Pendant qu’elle me parlait, j’avais suivi du regard le vol des êtres aériens vers la cité fleurie et j’avais vu avec stupéfaction les plantes se mouvoir, s’élever ou s’abaisser pour les recevoir; le soleil vert était descendu au-dessous de l’horizon et le soleil orange s’était élevé dans le ciel; le paysage était décoré d’une coloration féerique sur laquelle planait une lune énorme, mi-partie orangée et mi-partie verte. Alors l’immense mélodie qui remplissait l’atmosphère s’arrêta, et au milieu d’un profond silence j’entendis un chant, s’élevant d’une voix si pure que nulle voix humaine ne pourrait lui être comparée.
«Quel merveilleux système, m’écriai-je, qu’un tel monde illuminé par de tels flambeaux! Ce sont donc là les étoiles doubles, triples, multiples, vues de près.
— Splendides soleils que ces étoiles! répondit la déesse. Gracieusement associées dans les liens d’une attraction mutuelle, vous les voyez de la Terre, bercées deux à deux au sein des cieux, toujours belles, toujours lumineuses, toujours pures. Suspendues dans l’infini, elles s’appuient l’une sur l’autre sans jamais se toucher, comme si leur union, plus morale que matérielle, était régie par un principe invisible et supérieur, et suivant des courbes harmonieuses, elles gravitent en cadence l’une autour de l’autre, couples célestes éclos au printemps de la création dans les campagnes constellées de l’immensité. Tandis que les soleils simples comme le vôtre brillent solitaires, fixes, tranquilles, dans les déserts de l’espace, les soleils doubles et multiples semblent animer par leurs mouvements, leur coloration et leur vie, les régions silencieuses du vide éternel. Ces horloges sidérales marquent pour vous les siècles et les ères des autres univers.
«Mais, ajouta-t-elle, continuons notre voyage. Nous ne sommes qu’à quelques trillions de lieues de la Terre.
— Quelques trillions?
— Oui. Si nous pouvions entendre d’ici les bruits de votre planète, ses volcans, ses canonnades, ses tonnerres, ou les vociférations des grandes foules les jours de révolution, ou les chants pieux des églises qui s’élèvent vers le Ciel, la distance est telle qu’en admettant que ces bruits puissent la franchir avec la vitesse du son dans l’air, ils n’emploieraient pas moins de quinze millions d’années pour arriver jusqu’ici. Nous entendrions aujourd’hui seulement ce qui se passait sur la Terre il y a quinze millions d’années.
«Cependant nous sommes encore, relativement à l’immensité de l’univers, très voisins de ta patrie.
«Tu reconnais toujours votre soleil, là-bas, toute petite étoile. Nous ne sommes pas sortis de l’univers auquel il appartient avec son système de planètes.
«Cet univers se compose de plusieurs milliards de soleils, séparés les uns des autres par des trillions de lieues.