Au moment où ils atteignirent le talus sur lequel était assis le rempart, les Gaulois n’étaient point encore de retour. Il n’y avait sur la muraille que quelques femmes, folles d’épouvante, qui hurlaient, et qui, la poitrine nue, les mains tendues et ouvertes, les cheveux épars, suppliaient les Romains de les épargner: les unes jetaient de l’argent et des étoffes pour les arrêter, les autres se faisaient descendre pour se livrer à eux. Les vieux centurions, songeant au butin de Gergovie, ne s’arrêtèrent pas à cette première proie. L. Fabius, porté à la courte échelle par trois hommes de son manipule, arriva le premier au sommet des remparts, comme il l’avait juré, et d’autres, aidés par lui, montèrent à leur tour. M. Pétronius, en bas, s’acharnait, à la tête des siens, contre une porte qu’il voulait briser. Gergovie allait être entamée: déjà s’entendait par toute la ville la sinistre clameur des cités prises d’assaut, la course précipitée des fuyards qui gagnaient les portes libres.
Subitement, la scène changea. Les femmes, se retournant vers Gergovie, agitent et montrent leurs cheveux dénoués, soulèvent leurs enfants, les présentent dans un cri d’appel et de courage. Ce sont les Gaulois qui apparaissent, accourus au bruit et à la nouvelle, qui arrivent au galop de leurs chevaux, et qui, sautant en bas de leur monture, prennent la position de combat, derrière le parapet du rempart et autour des portes. Puis, après les cavaliers, les fantassins surviennent; chaque minute amène de nouveaux combattants; les assiégés ouvrent les portes, et la véritable bataille s’engage.
Les Gaulois avaient pour eux le nombre, l’extraordinaire avantage de la situation, la vigueur toute fraîche des corps reposés. Les Romains étaient essoufflés par la course, la montée et l’effort. En un instant, César voit ses légions disloquées, et leurs fragments environnés par l’ennemi qui déborde de toutes parts. Elles allaient être prises entre le mur de la ville et le boulevard extérieur comme dans une souricière. — Il fit alors avancer ses deux réserves. Des cohortes de la XIIIe et Sextius reçurent l’ordre de sortir du petit camp et de remplacer la Xe dans le vallon où celle-ci s’était tenue jusque-là: mais il les écarta plus à gauche, de manière à menacer le flanc droit de l’ennemi, s’il s’aventurait vers le bas. Le proconsul et la Xe se portèrent en avant, commencèrent à leur tour l’escalade de la montagne, puis s’arrêtèrent (sur la croupe en avant et au sud-est du village de Gergovie?), à un endroit d’où l’on pût suivre les moindres détails de la partie qui se livrait sur les flancs de la cité.
Le combat faisait rage sur les murs et autour des portes; les corps des combattants s’enchevêtraient; les Romains ne faiblissaient pas. Soudain, une dernière fois, la scène changea. Les Éduens, venus du grand camp par un long détour, débouchèrent (vers la ferme de Gergovie?) sur la droite des légionnaires. C’était un secours: il n’y avait pas à en douter, les nouveaux-venus avaient le bras droit découvert, signe qu’ils appartenaient aux Gaulois auxiliaires. Mais les Romains en étaient à cette exaltation de la bataille, où l’homme ne sait plus ni regarder ni réfléchir, où la force de sa vue et de sa pensée se limite au sol qu’il piétine et à l’adversaire qu’il étreint: et voyant vaguement des Gaulois arriver, ils s’imaginèrent que c’était un nouveau flot d’ennemis qui s’abattait sur eux et que le bras nu n’était qu’un stratagème. — Ainsi, les deux ruses imaginées par César tournaient au profit de son adversaire: la diversion faite par les Éduens démoralisait ses propres troupes, et sa dernière légion, perdue au loin dans les bois de l’Auzon, lui manquait au moment décisif.
La débandade commença. L. Fabius et ses camarades furent tués sur les remparts, et leurs corps jetés d’en haut. M. Pétronius, à lui seul, malgré ses blessures, arrêtait les Gaulois à la sortie d’une porte: ce qui donna le temps aux hommes de son manipule de se mettre à l’abri. Quand ils furent disparus tous deux, les assiégés eurent facilement raison du reste: 46 centurions, un quart exactement de ceux qui étaient engagés, furent massacrés; la VIIIe légion, la plus compromise, fut décimée; les survivants n’eurent que le temps de se précipiter du haut du boulevard.
César, à la vue de la défaite, avait échelonné ses deux légions de réserve sur la ligne de combat: la Xe, plus près encore de la bataille, mais sur un terrain plus uni (le village de Gergovie?), où elle put se former en rangs réguliers; derrière elle, la XIIIe s’approcha pour la soutenir (sur la croupe que la Xe venait de quitter?).
Les fuyards arrivèrent, puis l’ennemi, et la Xe légion eut, à son tour, à recevoir le choc des poursuivants. Elle les arrêta un instant, puis elle dut se replier sur celle de Sextius, et toutes deux, avec les débris des trois autres, regagnèrent la plaine (en avant de Donnezat?), harcelées sans relâche par l’ennemi.
Là, elles purent enfin se ranger en ordre de bataille, à portée de nouveaux secours, à l’abri des machines et de leur camp, et elles attendirent, de pied ferme, une dernière attaque. Sur ce terrain plus plat, formées en lignes pressées, elles allaient reprendre leurs avantages.
Mais Vercingétorix, d’un ordre, arrêta toutes ses troupes au pied de la montagne, et les fit rentrer dans leurs lignes reconquises.