LA ROYAUTÉ ARVERNE; BITUIT

Arvernorum tunc nobilissimæ civitati atque eorum duci Bituito.

Eutrope, Histoire romaine, IV, 22.

I. Tendances des Gaulois à l’unité. — II. Formation de l’empire arverne. — III. Ce qu’on peut supposer de son organisation. — IV. La royauté arverne: Luern et Bituit. — V. Degré de civilisation de cet empire. — VI. Défaite de Bituit par les Romains. — VII. Conséquences de la formation et de la chute de l’empire arverne.

I

C’est qu’en effet l’Auvergne fut le point de départ de Vercingétorix, le centre de son empire, le lieu de sa plus belle résistance. Avant d’unir la Gaule autour des Arvernes, il unit les Arvernes autour de lui.

Mais, s’il a réussi à grouper les Celtes sous ses ordres, c’est parce que, depuis quatre générations, ils étaient habitués à voir, dans les chefs de l’Auvergne, les maîtres naturels de la nation gauloise.

Les Gaulois proprement dits, ou les Celtes, s’étendaient, 200 ans avant notre ère, depuis la Gironde jusqu’à la Marne, depuis le golfe du Lion jusqu’à l’embouchure de la Seine. Ils atteignaient les Pyrénées par la haute vallée de la Garonne, qu’occupaient les Volques; ils pénétraient dans les Alpes, par l’Isère et le pays des Allobroges, par l’Aar et les terres des Helvètes; ils s’avançaient, sous le nom de Salyens, près des rives du Var et des monts de l’Estérel. Entre la Marne et le Rhin, les Belges, qui se distinguaient des Celtes, leur étaient assez intimement apparentés. Mais les Aquitains, entre Garonne et Pyrénées, et les Ligures, dans les Alpes du Sud, ne se rattachaient en aucune manière à la race gauloise.

Le domaine qu’elle habitait ne constituait pas un État homogène; quoiqu’il eût ses frontières naturelles, il n’avait pas donné naissance à un corps de nation. Les Celtes formaient une cinquantaine de peuples, les Belges une quinzaine. Ni les uns ni les autres n’ont eu pendant longtemps, à ce qu’il semble, des institutions politiques générales. Chaque peuplade vivait sur un territoire bien délimité, avec ses tribus, ses chefs, ses coutumes et ses étendards particuliers. Toutes se jalousaient ou se combattaient, avec la même ardeur que Sparte et Athènes, Crotone et Sybaris.

Les Celtes cependant, semblables encore en cela aux Grecs des temps de l’indépendance, avaient le sentiment de leur unité morale, et ce sentiment survivait aux discordes intestines. Ils parlaient tous la même langue; ils portaient des noms formés de la même manière, ils adoraient quelques grands dieux, communs à toute leur race; les nations de la Gaule avaient des qualités et des défauts analogues, et leurs institutions politiques ne différaient pas sensiblement.