«Le roi estant en Avignon, le 23 décembre 1574, y mourut Charles, cardinal de Lorraine. La reine (Catherine de Médicis) s’estoit mise au lit de meilleure heure que de coutume, aiant à son coucher entre autres personnes de marque le roi de Navarre, l’archevêque de Lyon, les dames de Retz, de Lignerolles et de Saunes, deux desquelles ont confirmé ce discours. Comme elle estoit pressée de donner le bon soir, elle se jetta d’un tressaut sur son chevet, mit les mains au devant de son visage et avec un cri violent appela à son secours ceux qui l’assistoient, leur voulant monstrer au pied du lit le cardinal qui lui tendoit la main. Elle s’escria plusieurs fois: «Monsieur le cardinal, je n’ai que faire avec vous.» Le roi de Navarre envoie au mesme temps un de ses gentils hommes au logis du cardinal, qui rapporta comment il avoit expiré au mesme point.»

Dans son livre sur «l’humanité posthume» publié en 1882, Adolphe d’Assier se porte garant de l’authenticité du fait suivant, qui lui a été rapporté par une personne de Saint-Gaudens comme lui étant arrivé à elle-même.

«J’étais encore jeune fille, dit-elle, et je couchais avec ma sœur, plus âgée que moi. Un soir nous venions de nous mettre au lit et de souffler la bougie. Le feu de la cheminée, imparfaitement éteint, éclairait encore faiblement la chambre. En tournant les yeux du côté du foyer, j’aperçois, à ma grande surprise, un prêtre assis devant la cheminée et se chauffant. Il avait la corpulence, les traits et la tournure d’un de nos oncles qui habitait aux environs et qui était archiprêtre. Je fis part aussitôt de mon observation à ma sœur. Cette dernière regarde du côté du foyer, et voit la même apparition. Elle reconnaît également notre oncle l’archiprêtre. Une frayeur indicible s’empare alors de nous et nous crions: Au secours! de toutes nos forces. Mon père, qui dormait dans une pièce voisine, éveillé par ces cris désespérés, se lève en toute hâte, et arrive aussitôt une bougie à la main. Le fantôme avait disparu; nous ne voyions plus personne dans la chambre. Le lendemain, nous apprîmes par une lettre que notre oncle l’archiprêtre était mort dans la soirée.»

Autre fait encore, rapporté par le même disciple d’Auguste Comte et consigné par lui pendant son séjour à Rio-de-Janeiro.

C’était en 1858; on s’entretenait encore, dans la colonie française de cette capitale, d’une apparition singulière qui avait eu lieu quelques années auparavant. Une famille alsacienne, composée du mari, de la femme et d’une petite fille encore en bas âge, faisait voile pour Rio-de-Janeiro, où elle allait rejoindre des compatriotes établis dans cette ville. La traversée étant longue, la femme devint malade, et faute sans doute de soins ou d’une alimentation convenable, succomba avant d’arriver. Le jour de sa mort, elle tomba en syncope, resta longtemps dans cet état, et lorsqu’elle eut repris ses sens, dit à son mari, qui veillait à ses côtés: «Je meurs contente, car maintenant je suis rassurée sur le sort de notre enfant. Je viens de Rio-de-Janeiro, j’ai rencontré la rue et la maison de notre ami Fritz, le charpentier. Il était sur le seuil de la porte; je lui ai présenté la petite; je suis sûre qu’à ton arrivée il la reconnaîtra et en prendra soin. Le mari fut surpris de ce récit, sans toutefois y attacher d’importance. Le même jour, à la même heure, Fritz le charpentier, l’Alsacien dont je viens de parler, se trouvait sur le seuil de la porte de la maison qu’il habitait à Rio-de-Janeiro, lorsqu’il crut voir passer dans la rue une de ses compatriotes tenant dans ses bras une petite fille. Elle le regardait d’un air suppliant, et semblait lui présenter l’enfant qu’elle portait. Sa figure, qui paraissait d’une grande maigreur, rappelait néanmoins les traits de Latta, la femme de son ami et compatriote Schmidt. L’expression de son visage, la singularité de sa démarche, qui tenait plus de la vision que de la réalité, impressionnèrent vivement Fritz. Voulant s’assurer qu’il n’était pas dupe d’une illusion, il appela un de ses ouvriers qui travaillait dans la boutique, et qui lui aussi était Alsacien et de la même localité.

«Regarde, lui dit-il, ne vois-tu pas passer une femme dans la rue, tenant un enfant dans ses bras, et ne dirait-on pas que c’est Latta, la femme de notre pays Schmidt?

— Je ne puis vous dire, je ne la distingue pas bien», répondit l’ouvrier.

Fritz n’en dit pas davantage; mais les diverses circonstances de cette apparition réelle ou imaginaire se gravèrent fortement dans son esprit, notamment l’heure et le jour. A quelque temps de là il voit arriver son compatriote Schmidt portant une petite fille dans ses bras. La visite de Latta se retrace alors dans son esprit, et avant que Schmidt eût ouvert la bouche il lui dit:

«Mon pauvre ami, je sais tout; ta femme est morte pendant la traversée, et avant de mourir elle est venue me présenter sa petite fille pour que j’en prenne soin. Voici la date et l’heure.»

C’étaient bien le jour et le moment consignés par Schmidt à bord du navire.