VERCINGÉTORIX, CHEF DE CLAN

Summæ potentiæ adulescens.

César, Guerre des Gaules, VII, 4, § 1.

I. Rôle effacé des Arvernes depuis l’arrivée de César. — II. Caractère d’un chef gaulois. — III. Son éducation et ses aspirations. — IV. La puissance d’un chef; ceux qui dépendaient de lui. — V. Force et nature d’un clan gaulois. — VI. Aspect physique de Vercingétorix.

I

Nous connaissons déjà le peuple arverne; nous savons pourquoi il avait commandé à la Gaule libre et pourquoi il pouvait lui commander encore le jour d’un soulèvement général. Ses montagnes menaçaient les grandes routes où circulaient les légions romaines. À la Gaule soulevée, il offrirait ses terrasses fortifiées propres aux longues résistances; il lui apporterait le secours de ses fantassins et de ses cavaliers, l’aide de ses blés et de son or, le concours de ses clients traditionnels, le réconfort du souvenir des grands rois, et l’appui du dieu du Puy de Dôme.

Or, les Arvernes n’avaient pas une seule fois paru dans cette série de sinistres aventures qui s’étaient déroulées en Gaule depuis l’arrivée d’Arioviste. Il est question chez César des Éduens, des Séquanes, des Helvètes, des Carnutes, des Bituriges, des Sénons, et pas une seule fois des Arvernes. Il témoigne de l’humeur contre les uns, des égards pour les autres. Il n’a pas un mot sur le compte du peuple qui, avant son arrivée, faisait le plus parler de lui en Gaule. L’Auvergne demeure en dehors de son récit, de la marche et des campements de ses légions. En 58, elles suivent le flanc oriental du plateau central, dans leur marche du Confluent au Mont Beuvray; en 57, elles guerroient dans le Nord; en 56, elles longent les pentes de l’Occident, pour se rendre de la Loire à la Garonne. Elles ont fait le tour du massif sans y pénétrer. Elles ont hiverné en Franche-Comté, sur la Loire, en Belgique, et jamais dans les régions du Centre.

Il est vraisemblable que les Arvernes ne se sont signalés ni par une opposition prématurée, ni par une dépendance de flagorneurs. Le pouvoir appartenait toujours aux chefs de l’aristocratie, parents ou vainqueurs de Celtill; son frère Gobannitio et les autres nobles continuaient à gouverner le pays, prenant les précautions nécessaires contre toute tentative nouvelle de tyrannie, surveillant d’assez près le jeune héritier de Celtill. Sans doute, comme les sénateurs des autres cités gauloises, ils avaient témoigné aux ordres de César la déférence de rigueur.

Ainsi, cette nation dont l’initiative, depuis un siècle, avait été prépondérante en Gaule, était en ce moment la plus effacée ou la plus recueillie. À moins de mentir à son caractère et de désavouer toutes ses ambitions, il fallait qu’elle prononçât son mot dans la crise solennelle qui se préparait. Les conjurés qui avaient écouté les paroles de Dumnorix ou adressé leurs vœux à Ambiorix avaient encore le droit d’espérer dans le peuple arverne et dans ses chefs.

Ces espérances grandirent le jour où le fils de Celtill, ayant atteint l’âge d’homme, devint un des plus grands chefs de la Gaule entière.