Même après ce désastre, et devant ces ravins où avaient roulé les cadavres de près de sept cents de ses meilleurs soldats, César redouta de désespérer. S’attendait-il, de la part des Gaulois, à quelqu’une de ces imprudences où la joie de la victoire entraînait leur fougue naturelle? Voulut-il seulement, comme il l’écrivit, rendre du cœur à ses soldats? Toujours est-il que le lendemain, il fit sortir son armée et former le front de bataille (sur le Puy de Marmant?). Vercingétorix ne quitta pas sa montagne, et se borna à envoyer quelques cavaliers, qu’il laissa battre.
Le jour suivant, César offrit encore le combat. Personne, semble-t-il, ne sortit de Gergovie.
Il leva alors son camp et reprit la route du Nord (début de juin?).
GERGOVIE ET SES ENVIRONS.
La défaite qu’il venait de subir n’était pas due seulement à la faiblesse de ses effectifs et de ses positions. Elle était la conclusion de cet entêtement continu qui l’avait arrêté pendant un mois devant une ville imprenable, usant les forces de ses soldats dans l’illusion avant de les briser contre des murailles. Le lendemain de la bataille, il leur avait fait de cruels reproches: ils les méritaient moins que lui-même. Si, la veille, ils ne s’étaient point arrêtés à temps, n’était-ce pas la faute de leur proconsul, qui n’avait cessé de leur inspirer le désir d’un coup de main? et, s’il avait donné le signal de la retraite, c’était après avoir imprimé l’élan de l’escalade.
Depuis la fin d’Avaricum, le mérite de César s’était obscurci, la valeur de Vercingétorix n’avait fait que s’accroître. Le roi des Arvernes n’avait attaqué les Romains qu’à l’endroit précis où il pouvait les battre. Sous les regards de ses dieux, il leur avait immolé des centaines de victimes au pied des remparts de sa ville natale. Durant ces longs jours d’incertitudes et de peines, il avait su imposer à ses soldats le calme devant l’ennemi et la fatigue des viles besognes. Jules César, l’homme du commandement froid et impeccable, avait vu ses propres centurions refusant d’écouter leurs chefs et n’obéissant qu’à un désir de combattre; et Vercingétorix avait arrêté d’un mot, aux approches du camp romain, la course victorieuse de ses Gaulois.
CHAPITRE XIV
LA BATAILLE DE PARIS ET LA JONCTION DE CÉSAR ET DE LABIÉNUS
(Cæsar) abjuncto Labieno... vehementer timebat.