendant qui nous échappe: par-là nous deviendrons supérieurs aux révolutions externes que le cours de la nature amène et nécessite. Il ne faut pas nous abuser; l’état de choses qui nous environne ne peut pas durer: le temps prépare sans cesse de nouveaux changements, et le siècle prochain est destiné à en avoir d’immenses dans le système politique du monde entier. Le sort n’a pas dévoué l’Inde et l’Amérique à être éternellement les esclaves de l’Europe. L’affranchissement des colonies anglaises a ouvert pour le Nouveau-Monde une nouvelle carrière; et plus tôt ou plus tard les chaînes qui le tiennent asservi échapperont aux mains de ses maîtres. L’Inde commence à s’agiter, et pourra se purger bientôt d’une tyrannie étrangère. L’invasion de la Turkie et la formation d’une nouvelle puissance à Constantinople, donneront à l’Asie une autre existence: le commerce prendra d’autres routes, et la fortune des peuples sera changée. Ainsi l’empire factice que s’étaient fait quelques états de l’Europe, sera de toutes parts ébranlé et détruit; ils seront réduits à leur propre terre, et peut-être ce coup du sort qui les alarme en sera-t-il la plus grande faveur; car alors les sujets de querelles devenus moins nombreux rendront les guerres plus rares; les gouvernements moins distraits s’occuperont davantage de l’administration intérieure; les forces moins partagées se concentreront davantage, et les états ressembleront à ces arbres qui, dépouillés par le fer, de branches superflues où s’égarait la séve, n’en deviennent que plus vigoureux; et la nécessité aura tenu lieu de sagesse. Dans cette révolution il n’est aucun peuple qui ait moins à perdre que nous; car nous ne sommes ni épuisés de population ou languissants d’inertie comme le Portugal et l’Espagne, ni bornés de terrain et de moyens comme l’Angleterre et la Hollande. Notre sol est le plus riche et l’un des plus variés de l’Europe. Nous n’avons, il est vrai, ni coton, ni sucre, ni café, ni épiceries; mais l’échange de nos vins, de nos laines, de nos objets d’industrie, nous en procurera toujours en abondance. Les Allemands n’ont point de colonies, et les denrées de l’Amérique et de l’Inde sont aussi répandues chez eux et moins chères que chez nous. C’est dans nos foyers et non au delà des mers, que sont pour nous l’Égypte et les Antilles. Qu’avons-nous besoin de terre étrangère, quand un sixième de la nôtre est encore inculte, et que le reste n’a pas reçu la moitié de la culture dont il est susceptible? Songeons à améliorer notre fortune et non à l’agrandir: sachons jouir des richesses qui sont sous nous mains, et n’allons point pratiquer sous un ciel étranger une sagesse dont nous ne faisons pas même usage chez nous.
Mais désormais j’ai touché la borne de ma carrière, et je dois m’arrêter. J’ai exposé sur quels symptômes de faiblesse et de décadence je fonde les présages de la ruine prochaine de l’empire turk. J’ai insisté sur les faits généraux plus que sur ceux du moment, parce qu’il en est souvent des empires comme de ces arbres antiques qui, sous un aspect de verdure et quelques rameaux encore frais, cèlent un tronc rongé dans ses entrailles, et qui, n’ayant plus pour soutien que leur écorce, n’attendent, pour être renversés, que le premier souffle de la tempête. J’ai expliqué pourquoi l’empire russe, sans être lui-même robustement constitué, avait néanmoins une grande force relative, et annonçait de grands accroissements. J’ai détaillé les raisons qui me font regarder la révolution prochaine plutôt comme avantageuse que comme nuisible à nos intérêts. Je pense que nous devons éviter la guerre, parce que, entreprise pour le commerce, elle nous coûtera toujours beaucoup plus qu’il ne nous rapporte; et que, entreprise pour une conquête, elle nous perdra aussi certainement par son succès que par son échec. C’est désormais au temps à vérifier ou à démentir ces conjectures. A juger par les apparences, l’issue de la crise actuelle n’est pas éloignée; il est possible que dans le cours de cette guerre, que sous le terme de deux campagnes, l’événement principal soit décidé; il peut se faire que par une hardiesse calculée, les alliés marchent brusquement sur Constantinople qu’ils trouveront désert et incendié. Ce coup frappé, ce sera à la prudence de consommer l’ouvrage de la fortune. Jamais carrière ne s’ouvrit plus brillante: il ne s’agit pas moins que de former des empires nouveaux sur le sol le plus fécond, dans le site le plus heureux, sous le plus beau climat de la terre, et pour comble d’avantage, d’avoir à policer une des races d’hommes les mieux constitués au moral et au physique. A bien des égards les peuples de la Turkie sont préférables, pour les législateurs, à ceux de l’Europe, et surtout à ceux du Nord. Les Asiatiques sont ignorants, mais l’ignorance vaut mieux que le faux savoir: ils sont engourdis, mais non pas brutes et stupides. L’on peut même dire qu’ils sont plus voisins d’une bonne législation que la plupart des Européens, parce que chez eux le désordre n’est point consacré par des lois. L’on n’y connaît point les droits vexatoires du système féodal, ni le préjugé barbare des naissances, qui consacre la tyrannie des aristocrates. Toute réforme y sera facile, parce qu’il ne faudra pas, comme chez nous, détruire pour rebâtir. Les lumières acquises n’auront point à combattre la barbarie originelle; et tel sera désormais l’avantage de toute constitution nouvelle, qu’elle pourra profiter des travaux modernes pour se former sur les principes de la morale universelle.
Si donc la puissance qui s’établira à Constantinople sait user de sa fortune, si dans sa conduite avec ses nouveaux sujets elle joint la droiture à la fermeté, si elle s’établit médiatrice impartiale entre les diverses sectes, si elle admet la tolérance absolue dont l’empereur a donné le premier exemple, et qu’elle ôte tout effet civil aux idées religieuses; si la législation est confiée à des mains habiles et pures, si le législateur saisit bien l’esprit des Orientaux, cette puissance fera des progrès qui laisseront bientôt en arrière les anciens gouvernements: elle doit surtout éviter d’introduire, comme le tzar Pierre Ier, une imitation servile de mœurs étrangères. Chez un peuple comme chez un particulier, on ne développe de grands moyens qu’autant qu’ils dérivent d’un caractère propre. Enfin cette puissance doit s’abstenir, pour hâter la population, de transporter le peuple de ses provinces: l’expérience de tous les conquérants de l’Asie a trop prouvé que ces transplantations détruisent plus les hommes qu’elles ne les multiplient: quand un pays est bien gouverné, il se peuple toujours assez par ses propres forces: d’ailleurs les Arméniens, les Grecs, les Juifs et les autres nations persécutées de l’Asie, s’empresseront d’accourir vers une terre qui leur offrira la sécurité; et les musulmans eux-mêmes, surtout les paysans, sont tellement fatigués de la tyrannie turke, qu’ils pourront consentir à vivre sous une domination étrangère. Alors le bien qu’aura produit la révolution actuelle fera oublier les maux qu’elle va coûter: le bonheur de la génération future séchera les larmes de l’humanité sur la génération présente, et la philosophie pardonnera aux passions des rois qui auront eu l’effet d’améliorer la condition de l’espèce humaine.
Terminé le 26 février 1788.
FIN.